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Interview koudlam│«pas contre la nostalgie»

Publié le 17 avril 2015 par Acrossthedays @AcrossTheDays

Derrière des lunettes noires et une silhouette qui semble s’évaporer à travers la fumée présente sur scène se cache Koudlam, virtuose touche-à-tout du 21ème siècle. De la musique à la vidéo, en passant par le graffiti ou même la peinture, Koudlam a su créer de nouveaux codes concernant la musique électronique, des codes basés sur une ambiguïté assez fascinante. Dans l’univers de Koudlam, on passe rapidement de l’ombre à la lumière, de la mélancolie à la violence, du beat agressif aux violons gracieux. Et c’est précisément ce qui fait son charme.
À l’occasion de la sortie de son troisième album Benidorm Dream, nous avons pu partager un moment avec lui afin d’échanger sur ce dernier disque, sur ses inspirations mais aussi sur les oiseaux. Et on a bien rigolé.

INTERVIEW KOUDLAM│«PAS CONTRE LA NOSTALGIE»

Across The Days : Pourquoi avoir choisi le nom de scène Koudlam ? Qu’est-ce qu’il signifie ?

Koudlam : J’avais vu ce nom dans un dialecte indien contemporain, ça veut dire « belle récolte ». Et sinon j’avais des potes qui criaient ça pour se motiver à différents moments de la journée. C’était un cri de ralliement des troupes. Ca m’a plu alors je l’ai choisi.

ATD : Que s’est-il passé à Benidorm pour que vous donniez le nom de cette ville à votre album ?

Koudlam : Il s’est passé plein de choses. J’ai projeté d’habiter à Benidorm pour faire cet album mais j’avais déjà commencé à composer avant et j’ai trouvé que ça serait le bon décor à ce disque car je recherchais un aspect « science fiction ». J’avais envie de faire une sorte de BO de film, sans me reposer sur un film. Il me fallait un décor, un pote m’avait parlé de cette ville. Aussi, je travaillais avec Cyprien Gaillard à cette époque-là et on aimait aller découvrir de nouveaux endroits, de nouveaux lieux d’errance propice à l’imagination, qui incarnaient une certaine vérité moderne. Et du coup j’ai été voir Benidorm de mes propres yeux. Même avant d’y aller, rien que le nom Benidorm évoquait quelque chose de fantastique, les fondations d’un géant, d’une ville flippante du futur. C’est une espèce d’épiphanie, de vision, et quand on la voit pour la première fois on ne peut pas être déçu. Il y a plein de villes super denses etc mais celle là a la particularité d’avoir le nombre de gratte ciels le plus élevé, ce qui ajoute quelque chose de perturbant. Découvrir un espèce de nouveau monde un peu incongru, construit en a peine 20 ans, c’est très inspirant.

ATD : Dans le clip de Benidorm, vous surplombez la ville, ses violences, ses fêtes, ses excès et sa dépravation. Est-ce de la contemplation ? Du jugement ? De la fascination pour ce monde de la nuit ?

Koudlam : Cela ne m’intéresse pas vraiment de savoir ce qu’est cette ville en vérité, et la vie des Espagnols et des Anglais qui vivent là bas ne me concerne pas. Moi, je me suis installé dans les appartements les plus hauts possibles et me suis enfermé juste pour travailler. L’idée n’était pas d’aller faire la teuf tous les soirs. J’entendais l’ambiance au loin, le murmure dehors sans pour autant rentrer dedans, en préservant cette espèce de distance pour mieux ressentir les choses.

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ATD : Vous passez du jumpstyle énervé sur Negative Creep à la mélancolie plus douce sur Garden. Votre album oscille entre de très nombreux sentiments, comment l’avez vous construit ?

Koudlam : À la fois de manière anarchique et super réfléchie. J’ai fait beaucoup de morceaux puis j’ai vu ceux qui se marient les uns avec les autres. Ensuite naît une certaine logique. Ça peut prendre des mois voir des années pour construire un album qui me paraît cohérent. Et puis parfois à l’inverse, on joue avec les contrastes entre les titres. Je pense que c’est un procédé assez classique finalement.

Il y a un grand paradoxe entre la chanson See You All et son clip : d’un côté la douceur des violons et de l’autre une bagarre de hooligans. Vous aimez jouer sur cette ambiguité beauté/violence ?

Koudlam : Oui, cette ambiguïté m’intéresse. La violence est quelque chose qui fait partie de la vie et existe sous de très nombreuses formes. Mais là pour le cas de See You All, je suis placé en tant que spectateur, j’aime regarder tout ce qu’il se passe et ces choses là sont proprement hallucinantes. C’est une sorte de fresque médiévale, de bataille moderne, c’est notre guerre d’aujourd’hui. Les types se battent pour du foot car ils ne peuvent plus se battre pour Napoléon, et la guerre reste dans le cœur de l’homme et par tous les moyens elle doit s’extirper de là, c’est ça que l’on peut observer. C’est comme si c’était une constante de l’humanité.

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ATD : En plus de vos albums et EP, vous avez fait tellement de choses différentes : des concerts au Tate, au MOMA, des BO pour Cyprien Gaillard, des remixes et des collaborations (Scratch Massive), des performances vidéos, un concert en haut d’une grue à Berlin… Avez vous de nouvelles envies désormais ?

Koudlam : On prépare plein de choses à venir. Je dois aller faire un film au Groenland, cet endroit me fascine. Beaucoup de clips vont être tournés un peu partout dans le monde, notamment en Asie. Je vais aussi aller filmer des choses en Chine et jouer pour une sorte de défilé pour Dior à Canton.

ATD : J’ai également lu que vous étiez très fan de jeux vidéo et de la B.O de Blade Runner. Vous pourriez m’en dire un peu plus ce qui vous inspire autour de vous, au quotidien ?

Koudlam : Il y’en a tellement ! Je peux te faire un catalogue si tu veux ! J’aime bien l’ornithologie, les oiseaux, j’étudie toutes les espèces, les oiseaux d’Afrique etc. Je vais essayer de m’en faire une carrière professionnelle. Au moins si je fatigue dans la musique il me reste ça. Je trouve que c’est une bonne retraite, calme et sage.. Et encore, ça braille les oiseaux. J’aime aussi la préhistoire. J’aime bien le black métal, le reggae, John Lennon et d’autres milliards de trucs.

ATD : Vous terminez cet album par Nostalgia, morceau de 12 minutes, le plus long de Benidorm Dream, purement instrumental à l’exception de certaines paroles récitées. Êtes-vous vous-même nostalgique ?

Koudlam : Ça traduit une sorte de disparition oui, et c’est exactement comment je réagis vis-à-vis de la nostalgie. La sorte de loop qui revient et qui ne s’arrête jamais est super agressive, et c’est une métaphore du sentiment de ce morceau. Mais sinon je ne suis pas contre la nostalgie. Les gens en ont peur mais c’est quelque chose qui peut être un vrai moteur, je ne bannis pas ce sentiment.

ATD : Il y a une sorte de lien entre le futurisme et le classique dans votre musique, par exemple dans Ouverture, où l’on croirait entendre une véritable symphonie dans laquelle les synthés et les machines remplaceraient les violons et les cuivres. Êtes-vous plus influencé par le passé ou le futur ? Comment arrivez vous à faire ce lien entre les deux ?

Koudlam : Ouverture, c’est un morceau que j’ai créé pour montrer que c’est possible de faire une sorte de faux semblant musical de génie classique. C’est toute cette notion là d’illusion, de pouvoir des machines. C’est comme si j’appliquais des thèmes classiques de la science-fiction à la musique : est ce que l’émotion est le seul fait de l’humain ? C’est une sorte de démonstration de virtuose, qui prouve que personne n’arrivera jamais à battre l’ordinateur, et là c’est l’ordinateur qui se fait plaisir et qui me rattrape. D’ailleurs on a hâte de la jouer en live.

La chanson que…

ATD : La première chanson que vous avez connue par cœur ?

Koudlam : The Bangles – Eternal Flame ! La chanson de mon été d’enfance !

ATD : La chanson que vous auriez aimé composer ?

Koudlam : Et bah écoute y en a pas parce que quand j’en entend une qui me plait, je la pique et j’en fais une mieux !
Non, sérieusement, Across The Universe des Beatles, Working Class Hero de Lennon, ou Pocahontas de Neil Young.

ATD : La chanson que vous chantez quand vous êtes saoul ?

Koudlam : Des trucs de marins, une chanson que mon grand père chantait souvent… Les Forbans !


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