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[critique] Jurassic World : si on y retournait ?

Par Vance @Great_Wenceslas
[critique] Jurassic World : si on y retournait ?

Presque 14 ans après le troisième film, la franchise Jurassic Park s'apprête à faire son retour dans les salles de cinéma du monde entier. Supervisé par Steven Spielberg, Jurassic World semble vouloir relancer pour de bon la mode des dinosaures, et donne l'occasion à Colin Trevorrow, un jeune réalisateur, de faire ses preuves aux manettes d'un gigantesque blockbuster. Alors que l'on pouvait émettre quelques réserves sur l'orientation quelque peu douteuse que le film semblait suivre à la vue des différentes bandes-annonces (notamment tout ce qui concerne la créature hybride, l'Indominus Rex, et le " dressage " des vélociraptors), l'on a finalement affaire à un divertissement ultra efficace et bien plus intelligent qu'escompté. Ses quelques maladresses et ses nombreux clichés n'empêcheront pas d'apprécier ce qui reste avant tout un spectacle amusant aux personnages caricaturaux mais sympathiques, qui parvient même à retrouver un peu de l'émerveillement que l'on pouvait ressentir devant le premier film.

On vous a mis le synopsis dispo sur Allociné comme à notre habitude, mais cette fois-ci sachez qu'il est complètement à côté de la plaque, en plus de faire passer Jurassic World pour un nanar digne d'être diffusé en deuxième partie de soirée sur NRJ12. Car bien évidemment le film de Colin Trevorrow ne se limite pas à la " cool attitude " du " dresseur de raptors " Owen Grady, interprété par Chris Pratt. Alors que Jurassic Park 3 était - eu égard à sa production chaotique - sorti dans la plus grande confidentialité, il a fallu attendre un peu moins de 14 ans pour retrouver dans les salles de cinéma du monde entier la célèbre saga, cette fois-ci accompagnée d'une campagne de communication à la hauteur des enjeux. Une période pendant laquelle Universal et Steven Spielberg semblaient ne pas savoir quelle direction donner à une franchise vieillissante : tout en dispensant quelques informations au compte-goutte sur leurs projets - plus ou moins inspirés et crédibles - en rapport avec le premier film, comme pour rassurer les fans de leurs intentions de relancer pour de bon la mode des dinosaures, ils semblaient ne plus captiver grand monde depuis la multiplication au cinéma des créatures les plus délirantes et impressionnantes, rendue possible par l'avancée technologique à laquelle contribua - ironiquement - Jurassic Park.

[critique] Jurassic World : si on y retournait ?

La surprise fut d'autant plus grande lorsque le nom du réalisateur en passe de reprendre les manettes fut annoncé. Avec un seul long-métrage à son actif, Colin Trevorrow n'était en effet pas le candidat le mieux placé pour succéder aux confirmés Steven Spielberg et Joe Johnston. Pourtant, à la vue du résultat - qui oscille entre le travail d'un yesman et celui d'un metteur en scène aux idées véritablement enthousiasmantes (Colin Trevorrow est aussi scénariste) - l'on se dit que celui qui a été recommandé à la production (et notamment à Frank Marshall) par Brad Bird s'est avéré être un choix plutôt pertinent. Principalement parce qu'il a compris que la saga a toujours eu plusieurs niveaux de lecture (enfin, sauf dans le troisième film). Le premier Jurassic Park mettait directement en parallèle les talents de magicien/manipulateur de Steven Spielberg à ceux de John Hammond, plaçant ses personnages principaux à la place des spectateurs qui découvraient simultanément les dinosaures prendre vie dans et hors de l'écran (on vous recommande encore de regarder la scène du brachiosaure pour vous en convaincre). Plus qu'un film sur l'évolution, c'était un film sur l'adaptation à un nouvel environnement cinématographique et à de nouveaux outils technologiques. Le Monde Perdu Jurassic Park dénonçait clairement l'exploitation des dinosaures dans et hors de l'écran, Steven Spielberg déclarant à sa sortie qu'il se sentait plus proche des chasseurs appâtés par la performance et le gain plutôt que des gentils écolos. En reprenant la saga sur les bases du premier film (les deux suites n'étant pas spécialement prises en compte dans Jurassic World), Colin Trevorrow en profite pour à son tour dresser un état des lieux sur le paysage cinématographique moderne, et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'y va pas avec le dos de la cuillère. Les dinosaures n'épatent plus personne, ni les visiteurs du parc (enfin ouvert !) ni les spectateurs du film. Le public est devenu, en un peu plus de 20 ans, blasé et cynique, ne sachant plus s'émerveiller simplement devant le peu de divertissements " vraiment " réussis qui sortent au cinéma, la faute à nombre de blockbusters vides de substance et se ressemblant tous (verbeux, sombres, distants, didactiques).

Un constat amer dont le chef-d'oeuvre injustement boudé Tomorrowland se fait le symbole (tiens tiens, pas étonnant, donc, que Brad Bird ait suggéré son ami à la production), et que Jurassic World tente de faire transparaître - assez maladroitement - derrière son emballage de spectacle en pilotage automatique et dénué de risques. Car Colin Trevorrow sait qu'il ne peut pas cracher dans la soupe (alors qu'il est souvent à la limite, comme lorsque le geek de service arbore fièrement un T-shirt vintage au logo du " véritable " Jurassic Park ou qu'au détour d'un dialogue l'un des personnages explique que les vrais dinosaures c'était il y a plus de 20 ans, cf conférence de presse), et son film a souvent tendance à céder aux facilités inhérentes à la majorité des productions de cette envergure (clichés, dialogues sonnant faux, surenchère dans l'action) afin de satisfaire, et rassurer, tout le monde. Les enjeux sont évidemment importants et le réalisateur ne peut pas planter une franchise qui a mis autant de temps à renaître et dont le probable succès devrait engendrer dans son giron une multitude de suites et un merchandising colossal. Mais le fait est que Colin Trevorrow (comme il le disait lors de la conférence de presse que vous pouvez retrouver ici) souhaite dénoncer cette course au profit, et garde toujours cette volonté de parler de cinéma lorsqu'il fait Jurassic World. Et assez intelligemment, dans sa première partie, le film établit une connexion thématique avec le premier Jurassic Park. Dans le film de Steven Spielberg, les dinosaures étaient difficilement observables derrière leurs barrières, car, pour paraphraser Alan Grant, ils n'obéissaient " à aucun schéma de groupe ni horaire de parc d'attraction ", ce qui engendrait de la frustration pour les spectateurs autant que pour les personnages principaux (on se souvient des dilophosaures invisibles ou du tyrannosaure qui ne répondait pas présent lorsqu'on tentait de l'attirer vers les visiteurs avec une chèvre). Dans Jurassic World, Colin Trevorrow choisit lui aussi de frustrer tout le monde, mais en faisant l'exact opposé : le tyrannosaure devient un animal obéissant qui apparaît lorsqu'on lui apporte une chèvre, mais il n'est quasiment pas visible des spectateurs ni des deux jeunes personnages principaux du film en raison de l'affluence du parc : il y a tellement de monde que l'on ne peut pas voir les dinosaures ! C'est une manière assez intéressante de susciter de nouveau une certaine attente, et par la même d'expliquer que l'on est enfin parvenu à " maîtriser " ces créatures préhistoriques, devenues, comme le dit l'un des deux garçons, de banals animaux de zoo présentés dans des shows désuets. Ainsi, l'on verra un mosasaure bondissant hors de l'eau pour faire un numéro digne de Marineland, et il ne sera donc plus totalement étonnant de constater qu'il est désormais possible d'arriver à garder le contrôle sur les vélociraptors (mais que les fans dubitatifs ayant eu des sueurs froides devant la bande-annonce se rassurent, ce ne sont pas de gentils animaux domestiqués qui passent leur temps à suivre Chris Pratt à moto dans les bois, et puis il n'est pas rare, après tout, de voir des dresseurs faire des shows assez impressionnants avec des alligators ou des tigres, alors pour des dinosaures présentés depuis trois films comme dotés d'intelligence et avec lesquels il est possible de communiquer - comme dans Jurassic Park 3 - cela suit une certaine logique).

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Quoiqu'il en soit, l'on est surtout heureux de pouvoir, enfin, voir un parc ouvert et fonctionnant à plein régime. Il faut dire que l'une des plus grandes qualités de ce ) et l'on se plait à retrouver par instants un peu de l'émerveillement que l'on pouvait ressentir à la découverte du premier film de la saga. L'introduction fait un bien fou, sans trop jouer sur le sentimentalisme et la nostalgie (à quelques énormes clins d'oeil près, aussi inutiles qu'amusants), sur fond des célèbres thèmes de Jurassic World réside dans sa direction artistique phénoménale. Tout a été pensé pour faire de cet endroit un véritable parc d'attraction crédible (l'on vous conseille de faire un tour sur le site internet du film qui est absolument génial www.jurassicworld.com John Williams réorchestrés par un Michael Giacchino en grande forme (et qui enchaîne les films cette année : Jupiter Ascending, Tomorrowland, d'ailleurs pour l'anecdote il avait déjà travaillé pour Jurassic Park puisqu'il avait composé la musique de quelques jeux vidéos et de l'attraction issus de la franchise). Mais dès l'arrivée du fameux Indominus Rex, les choses se gâtent, et pour les visiteurs du parc, et pour les spectateurs du film. Conscient qu'il est quasiment impossible de réitérer l'exploit du premier film en proposant un divertissement qui tient de l'inédit, Colin Trevorrow va saisir l'opportunité représentée par cette créature inventée de toutes pièces dans les laboratoires d' Ingen pour illustrer la surenchère - de n'importe quoi - qui est devenue la norme dans les blockbusters contemporains. Assez paradoxal de constater que le réalisateur (et scénariste) lui-même est obligé de rentrer dans le jeu pour apporter un peu de vent frais à la licence, en usant d'un procédé qu'il passe le plus clair du temps à dénoncer. Mais alors que cette étrange créature, qui n'est pas un véritable dinosaure (comme le dit le personnage de BD Wong qui fait ici son retour dans la franchise, avant d'ajouter que les autres animaux du parc n'en sont pas - et n'en ont jamais été - non plus, ce qui explique les différences parfois involontaires allant à l'encontre des dernières avancées dans le secteur), aurait pu laisser le champ libre à des scènes encore plus délirantes (car elle peut se fondre dans le décor notamment), Colin Trevorrow finit par la traiter comme il aurait pu traiter n'importe quelle autre espèce du parc une fois lâchée parmi les visiteurs. Le potentiel, l'effet " wahou " comme le dit Claire, le personnage interprété par Bryce Dallas Howard, n'est pas spécialement mis en valeur. Le but premier étant donc de parler des spectateurs blasés plutôt que de l'espèce hybride censée leur en mettre plein la vue.

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Même constat avec l'histoire des vélociraptors domptés, et qui suit une certaine logique dans la saga. Après tout, depuis le premier Jurassic Park, l'on est parvenu à " apprivoiser " la nouvelle technologie (c'était l'arrivée des images de synthèses dans le cadre de la représentation d'êtres organiques), donc il est d'une certaine manière pertinent de le resituer à l'écran en montrant des raptors, littéralement, apprivoisés. Encore une fois, le metteur en scène n'en fait pas trop, contrairement à ce que l'on pourrait croire. Il passe même à côté d'une idée qui aurait pu être bien mieux utilisée (en rapport avec des caméras GoPro embarquées, mais nous ne pouvons en dire plus), mais qui s'avère en l'état somme toute anecdotique, quoique sympathique. On émettra quelques réserves sur le finale, peut-être trop " généreux " et attendu, qui a tendance à en faire des caisses pour pas grand chose. L'on se dit qu'il aurait mieux valu garder certains ressorts narratifs pour une probable suite.

Mais difficile de bouder un tel divertissement, aux effets spéciaux bluffants (les raptors seraient apparemment faits en motion capture !), et au casting impeccable (Chris Pratt fait du Chris Pratt et humanise un personnage caricatural avec quelques traits d'humour fort agréables et jamais lourds, Bryce Dallas Howard surprend en bien,

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Vincent D'Onofrio cabotine, tout comme BD Wong, et Omar Sy, bien que finalement peu présent à l'écran, s'avère de suite attachant).

On sort de Jurassic World avec l'envie d'y retourner, ce qui est un très bon signe !

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Jurassic World

35 mm et 3D en 2.00 : 1 / 124 minutes

L'Indominus Rex, un dinosaure génétiquement modifié, pure création de la scientifique Claire Dearing, sème la terreur dans le fameux parc d'attraction. Les espoirs de mettre fin à cette menace reptilienne se portent alors sur le dresseur de raptors Owen Grady et sa cool attitude.


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