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La sélection de la semaine : Les enfants de la Résistance, Le château, Little Yu, Les 4 de Baker Street, La gloire d’Albert, Un certain Cervantès, Les esclaves oubliés de Tromelin, Dans l’intimité de Marie, Victor et Clint, Six gun gorilla, Râ et Cie, ...

Par Casedepart @_NicolasAlbert

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Little Yu – de Xia Da (Urban China)

Pour ce deuxième pont du moi de mai, Case Départ vous propose sa belle sélection de la semaine. En vous ouvrant sa bibliothèque, le blog met en lumière de très bonnes bandes dessinées. Nous passons au crible, les albums suivants : Les enfants de la Résistance : le premier album de la belle série jeunesse signée Ers et Dugomier, Le château : le carnet de bord de Mathieu Sapin à l’Elysée, le premier volume de Little Yu : un manhua de Xia Da, la nouvelle formidable aventure des 4 de Baker Street, la réédition du bel abum La gloire d’Albert, Un certain Cervantès : le très beau roman graphique de Lax, Les esclaves oubliés de Tromelin, le premier volume du très bon manga : Dans l’intimité de Marie, le premier album de Marion Duclos : Victor et Clint, Six gun gorilla : un comics déjanté publié par Ankama, le premier tome de la série de Matthieu Roda : Râ et Cie, le second volet d’Un petit livre oublié sur un banc, le recueil de dessins de Willem : Willem Akbar et le livre de recettes illustrées : Gourmandises. Bonnes lectures.

Les enfants de la résistance

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Dans la France occupée, tout le monde n’était pas résistant. La vie était difficile et la majorité des français tentaient tant bien que mal de survivre. Si quelques adultes et adolescents se sont dressés contre les nazis, qu’en était-il des enfants ? C’est le propos des Enfants de la résistance, la nouvelle très belle série de Vincent Dugomier et Benoît Ers, publiée par Le Lombard.

Résumé de l’éditeur :
Dans un petit village de France occupé par l’armée allemande, trois enfants refusent de se soumettre à l’ennemi. Mais comment s’opposer à un si puissant adversaire quand on n’a que dix ans ?

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Il existe peu d’exemples connus d’enfants-résistants. Pourtant les historiens se sont emparés de cette thématique très particulière de la Seconde Guerre Mondiale, tel Jean-Jacques Auduc, Croix de guerre à 12 ans et qui espionnait l’ennemi grâce à son cerf-volant. Casterman avait déjà publié Les enfants de la liberté (Marc Levy et Alain Grand) un album sur ce thème, et c’est Le Lombard qui propose le premier tome, Premières actions, de la nouvelle série de Ers et Dugomier, Les enfants de la résistance.

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Teinté d’un bel humour, le récit fictif de Vincent Dugomier est à la fois sensible, pédagogique et d’une extrême efficacité. Pour que cela fonctionne au mieux, il fallait incarner cette histoire. Pour cela, l’auteur de Muriel et Boulon a imaginé une ribambelle de personnages forts, intéressants et extrêmement attachants. François qui sait qu’il faut résister, Eusèbe, son copain, le fils de l’instituteur, beaucoup moins courageux que lui et enfin, Lisa, petite belge germanophone qui cache beaucoup de secrets.

Du simple évitement de regard au collage d’affiche, en passant par le sabotage d’une écluse du cours d’eau de leur village, ce qui sera un jeu finira par devenir de vrais actes de résistance et éveillera même les autres villageois. Trois enfants qui deviendront vite de vrais héros. Deux garçons, une fille, trois possibilités pour le jeune lectorat de s’identifier à eux. Ce qui demeurent des actes isolés en 1940, deviendront-ils un vrai réseau dans les futurs tomes ? Seront-ils découvert, verront-ils leur vie sacrifiée par une dénonciation ? La tension narrative de l’album, très maîtrisée, accroche vite le lecteur et l’angoisse est souvent palpable tout au long de l’histoire.

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Pour éviter un maximum d’erreurs, Vincent Dugomier fonde son récit sur une vraie documentation historique et tel un enquêteur il a recueilli des témoignages de leur entourage, comme son comparse dessinateur. C’est d’ailleurs le scénariste qui signe le dossier pédagogique qui est adossé à l’album.

En ce qui concerne la partie graphique, Benoît Ers rend lui aussi une excellente copie. L’auteur, lauréat du concours scolaire à Angoulême à l’âge de 17 ans, livre des planches d’une grande lisibilité et d’une belle efficacité. Son trait est idéal pour conter aux jeunes lecteurs cette très belle fresque historique jeunesse. Un premier tome de grande valeur. A découvrir pour ne pas oublier ces êtres d’un grand courage et d’une insoumission salutaire.

Contenus interactifs : www.enfants-de-la-resistance.org /

  • Les enfants de la résistance, tome 1 : Premières actions
  • Scénariste : Vincent Dugomier
  • Dessinateur : Benoît Ers
  • Editeur : Le Lombard
  • Prix : 10.60€
  • Sortie : 07 mai 2015

Le château

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En 2012, Mathieu Sapin nous faisait découvrir les coulisses de la campagne pour les élections présidentielles dans Campagne présidentielle (éditions Dargaud) où il suivait les pas de François Hollande (réunions, meetings, confidences exclusives…). Aujourd’hui, il revient avec Le château, une belle expérience de bande dessinée dans les coulisses de l’Elysée, où il a passé un an dans les pas du Président.

Pour terminer la lecture de cette chronique sur Comixtrip, cliquez ici.

  • Le château, une année dans les coulisses de l’Elysée
  • Auteur : Mathieu Sapin
  • Editeur : Dargaud
  • Prix : 19.99€
  • Sortie : 07 mai 2015

Little Yu

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Après l’excellent La princesse vagabonde, les éditions Urban China dévoilent le premier volume de la série Little Yu, de Xia Du, un manhua multi-récompensé en Chine et qui met en scène une sublime relation entre une petite fille et un vieil ébéniste.

Résumé de l’éditeur :
La petite Yu quitte la ville pour vivre à la campagne avec ses parents. Confrontée à la beauté d’une nature préservée et mystérieuse, elle va découvrir tout un monde poétique, plein de nouvelles amitiés et d’aventures incroyables. Little Yu présente un touchant morceau d’enfance qui oscille entre le rêve et la réalité, et dont la lecture est aussi rafraîchissante que l’ombre d’un arbre par un après-midi d’été.

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Comme Case Départ vous l’avait expliqué, Média Participations allié à l’éditeur chinois Comicsfan a crée l’entité Urban China qui  livre 4 premiers ouvrages d’une grande qualité et notamment Little Yu, une série complète en 3 volumes. Récompensé du prestigieux prix Golden Dragon Award, le jeune mangaka a publié les premières planches de ce manhua en 2007. Pour cette nouvelle série, Xia Da propose un formidable récit tout en délicatesse et d’une belle humanité, le tout sur fond de folklore chinois.

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Xia Da propose une galerie de portraits de personnages à la psychologie complexe et d’une belle douceur. Yu est la fille d’un couple qui restaure des bâtiments anciens dans un région agricole de la Chine. Dans un premier temps, elle se retrouve seule avec sa mère, puis quelques jours plus tard, son père arrive. Curieuse, elle rencontre Grand père Mu, un vieil homme qui sculpte du bois et qui est secondé par A-Li, un garçon rond timide et renfermé. Râleur et détestant les enfants, il va tomber sous le charme de la petite fille qui lui apporte tous les jours du thé et des gâteaux. Apprivoisé, il se laissera approcher plus facilement.
Entre la nature omniprésente et la transmission du savoir, Xia Da décline de nombreuses thématiques dans cette formidable histoire : la magie qui entoure la petite fille, la poésie et l’onirisme, le deuil, la perte d’un enfant ; tout cela d’une façon optimiste. Cette philosophie positiviste est le fil conducteur de l’ouvrage, quoiqu’il advienne, il faut avancer grâce aux rencontres faites dans notre vie. Comme Yu, le lecteur prend son temps, s’installe doucement dans cet album : les silences et les scènes plus contemplatives permettent de passer un excellent moment. L’atmosphère douce et heureuse rayonne du début à la fin de l’ouvrage.

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Composé de petits chapitres, la jeune mangaka s’inspire de sa propre histoire dans le même petit village où elle a vécu, Linzhi, un endroit calme, où le temps est suspendu. Ses parents comme ceux de Yu étaient restaurateurs d’architectures anciennes. Comme pour La princesse vagabonde, Xia Da dévoile tout son talent de dessinatrice dans Little Yu. Un trait délicat, sensible et d’une grande poésie : un petite perle !

  • Little Yu, volume 1
  • Auteure : Xia Da
  • Editeur : Urban China
  • Prix : 12€
  • Sortie : 10 avril 2015

Les Quatre de Baker Street

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Alors qu’il est déclaré mort pour la patrie, Sherlock Holmes continue d’avancer ses pions pour mettre hors d’état de nuire le colonel Moran et Blackstone, superintendant de Scotland Yard. Pour l’aider dans sa quête, il peut toujours compter sur Billy, Black Tom, Charlie et le chat Watson, les francs-tireurs de Baker Street. L’homme du Yard est le sixième tome des aventures des Quatre de Baker Street, une formidable série de Jean-Blaise Djian, Olivier Legrand et David Etien, publié par Vents d’Ouest.
Résumé de l’éditeur :
1893. Dissimulé dans l’East End londonien, Sherlock Holmes poursuit sa guerre secrète contre les anciens associés de Moriarty : le redoutable Colonel Moran et le superintendant Blackstone de Scotland Yard… Bien décidé à débusquer Holmes avant qu’il ne refasse surface, l’Homme du Yard va tout mettre en œuvre pour remonter sa piste – une piste qui est aussi celle de nos héros, indispensables auxiliaires de l’insaisissable détective. Traqués par la police, Billy, Charlie et Black Tom doivent prendre la tangente. Semée d’embûches et de dangers, leur cavale débouchera sur un terrible drame. Pour les Quatre de Baker Street, rien ne sera plus jamais comme avant…

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A force de vous le répéter, vous allez finir par le croire : Les Quatre de Baker Street est une excellente série ! Inspiré librement des romans de Sir Arthur Conan Doyle, l’univers mis en place par Jean-Blaise Djian, Olivier Legrand et David Etien fait de lui une série de référence dans le monde du 9e art. Série grand public, elle a conquis plus de 140 000 lecteurs en 5 volumes. Succès éditorial et critique, elle plaît à toute les générations, comme le souligne Olivier Legrand, l’un des deux co-scénaristes : « Les plus jeunes apprécient surtout les scènes d’action et de poursuite, et aussi tout ce qui tourne autour du chat Watson, tandis que les lecteurs plus âgés s’attachent davantage aux intrigues, à l’aspect historique ou social de l’univers de la série ou encore à la psychologie et aux sentiments des personnages, qui évoluent au fil des albums et sont souvent mis à rude épreuve ».

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Pour incarner au mieux les enquêtes délicates de Sherlock Holmes, les auteurs ont imaginé 3 enfants et leur chat, personnages haut-en-couleur (relisez la chronique de l’album hors-série qui présente ce riche univers Le monde des Quatre de Baker Street) : Billy, Black Tom et Charlie. « Dès le début, nous avons décidé de créer nos propres personnages, à l’intérieur du « concept » des francs-tireurs inventé par Conan Doyle : Billy l’apprenti-détective, Charlie la fille-déguisée-en-garçon et Black Tom l’Irlandais tête brûlée… avec, bien sûr, un compagnon à quatre pattes (qui ne pouvait être qu’un chat, nos gamins étant, eux aussi, à leur manière, des « chats de gouttière ») », comme l’indique Oliver Legrand.

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Alors que les 4 premiers tomes étaient des histoires complètes, depuis le précédent volume, les auteurs ont ouvert un cycle à l’intérieur de la série et donc les tomes 5-6 et 7 formeront un triptyque. Le récit est de nouveau d’une excellente facture, à l’intrigue d’une extrême qualité. Alors que Holmes est de plus en plus présent dans la série, liée au fait de sa mort « volontaire », son imagination débordante pour mettre en place son stratagème est formidable. S’il connaît des ratés, le détective possède toujours un plan B. Mettant en danger ses propres francs-tireurs, il se révélera un vrai père pour eux. Ils devront alors se cacher dans Dead End, un quartier malfamé. D’ailleurs, la course-poursuite avec la police dans ce lieu est un grand moment de l’album.

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Comme pour les cinq premiers volets, la partie graphique est à la hauteur de la sublime histoire racontée ici. Le trait du talentueux David Etien lui permet de composer des planches d’une grande virtuosité. Les mouvements et les expressions des personnages sont très bien maîtrisés.

Et dire qu’il faudra attendre une année pour connaître la fin de ce triptyque … On a hâte ! Les Quatre de Baker Street : à découvrir, à lire et à garder dans sa bédéthèque ! Pour les petits et les grands.

  • Les Quatre de Baker Street, tome 6 : L’homme du Yard
  • Scénaristes : Jean-Blaise Djian et Olivier Legrand
  • Dessinateur : David Etien
  • Editeur : Vents d’Ouest
  • Prix : 14.50€
  • Sortie : 06 mai 2015

La gloire d’Albert

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La gloire d’Albert est le premier volet de la trilogie Un monde si tranquille, qui aborde les dessous pue reluisants de la vie politique locale. Delcourt réédite ce magnifique album signé Etienne Davodeau.
Résumé de l’éditeur :
Albert Colin, individu effacé que sa femme méprise, milite sans vraiment savoir pourquoi pour un parti d’extrême droite dont il admire les dirigeants. Ayant assisté au meurtre d’un des leaders de ce parti, il suit les tueurs et parvient à les maîtriser : une occasion pour Albert d’avoir peut-être son heure de gloire. Mais parfois il vaudrait mieux ne pas s’aventurer dans les coulisses du pouvoir.

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Publiée initialement en 1999, La gloire d’Albert est un excellent album. Comme à son habitude, Etinne Davodeau a le talent de sublimer des personnages lambda, des anti-héros dont le destin prend une tournure irrémédiable après un concours de circonstance, comme dans Le constat (Dargaud, 1996). Ici, il présente Albert Colin, marié, peu cultivé, qui travaille dans un magasin de bricolage tenu par Jo Mercier, un patron qu’il apprécie. Mais la vraie passion de ce quinqua, c’est de faire de la figuration dans un spectacle grandiose les soirs d’été où il rejoint 250 autres bénévoles. Dans cette mise en scène, qui ressemble à La cinéscénie du Puy du Fou, il interprète plusieurs personnages dans différents tableaux et son moment de gloire, il le tient lorsqu’il joue le rôle de valet d’un notable de la ville à la veille de la Première Guerre Mondiale.

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Cette féerie nocturne est la fierté locale voire nationale et elle est portée par deux hommes puissants de la région, Messieurs Philippot et Delorme, ce dernier étant en lice pour le siège de député de la circonscription. Très catholique et très à droite, il peut compter sur le rayonnement du spectacle pour servir ses intérêts. Les us et coutumes, la famille, le travail, les traditions et la conservation du patrimoine, voilà les seules préoccupations de cet homme, notable, ultra-conservateur et qui risque de se faire élire par une population proche de ces idées. Mais dehors, des activistes de gauche en ont décidé autrement : ils veulent faire peur à Philippot en sabotant sa voiture. Malheureusement l’homme décède dans l’accident. Dans un fourré voisin, Albert a tout vu.

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Le formidable récit d’Etienne Davodeau est construit comme une très belle chronique sociale, sous couvert d’un fait-divers se transformant en drame. Il faut souligner toute la justesse de l’auteur pour décrire au mieux les relations et la psychologie de personnages de tous les jours. Sur fond d’affaires politiques, corruption et activisme terroriste, il dépeint courageusement ce qui pourrait paraître véridique. Alors que l’album a déjà 16 ans, beaucoup de choses n’ont pas changé dans les idées conservatrices de certains. Le trait en couleurs directes de l’auteur des Ignorants ou du Chien qui louche (chez Futuropolis) est d’une belle force graphique. Simplicité et efficacité sont au rendez-vous.
A souligner que les éditions Delcourt publient de nouveau Anticyclone (datant de 2000) et Ceux qui t’aiment (datant de 2002), les deux derniers albums de la trilogie intitulée Un monde si tranquille.

  • Un monde si tranquille, tome 1 : La gloire d’Albert
  • Auteur : Etienne Davodeau
  • Editeur : Delcourt
  • Prix : 14.50€
  • Sortie : 25 mars 2015

Un certain Cervantès

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Mike Cervantès, GI’s, rentre de l’Afghanistan avec un bras en moins. Cette sale guerre, elle le hante tout le temps, il a du mal à s’en relever et en veut à la terre entière. En révolte permanente, il est incarcéré après un braquage et découvre alors le roman de son homonyme Don Quichotte. Christian Lax revisite d’une manière magistrale l’œuvre célèbre de l’espagnol à travers le destin brisé d’un américain déboussolé dans le magnifique roman graphique Un certain Cervantès, publié par Futuropolis.

Résumé de l’éditeur :
Cervantès, Mike de son prénom, est un jeune homme plutôt paisible. Pour éviter de menus ennuis avec la police, il s’engage dans l’armée, et le voici GI en Afghanistan. Fait prisonnier par les talibans, évadé, repris, maltraité, il est amputé d’un bras. Exactement comme cet autre Cervantès, Miguel de son nom de baptême, futur auteur de Don Quichotte, qui perdit l’usage de sa main gauche au cours de la fameuse bataille de Lépante le 7 octobre 1571. De retour au pays, à Jerome en Arizona, Mike, comme beaucoup de ces « revenants » de la guerre, se sent déboussolé, devient irritable, oscille entre accès de violence et moments de dépression. Révolté contre une société dure pour les faibles, fou de rage il détruit une succursale de banque, et se retrouve en prison. C’est au pénitencier du comté, où il purge sa peine, qu’il se plonge dans la lecture et découvre, émerveillé, l’oeuvre de son illustre homonyme, Miguel de Cervantès. C’est une révélation : Mike sera le Don Quichotte des temps modernes, en butte à toutes les inquisitions contemporaines, économique, politique ou religieuse, et en lutte contre toutes les formes d’injustice… Mike Cervantès n’écrira pas le remake de l’épopée du « chevalier à la triste figure », mais au volant de sa Mustang, sa Rossinante rutilante modèle 1971, il la vivra pleinement…

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Projet d’une grande ambition, Un certain Cervantès n’est pas une adaptation de Don Quichotte (comme celle de Rob Davis chez Warum) mais plutôt une transposition dans l’époque actuelle du roman de Cervantès, comme le souhaitait Christian Lax. Travailler cette œuvre était l’occasion pour l’auteur de dessiner les paysages américains, la sauvagerie de ces lieux du fin fond des Etats-Unis. La grande force de l’album réside dans la très grande maîtrise narrative de Lax, ses aller-retours entre l’époque actuelle et celle de Miguel Cervantès sont subtils et s’insèrent parfaitement dans le récit.

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La grande force de ce merveilleux roman graphique est de faire un parallèle entre le roman de l’espagnol et le héros de l’album de Lax. Comme l’auteur espagnol, Mike perd l’usage de son bras à la guerre, Cervantès à la Bataille de Lepantes et le héros dessiné en Afghanistan. Cette infirmité comme son homonymie le rapproche alors du romancier du 16e siècle. Il est difficile pour lui de se reconstruire avec ce moignon si visible. D’ailleurs, il ne veut pas que cela se voit et protège même sa propre mère, en utilisant Randy, son ami de toujours, comme intermédiaire. Sa renaissance viendra de son acceptation de sa prothèse. Pourtant tout ce qui l’entoure est un obstacle et finalement il n’arrivera jamais à se réinsérer réellement. Le retour à la normalité ne se fera donc jamais. Sa lente descente vers les Enfers est admirablement traitée par l’auteur ; il s’est fait le chantre de ce style de récits et de la mise en abîme de ses anti-héros.

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Pourtant Mike en découvrant Don Quichotte de la Mancha va se sauver. La lecture et la littérature vont le sauver de la prison. En sortant, il deviendra même bibliothécaire mais ce travail il le laissera vite tomber en découvrant que des œuvres sont retirées des rayons. Il souhaite sauver de l’ignorance de très grands auteurs américains : Bukowski, Banks, Morrisson ou Selby.

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Par son album, Christian Lax fustige aussi les subprimes et la dérive financière qui en a découlé, qui ont mis à la rue des milliers d’américains, mais aussi la religion omniprésente dans la vie quotidienne aux Etats-Unis ainsi que l’intolérance des Djihadistes, le sort des indiens dans les réserves, les réseaux sociaux, ainsi que les politiques anti-culturelles qui mettent au placard des œuvres majeures d’auteurs (parce qu’elles sont jugées subversives). Mike, comme Don Quichotte, s’élève donc contre toutes les formes d’inquisitions et d’injustices. Véritable hymne à toutes les libertés, l’album de Lax fait un bien fou, nous rend optimiste et c’est là l’essentiel.
La partie graphique est à la hauteur du scénario. Christian Lax sublime les paysages américains et ses personnages par de très beaux lavis couleur ocre, taupe ou gris, parfois agrémentés de teinte rouge (pour Miguel Cervantès) ou bleu. Son trait subtil et aérien enchante ses belles planches parfois muettes.

  • Un certain Cervantès
  • Auteur : Christian Lax
  • Editeur : Futuropolis
  • Prix : 26€
  • Sortie : 02 avril 2015

Les esclaves oubliés de Tromelin

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Sylvain Savoia, auteur de Marzi (avec Marzena Sowa, Dupuis) et de Al’Togo (avec Jean-David Morvan, Dargaud) est invité par l’archéologue Max Guérout à le rejoindre lors d’une expédition sur l’Ile de Tromelin et ainsi découvrir les vestiges d’un village d’esclaves sur cette petite parcelle de l’Océan Indien après le naufrage de leur navire en 1761. Publié par Dupuis, Les esclaves oubliés de Tromelin raconte cette aventure humaine sur la base scientifique ainsi qu’en parallèle l’histoire de ces êtres humains du 18e siècle, laissés à l’abandon sur cette minuscule Ile des Sables.

Résumé de l’éditeur :
L’île des Sables, un îlot perdu au milieu de l’océan Indien dont la terre la plus proche est à 500 kilomètres de là… À la fin du XVIIIe siècle, un navire y fait naufrage avec à son bord une « cargaison » d’esclaves malgaches. Les survivants construisent alors une embarcation de fortune. Seul l’équipage blanc peut y trouver place, abandonnant derrière lui une soixantaine d’esclaves.

Les rescapés vont survivre sur ce bout de caillou traversé par les tempêtes. Ce n’est que le 29 novembre 1776, quinze ans après le naufrage, que le chevalier de Tromelin récupérera les huit esclaves survivants : sept femmes et un enfant de huit mois. Une fois connu en métropole, ce « fait divers » sera dénoncé par Condorcet et les abolitionnistes, à l’orée de la Révolution française.

Max Guérout, ancien officier de marine, créateur du Groupe de recherche en archéologie navale (GRAN), a monté plusieurs expéditions sous le patronage de l’UNESCO pour retrouver les traces du séjour des naufragés. Ses découvertes démontrent une fois de plus la capacité humaine à s’adapter et à survivre, en dépit de tout.

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La force du récit de Sylvain Savoia réside dans son alternance entre carnet de bord archéologique et le récit fictionnel des esclaves. Le découpage très maîtrisé, permet au lecteur de ne pas être perdu. Empli d’un grand humanisme et d’une grande pudeur, il livre un album d’une grande force émotionnelle. Il faut dire que ce morceau d’histoire est oublié de manuels scolaires et de cours à l’université : L’Utile, un navire négrier appartenant à la Compagnie des Indes Orientales, donc à la royauté, est mise à l’eau malgré les réticences météorologiques. Dans les cales du bateau, 160 esclaves noirs entassés de force, dans des conditions inhumaines. A la tête de l’équipage, Jean Lafarge ne s’embarrasse pas des directives. Contrairement au trajet habituel, son navire passe près de l’Ile des Sables et le 31 juillet s’échoue sur le récif de coraux qui entoure le petit morceau de terre. La moitié des hommes et des femmes meurt et les rescapés doivent alors construire un village éphémère. Pourtant le temps passe, les français, toujours aussi hautains, décident de construire un autre navire. Ils embarquent alors sans les esclaves, malgré la promesse qui leur a été faite et pendant 15 ans plus aucune nouvelle. Les survivants construisent alors un vrai village.

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En 2008, Sylvain Savoia intègre donc cette expédition archéologique par l’invitation de Max Guérout. Il aura donc fallu 7 ans pour que l’auteur achève cet album de 120 pages. Il faut dire qu’entre-temps, il a publié Marzi ou Al’Togo, et qu’il lui a fallu digérer au mieux cette aventure et le récit des esclaves. Il est donc chargé par l’archéologue de mettre en dessin cette drôle d’expédition. Le lecteur découvre en plus de l’histoire de l’Utile, le carnet de bord de l’auteur : le trajet en avion, l’équipe variée, la découverte de l’île, la petite base scientifique, la chaleur, les fouilles, les ruines, les bernard-l’ermite, les coraux, le lagon, les tortues mais aussi tous les détritus charriés par la mer.

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D’ailleurs graphiquement, l’auteur utilise deux techniques, deux univers différents pour ses deux parties : une plus libre mais avec de nombreux détails, ultra-réaliste, très écrite avec beaucoup de récitatifs pour son carnet de bord et une autre plus léchée, qui met en lumière ces individus sans nom pour la partie fictionnelle. Les corps nus, d’une grande maigreur mais aussi les morts, sont admirablement mis en image par Savoia.

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  • Les esclaves oubliés de Tromelin
  • Auteur : Sylvain Savoia
  • Editeur : Dupuis, collection Aire Libre
  • Prix : 20.50€
  • Sortie : 24 avril 2015

Dans l’intimité de Marie

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Que peut bien ressentir un adolescent qui se retrouve dans le corps d’une jeune lycéenne ? Ce nouvel état physique et psychologique va lui faire vivre un véritable enfer. Shûzô Oshimi dévoile le premier tome de Dans l’intimité de Marie (Boku wa Mari no naka), un très bon manga édité par Akata.
Résumé de l’éditeur :
Quand Isao Komori est allé à Tokyo pour suivre ses études à l’université, il s’imaginait déjà une nouvelle vie de rêve : jeune adulte indépendant, avec tous ses potes de fac… Mais sans vraiment comprendre comment ni pourquoi, le voilà déjà seul. Désabusé, il finit par vivre cloîtré chez lui. Son seul petit plaisir est d’aller à la supérette du quartier, pour y admirer la magnifique lycéenne qui s’y rend tous les jours. Mais un soir, alors que comme d’habitude, il la suit jusqu’à chez elle, un curieux événement se produit : la lycéenne remarque sa présence et… Isao se réveille alors, un matin comme les autres, dans la peau de la jeune fille ?! Il devra désormais se faire passer pour Marie, la fille la plus populaire du lycée ! Un nouvel enfer quotidien commence pour le jeune homme, tandis qu’une énorme question subsiste : puisqu’il est entré dans le corps de Marie, où est passé l’esprit de la jeune fille ?

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Prépublié dans la revue Manga Action au Japon, le très bon seinen de Shûzô Oshimi est construit comme un drame psychologique et fantastique. Si la situation de départ assez classique fut déjà exploitée par le passé, cette fois-ci le mangaka lui fait prendre une tournure plus adulte (pour les plus de 14 ans). Teintée d’un petit humour subtil, l’histoire fait aussi remonter nos instincts les plus pervers, ce qui nous met mal à l’aise mais nous attire aussi (lorsque Isao en Marie se déshabille, va aux toilettes…). L’érotisme et l’ambiguïté du personnage nous dérangent mais nous titillent aussi.

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En choisissant des adolescents, le mangaka met en lumière des thématiques universelles contemporaines, d’une manière très maîtrisée, plutôt de façon pudique : la sexualité et les fantasmes, l’identité sexuelle, les adultes non insérés dans la société (ils ne veulent rien, n’étudient pas et s’amusent), ainsi que le rapport à soi et aux autres. D’ailleurs si Isao est un garçon célibataire, qui n’arrive pas à trouver de petite amie, adepte de la masturbation, geek et très seul, son seul fantasme est Marie, une jeune fille qu’il suit tous les soirs en sortant de la supérette. Obligé de vivre dans le corps de la lycéenne, mal dans sa peau, il respecte néanmoins cette enveloppe charnelle qu’il aurait aimer toucher. En effet, il ferme les yeux lorsqu’il doit se déshabiller ou se regarder dans un miroir.

Un bon premier volume porté par un scénario original et un dessin efficace.

  • Dans l’intimité de Marie, volume 1
  • Auteur : Shûzô Oshimi
  • Editeur : Akata
  • Prix : 7.95€
  • Sortie : 23 avril 2015

Victor et Clint

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Premier album et première réussite pour Marion Duclos ! Publié par La boîte à Bulles, Victor et Clint raconte les aventures imaginaires d’un jeune garçon se prenant pour un cow-boy et un chien, son ami, dans un far west fantasmé et poétique.
Résumé de l’éditeur :
Lorsque Victor se coiffe de son Stetson, il devient Clint, cowboy renfrogné de l’Ouest américain.

Colt en main, il s’enfuit dans un Far West imaginaire où les parents se transforment en shérifs et les bicyclettes en fidèles destriers. Un monde de rochers et de cactus où les brutes de l’école deviennent les redoutables frères Ringo, à qui il aimerait bien donner une bonne leçon ! Car les deux canailles se sont emparés de sa monture, le Colonel Banjo, et Victor compte bien la récupérer…

Avec l’aide de son acolyte Willy Brown, qui n’est autre que Basile Castagne, vieil alcoolique du village, Victor se lance à leur poursuite, bien décidé à leur faire mordre la poussière ! Mais la réalité, toujours tapie dans l’ombre, arrive au galop…

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Victor est un garçon comme les autres, vivant avec sa mère célibataire et son chien. Pas plus doué qu’un autre, plutôt timide et souffre-douleur de deux gros crétins, le collégien tente tant bien que mal de passer le cap de l’adolescence. Pourtant, lorsqu’il coiffe son Stetson, c’est un autre, un vrai, un dur, un cow-boy qui ne se laisse pas faire, prêt à dérouiller ses pires ennemis. A ses côtés, Clint, son chien devient humain et l’aide dans ses démêlés avec les terreurs du far-west.

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Véritable hymne à l’imagination et l’imaginaire des enfants, Marion Duclos propose une vision fantasmée de l’Amérique du 19e siècle. Construit comme un western spaghetti, les dialogues ciselés font mouche et son récit est d’une très belle fantaisie. Au-delà de cette très belle fable pour enfant, elle égraine des thématiques chères aux plus jeunes : l’amitié, les relations familiales, l’entraide mais aussi la mort, la loi du plus fort, l’humiliation entre adolescents.

En versant dans ce monde imaginaire, le héros change, se sent plus fort, lui qui est assez faible et qui n’a pas de répartie lorsqu’il est embêté par les crétins qui l’entourent. D’ailleurs, la jeune auteure bordelaise, réussit le tour de force de mêler subtilement les deux univers, la réalité et ce monde fantasmé. Cette alternance est aboutie grâce à une belle maîtrise narrative de ces deux mondes. La galerie de portrait est, elle aussi, très rafraîchissante : quand Victor fait de sa mère, Lady ou le vieux Castagne, Brown, un cow-boy en fin de parcours.

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Teintée d’un bel humour, l’histoire touchante est aussi portée par une partie graphique très réussie. Son trait vif et nerveux est proche de celui de Vincent Perriot (Paci, Dargaud), tant par le traitement des planches que celui des couleurs parfois très saturées. D’ailleurs, les deux univers sont très marqués par un graphisme et des couleurs différents.

  • Victor et Clint
  • Auteure : Marion Duclos
  • Editeur : La Boîte à Bulles, collection Hors-champ
  • Prix : 15€
  • Sortie : 06 mai 2015

Six gun gorilla

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Bleu – 3425 croise le chemin d’un gorille géant avec lequel il va vivre des aventures complètement folles et où les balles fusent. Six gun gorilla est très beau comics d’anticipation est signé Simon Spurrier et Jeff Stokely et édité par Ankama.
Résumé de l’éditeur :
Au XXIIe siècle, dans un monde étrange colonisé par les humains, une guerre sanglante fait rage. Bleu-3425, un ancien bibliothécaire, s’engage dans l’armée après une douloureuse rupture. Son unique obsession est de mourir dignement sur le champ de bataille. Mais sa rencontre avec un gorille vagabond as de la gâchette va contrarier ses plans. D’où vient cet étrange personnage ? Pourquoi cherche-t-il à l’aider ? Ensemble, ils partent à travers les plaines sauvages à la rencontre de leurs destins.

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Six gun gorilla est un très beau mélange de science-fiction et de western se déroulant au 22e siècle. Le récit de Simon Spurrier met en scène la Terre dans un moment où les hommes s’entre-tuent pour de sombres raisons. Les gouvernants filment ces drôles de batailles sanglantes en temps réel, tel le Truman Show de Peter Weir avec Jim Carrey ou Hunger Games de Gary Ross avec Jennifer Lawrence. Ils en jouent, ils dirigent la guerre à distance et ils envoient au casse-pipe des milliers de soldats. Parmi eux, il y a Bleu-3425, un bibliothécaire hyper-dépressif, qui ne souhaite qu’une chose : mourir au combat le plus vite possible. Dans son cerveau est greffé une puce qui permet aux téléspectateurs de voir sa vie en direct.

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Son existence va être bouleversée par l’entrée en jeu d’un immense gorille à la gâchette facile et qui se bat comme un dieu. Aucun sentiment de repentance ne l’effleure, il dégaine et tire sur tout ce qui bouge. Alors que l’ex-bibliothécaire sort du module pour combattre, l’animal doué de parole le sauve. Intimement lié à lui, il continue son chemin avec lui.

Le récit de Simon Spurrier, scénariste sur des comics comme Wolverine, Poison Ivy ou Silver Surfeur, est fou et déjanté. Partant dans tous les sens, il se lit néanmoins facilement. Auteur non-conventionnel, il livre une histoire dense, forte émotionnellement et très prenante. Parce qu’en plus des scènes d’action fréquentes, l’auteur les alterne avec des passages plus méditatifs et contemplatifs (Bleu part parfois dans des délires métaphysiques). Par ce comics, il dénonce la téléréalité, l’obscurantisme et l’oppression du petit peuple par un caste de puissants narcissiques et totalitaires.

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En ce qui concerne la partie graphique, Jeff Stockely réussit parfaitement son entrée en matière dans le monde de la bande dessinée. Illustrateur pour Mattel ou Tokyopop, il propose un trait vif et très dynamique. Les régions désertiques de western sont parfaitement restitués grâce à des couleurs ocre et rouge bien senties.

  • Six gun gorilla
  • Scénariste : Simon Spurrier
  • Dessinateur : Jeff Stockely
  • Editeur : Ankama
  • Prix : 17.90€
  • Sortie : 17 avril 2015

Râ & Cie

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Troisième pyramide à droite est le premier tome de Râ & Cie, la nouvelle série jeunesse des éditions Sarbacane et signée Matthieu Roda. Elle met en scène la genèse de la mythologie égyptienne de manière humoristique : de Râ à Tefnout, en passant par Nout et Apopis.

Résumé de l’éditeur :
Au début, il n’y avait rien… Et puis, Raaaaa ! un cri résonne dans le silence et l’obscurité. Le dieu des dieux vient de naître. Quand on est un dieu, il faut tout faire soi-même ! Créer le ciel, les oiseaux et la mer, fonder une famille de dieux appelée à régner, et un peuple pour les adorer… Vaste entreprise ! Râleur égocentrique, monstre de mauvaise foi, Ra s’attelle à la création de l’univers où les coups de théâtre rivalisent avec ses coups de colère.

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Professeur d’Arts Plastiques dans les collèges Rabelais et Curie de Niort, Matthieu Roda dévoile le premier tome de sa toute première bande dessinée, Râ & Cie. Lauréat du concours Jeunes talents du Festival d’Angoulême, il imagine la genèse de la mythologie égyptienne. En effet, dès les premières planches, le jeune lecteur découvre le dieu Râ, qui vient juste de se créer lui-même, sur une toute petite île déserte. Rapidement, le dieu du soleil en fait le tour, s’ennuie et décide de devenir père. Il crée en crachant Shou (dieu de l’air), un fils aux longs bras puis Tefnout (déesse de l’humidité), sa fille à tête de lion. Et pour ne rien arranger, le frère et la sœur vont tomber amoureux et devenir les parents de Nout, la déesse du ciel.

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Photo d’archives – La Nouvelle République

Animateur d’ateliers de dessin depuis un an, le jeune auteur livre ainsi un ouvrage didactique mais pas ennuyant. En effet, il fait de son histoire, un récit amusant et désopilant, grâce notamment à des dialogues ciselés et anachroniques, ainsi que des personnages décalés, à la folie-douce. Ajouter à cela, un dessin vif et très coloré et les jeunes lecteurs seront conquis. En aparté, il confie à Philippe Micard, journaliste à La nouvelle République : « La BD traite davantage de l’histoire égyptienne que de ses dieux. Et pourtant, en préparant les quatre planches pour Angoulême, je me suis rendu compte de la richesse de ce sujet… », explique Matthieu Roda sur son idée d’inspiration. « Je me suis donc lancé à raconter à ma façon, par l’humour notamment, cette mythologie égyptienne. »

  • Râ & Cie, tome 1 : Troisième pyramide à droite
  • Auteur : Matthieu Roda
  • Editeur : Sarbacane
  • Prix : 12.50€
  • Sortie : 06 mai 2015

Un petit livre oublié sur un banc

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Après un premier tome qui nous avait charmé et enthousiasmé, Un petit livre oublié sur un banc offre son second opus. Publié par les éditions Grand Angle et signé Jim et Mig, il met en scène Camélia qui recherche passionnément l’auteur d’un ouvrage qu’elle a trouvé sur un banc public et avec lequel, elle a entamé une correspondance.

Pour vous rafraîchir la mémoire, relisez la chronique Case Départ du premier volume, ici.
Résumé de l’éditeur (tome 2) :
Depuis qu’elle a mis la main sur ce livre oublié sur un banc, Camélia s’est retrouvée dans un petit jeu du chat et de la souris… La souris c’est elle, mais qui est le chat ? Qui est ce mystérieux amoureux qui lui écrit des messages dans son livre ? Et surtout, comment expliquer qu’une autre femme a le même livre ? Et si elle avait un message à l’intérieur, elle aussi ?

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Alors que le premier tome nous avait laissé une très belle et bonne impression, le deuxième volet du diptyque nous enchante moins : pas en ce qui concerne la partie graphique proposée par Mig qui est toujours aussi agréable à l’œil mais plus du côté scénaristique. Si le final est parfait et plutôt inattendu, la lenteur des trois-quarts de l’album accroche moins le lecteur. Si le premier album était très rythmé par l’envie de Camélia de trouver l’auteur inconnu et particulièrement ses courses nocturnes folles, le suivant est moins haletant et trop lancinant. Cette attirance irrépressible pour cet homme rêvé et fantasmé et le bookcrossing étaient pourtant de belles thématiques mais la curiosité du premier volume retombe comme un soufflé. Même si l’héroïne s’éloigne encore plus de son ami, qui la demande en mariage, dans ce deuxième tome, l’arrivée d’un bellâtre romancier dans sa vie, ne relance que partiellement son aventure.

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Le bookcrossing consiste à laisser volontairement un livre dans un endroit public afin de lui donner de nouveaux lecteurs. Le scénario de Jim est né de sa rencontre avec un adepte de cette belle initiative, usitée par 800 000 membres dans le monde. Ce désir d’universalité d’accès à la culture est une très jolie idée, issue de l’imagination de Ron Hornbaker, un américain passionné de lecture.

  • Un petit livre oublié sur un banc, tome 2/2
  • Scénariste : Jim
  • Dessinateur : Mig
  • Editeur : Grand Angle
  • Prix : 13.90€
  • Sortie : 06 mai 2015

Et pour quelques pages de plus…

Pour compléter notre sélection de la semaine, Case Départ vous conseille aussi les albums suivants :

Willem Akbar

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Les Requins Marteaux proposent Willem Akbar, un recueil de dessins de Willem de l’année écoulée jusqu’aux attentats de Charlie Hebdo.
Résumé de l’éditeur :
Willem est increvable. Il a résisté à la censure, au Professeur Choron et même à l’attentat contre Charlie Hebdo. Son œil est dans Libération chaque jour que dieu fait et dans Charlie Hebdo toutes les semaines comme son nom l’indique. Il scrute le monde et traque les petites histoires qu’il met en regard de la grande.
Pour ce nouveau recueil, il a réuni une centaine de dessins où il dissèque l’actualité récente. Ses dessins sont cruels, justes et drôles. Willem traverse les décennies d’histoire contemporaine et son œuvre traversera les siècles. L’œil de Willem est increvable.

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Résidant en France depuis 1968, Bernhard Willem Holtrop dit Willem est né en 1941 aux Pays-Bas. Il commence à travailler pour L’enragé en 1968, puis à Hara-Kiri et enfin à Charlie Hebdo. Grand Prix de la Ville d’Angoulême en 2013, il use aussi de sa plume acerbe dans les pages de Libération. Les illustrations de Willem Akbar furent publiées dans les pages de l’hebdomadaire et celles du quotidien. Echappant à la tragédie des attentats de Charlie Hebdo du 7 janvier dernier parce qu’il avait une sainte (!) horreur des conférences de rédaction, il livre donc sa vision de l’immédiat après Charlie.

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Ses thématiques de prédilection sont toutes là : l’Afrique et le regard des européens sur le continent, les opérations militaires africaines ; le drame des migrants dans les eaux de la Méditerranée (très préoccupant encore aujourd’hui avec les nombreux naufrages) ; la famille Le Pen et leurs idées xénophobes ; la crise en Grèce, Merkel ; le conflit israelo-palestinien ; le djihadisme et Daech ; la religion catholique et le Pape et enfin les dessins du maître hollandais après l’attaque contre Charlie.

  • Willem Akbar
  • Auteur : Willem
  • Editeur : Les Requins Marteaux
  • Prix : 15€
  • Sortie : 24 avril 2015

Gourmandises

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Vincent Guerlais, maître-patissier, propose Gourmandises, un livre de recettes de desserts, illustré par Adolie Day et publié par Soleil, dans la collection Métamorphose.
Résumé de l’éditeur :
Un livre de 20 recettes sexy concocté par Adolie Day et Vincent Guerlais, un pâtissier-chocolatier français, qui stimule pupilles et papilles gustatives !

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Patissier-chocolatier nantais, Vincent Guerlais livre aux gourmands 20 recettes de desserts. L’ouvrage est découpé en 4 chapitres :

– Petites douceurs (madeleine, macaron, meringue, éclair…)
– Tendres gâteaux (crumble, charlotte aux fraises, fondant au chocolat…)
– Crèmes fondantes (riz au lait, crème brûlée, mousse au chocolat…)
– Tartes pulpeuses (tarte tatin, tartelette aux framboises, tarte citron meringuée…)

Le cuisinier avait déjà travaillé avec Adoline Day par le passé (depuis 2013); elle avait notamment réalisé les dessins de couvercles de coffrets de chocolats ainsi que des ornements de bûches intitulés Les 7 pêchés capitaux.

gourmandises (2)
Le maître chocolatier est membre de la prestigieuse association « Relais Desserts International » qui regroupe plus de 80 pâtissiers dans le monde. Il est aussi l’un des 10 lauréats nationaux de l’Award du Meilleur Chocolatier de France, décerné par l’Association des Croqueurs de Chocolat. Une distinction qu’il a obtenu 5 années de suite – entre 2008 et 2012.
En ce qui concerne la partie illustration, Adoline Day propose des détournements de ses propres photographies par l’entremise de pin-up très aguichantes. Gourmands, glamour, les dessins envoutent le lecteur qui s’empressera de fabriquer lui-même les recettes très accessibles. Cerise sur le gâteau, c’est la célèbre créatrice Chantal Thomass qui préface l’ouvrage et qui le temps d’une recette en est l’héroïne.

  • Gourmandises
  • Scénariste : Vincent Guerlais
  • Dessinatrice : Adolie Day
  • Editeur : Soleil, collection Métamorphoses
  • Prix : 18.95€
  • Sortie : 22 avril 2015

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