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[critique] les Fils de l'homme : post-Apocalypse 1

Par Vance @Great_Wenceslas
[critique] les Fils de l'homme : post-Apocalypse 1

Immense. Palpitant. Bouleversant. D’une rare maîtrise.

Les qualificatifs ne manqueront pas, à moins qu’on les épuise tous. C’est qu’Alfonso Cuaron est parvenu à réaliser une œuvre profondément intelligente, sensible dans un habillage virtuose et explosif. Le film, scandé par des séquences hallucinantes de précision, parvient à explorer les facettes les plus sombres de l’Humanité et, ce faisant, à en sublimer les étincelles quasi-divines lorsque certains individus se transcendent pour une cause qui les dépasse

Ca n’est, finalement, que l’histoire d’une quête héroïque, que le cheminement chaotique et lancinant d’un héros qui s’ignore. Et c’est aussi tellement plus que cela.

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Regardons d’abord le contexte dans lequel s’inscrit le scénario (c’est, après tout, la raison première de l’inscription de ce blu-ray dans la liste du Challenge) : un futur proche, très proche même. Pas de cataclysme naturel, pas d’holocauste nucléaire ou d’épidémie foudroyante, même pas d’attaque extraterrestre : l’Apocalypse a pris la forme discrète d’un mal invisible qui pourtant condamne l’espèce humaine. Déjà, cela pose un regard critique et acerbe bienvenu, ouvrant des possibilités de questionnement infinies. Dans la plupart des récits post-apocalyptiques, soit les Hommes sont directement responsables de la catastrophe qui a précipité leur chute, soit il s’agit d’un événement qu’on ne peut leur imputer (mais qui peut tout à fait être assimilé à une plaie divine, un châtiment mérité issu d’une Justice immanente, voire de Dieu). Ici, toutes les hypothèses sont possibles : rien ne dit (ou n’infirme) que la soudaine infertilité des femmes n’est pas la conséquence d’une attaque terroriste ; cela nous est présenté comme un fait établi – au point qu’on en arrive à idolâtrer des personnages fantoches qui n’ont pour seule qualité que d’être plus jeunes que la majorité. Rien ne dit non plus que Dieu n’a rien à voir dans cette affaire : ça ressemble assez, non pas à un Déluge moderne destiné à débarrasser la planète de la lie de l’Humanité, mais davantage à une épreuve créée pour confronter la Foi. Au lieu de tuer brutalement, et spectaculairement, le bras divin se charge cette fois de fermer un robinet : on imagine très bien l’Être supérieur, assis sur son nuage, en train d’observer à la loupe les divagations de ceux qu’il a conçus à son image et punis pour une raison qui nous échappe encore (quoique… il ne doit pas être bien difficile de trouver des arguments à charge contre les Hommes). A moins que deux Martiens, dans leur soucoupe en orbite, ne soient en train de se marrer devant nos atermoiements…

Pour nous faire prendre conscience, nous spectateurs, de l’état du monde dans lequel Theo et ses compagnons vont se débattre, Cuaron choisit une méthode qui a fait ses preuves : un générique juxtaposant des faits présentés comme des articles de journaux. Rien de spectaculaire. Efficace. Il prolonge la présentation par une transition habile sur la première séquence, où la caméra se décide à suivre Theo, un homme mal rasé, mal fagoté, mais à l’incontestable élégance primale (Clive Owen, impeccable) qui vient se restaurer dans un snack, tandis que les autres clients s’effondrent devant la nouvelle de la mort du « plus jeune homme sur Terre » ; Theo ne pose sur cette information qu’un regard désabusé et quitte déjà la boutique, s’engageant sur le trottoir d’une artère empruntée par des véhicules hétéroclites (les rues de Londres ressemblent à celles de Shangaï) ; il s’arrête, la caméra le suit, arrive à sa hauteur, se retourne, nous permettant de mieux embrasser cet univers aux couleurs désaturées, sale, terne. Une bombe explose alors dans le snack que Theo venait à peine de quitter. Fin de la première séquence : pas un plan de coupe, mais une caméra mouvante et incontestablement maîtrisée.

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Et tout le film se construit sur des séquences similaires fondées sur des travellings incroyables, un sens du cadre hallucinant, une précision époustouflante et une utilisation pertinente des effets spéciaux.

Mais revenons-en à notre univers post-apo : cette Angleterre altière, qui scande en permanence ses messages patriotiques (en gros, et appuyé par des images d’émeutes, de massacres et de destructions dans les plus grandes cités du monde : « Toute la Terre a sombré dans le chaos, seule l’Angleterre fait face ! ») rappelle par certains côtés celle de V pour Vendetta : une nation qui parvient à s'auto-hypnotiser afion de retarder l’échéance, stigmatisant les actes terroristes attribués à des mouvements clandestins plus ou moins anarchistes. Pendant ce temps, quelques individus, dont Nigel, le cousin de Theo, tentent de se démarquer en se fixant un objectif aussi noble que vain : concevoir une arche pour tenter de préserver les œuvres d’art mondiales. La parenthèse qui nous permet de rencontrer Nigel (Theo a besoin de lui pour se procurer les papiers nécessaires aux transfuges) fait partie aussi de ces moyens (peut-être pas originaux mais fonctionnels) utilisés par Cuaron pour nous faire découvrir un peu plus le monde pourri dans lequel s’ébattent nos personnages. Le ton détaché dont se sert Nigel (interprété avec brio par le troublant Danny Huston, vous savez, le méchant de Wolverine) pour parler de ses réussites et de ses échecs (comment il a pu sauver Guernica ou le David de Michel-Ange mais pas d’autres œuvres) en montre bien danvantage sur la déliquescence de ce monde que toute une série de photos commentées. Il suffit d’observer sa réaction à la question de Theo (A quoi tout cela va-t-il servir s’il n’y a plus personne pour le contempler ?) pour comprendre à quel point ils sont/nous sommes fichus.

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Mais si Nigel est un faux idéaliste (on l’imagine bien mieux en égoïste ambitieux, jouissant de la proximité de ces chefs-d’œuvre – davantage collectionneur que philantrope), Jasper, lui, compte bien profiter de ses derniers jours. Ce néo-hippie, qu’incarne merveilleusement un Michael Caine qui semble y prendre un plaisir inouï, a bien décidé de ne pas se laisser abattre par l’amertume du quotidien : revendant de l’herbe à des gardiens de camp de réfugiés bas de plafond, il passe son temps dans une maison cachée au fond des bois à écouter de la musique et s’occuper de sa femme mutique, ressassant les souvenirs de jours plus heureux où Theo et Julian avaient un enfant..

Et puis Julian, donc. Brillante et belle (c’est Julianne Moore), elle n’en demeure pas moins parfaitement lucide sur sa situation : là où son ex se morfond dans une existence sans lendemain, elle fait front, échafaude des plans et se projette. L’opportunité qui lui est offerte, elle a su la saisir et va s’y consacrer corps et âme, sans pour autant renier son passé, nier ses sentiments : si elle fait appel à Theo, elle, la subversive, la révoltée, c’est qu’elle croit en lui. Son (leur) amour n’est pas mort, il a juste été enfoui sous les remords, la souffrance et le chagrin de la perte. Et il faut bien reconnaître qu’il illumine la noirceur de ce périple où Theo devra, aux côtés d’une jeune femme qu’il faut à tout prix protéger, affronter tout ce que l’Humanité a de plus vil.

Intéressant de voir la progression (l’initiation ?) de cet anti-héros qui n’accepte sa mission, au départ, que dans le but de faire plaisir à Julian – et aussi pour pouvoir rembourser ses dettes (une scène coupée nous montre en effet qu’il a 4 mois de loyer en retard). Le peu de certitudes qui lui restaient s’envole à mesure que ses proches disparaissent, mourant, consciemment ou non, pour une cause qui lui échappe un tantinet. Cependant sa conviction, renforcée par cette énergie du désespoir qui fonctionne si bien au cinéma, et des principes de morale élevés, vont faire de lui l’allié idéal de la jeune Kee, son gardien, son protecteur, son guide ultime. Vers un espoir fou, illusoire et fragile : celui de sauver l’espèce.

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Inutile de s’épancher encore sur les prouesses de metteur en scène (comme ce plan-séquence extraordinaire sur l’attaque de leur voiture qui commence par un dialogue anodin et un échange de souvenirs touchant, ou encore ce travelling dément dans les ruines d’un camp de réfugiés, où les balles fusent, les obus explosent, le sang gicle, les cris stridulent et les bâtiments s’effondrent). Qu’il suffise de dire que Cuaron est définitivement un cinéaste génial et doué, qui a su ici en outre s’entourer de comédiens admirables qui ont tous une certaine élégance dans leur interprétation.

Techniquement parlant, le blu-ray est somptueux, offrant une palette de couleurs mais surtout une profondeur de champ en tous points exceptionnelles, rendant hommage à ce morceau de bravoure et à la photo de Emmanuel Lubezki. Le champ sonore est varié et multiple, entre des passages sobres sans musique, d’autres ponctués par une jolie partition plutôt discrète de JohnTavener, quand on n’a pas droit à des extraits nombreux d’un répertoire éclectique proposant aussi bien du Aphex Twin que Deep Purple, John Lennon ou Radiohead, ou encore de magnifiques morceaux signés Chostakovitch, Prokofiev et surtout Mahler. Le mixage DTS est très enveloppant, privilégiant au bon moment les basses tonitruantes tout en rendant les dialogues très clairs.

Les rares scènes coupées (dont une dans l’Arche de Nigel) ne font que renforcer la sensation d’une œuvre pleine, dense et intelligente.

Un film majeur, au rythme idéal et à l’effarante densité, ouvrant le champ de perception et de réflexion du spectateur à un point rarement atteint. De la très grande science-fiction.

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Titre original

Children of Men

Réalisation 

Alfonso Cuaron

Date de sortie

18 octobre 2006 avec UIP

Scénario 

Sexton, Cuaron, Arata, Fergus & Otsby d'après le roman de P. D. James

Distribution

Clive Owen, Julianne Moore, Chiwetel Ejiofor & Michael Caine

Photographie

Emmanuel Lubezki

Musique

John Tavener

Support & durée

Blu-ray Universal (2009) region All en 1.85 :1

/ 130 min

Synopsis:en 2027, la Terre s’embourbe dans le désespoir, les économies et gouvernements se sont effondrés car, depuis 18 ans, aucun enfant n’est né. Les femmes sont devenues brutalement, et mystérieusement, stériles. Avec ce constat, celui, amer, de la fin certaine du genre humain a anéanti toute perspective d’avenir. Mais tandis que le chaos agite le monde, la Grande-Bretagne fait face, grâce à une politique extrêmement rigoureuse de contrôle des immigrations : les fugees, les réfugiés du continent, sont parqués comme des bêtes dans des camps sur les côtes, les citoyens britanniques ayant la chance de vivre un peu mieux que le reste de la planète, malgré les actions coup de poing de mouvements d’illuminés qui veulent encore y croire.Theo, ancien agitateur aujourd’hui désabusé et perclus de dettes, se voit contacter par un groupe extrémiste à la tête duquel se trouve Julian, son ex-compagne : elle lui demande son aide pour faire passer une réfugiée dont l’importance est capitale…

Renaissance - l'Ecran Miroir

Renaissance - l'Ecran Miroir

Children of men ***** (les Fils de l'homme) Une chronique par TWIN Un long métrage anglais (105 min environ) d'Alfonso Cuaròn, sorti en 2006, avec Clive Owen, Julianne Moore et Sir Michael Caine ...

http://www.ecran-miroir.fr/article-21482706.html

Critique du film par TWIN

Les Fils de l'Homme d'Alfonso Cuarón (2006): critique du film - CulturELLEment vôtre - Critiques cinéma, musique, livres, séries TV, mode, actus culturelles en général...

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Dans le cadre du défi Fins du monde in the movies auquel je participe conjointement à de nombreux blogueurs dont Cachou et Vance , j'ai revu en DVD Les Fils de l'Homme d'Alfonso Cuarón, un film ...

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Critique du film par Cécile Desbruns

Les Fils de l'homme - Alfonso Cuarón (2006)

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Critique du film par le Traqueur stellaire


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