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Manuel Valls, mauvaise passe

Publié le 10 juin 2015 par Particommuniste34200

Manuel Valls au congrès du PS à Poitiers, le 6 Juin 2015. (Photo Sébastien Calvet)

C'est l'histoire d'un match de football qui se termine en faute de carre. Depuis qu'il s'est rendu samedi soir à Berlin pour voir la victoire de son club fétiche, le FC Barcelone, en finale de la Ligue des champions, Manuel Valls godille. Entre sa passion et sa fonction, le Premier ministre hésite sur la bonne justification de cet aller et retour qui tourne à la polémique et qui a rebondi mardi quand on a appris qu'il avait emmené deux de ses fils avec lui. Retour sur quatre jours et autant de versions du chef du gouvernement.

Samedi, un supporteur à Poitiers

Arrivé dès vendredi soir dans la capitale poitevine - tout le monde s'étonne d'emblée de la durée de son immersion socialiste alors que la plupart des ministres passent une tête en coup de vent - Manuel Valls emballe le congrès. Parle à sa gauche et fait applaudir François Hollande trois longues minutes. M. Loyal malgré des sondages flamboyants qui le placent en position de recours en cas de primaire pour 2017. Dès le samedi après-midi, l'information sur une escapade à Berlin commence à filtrer, puis s'officialise. Manuel Valls fait parler son cœur : "J'y vais parce que Michel Platini m'a invité. Il a invité un supporteur du Barça." Où il n'est pas question d'une "réunion" avec le président de l'UEFA pour parler de l'Euro 2016 en France mais d'une "rencontre". Valls s'agace (déjà) sur les questions du genre "mais qui va payer", et on est priés de ne pas "créer de faux-débats". Dans les travées du congrès, l'escapade passe mal. "J'avoue être un peu perdu, confie alors un député de la majorité. Le Premier ministre tient un discours fort, il parle de la souffrance des chômeurs, des précaires, des valeurs de la gauche et une fois le discours terminé il va à Berlin pour un match de foot sur le dos du contribuable..." Pour Christian Paul, "il existe une forme de désinvolture à l'égard du reste du monde. Vu le déficit de dialogue entre lui et les socialistes, il aurait dû rester à Poitiers." Les ministres vont dîner quand le Premier ministre s'envole pour Berlin. " Ça devient un problème parce qu'il part de Poitiers. Si on n'était pas en plein congrès, il n'y aurait pas de polémique", veut croire a posteriori le député vallsiste Carlos Da Silva. Selon le Canard enchaîné, un paquet de conseillers et de ministres (dont Stéphane Le Foll, le porte-parole du gouvernement et ami du Président) ont tenté de dissuader Valls de prendre l'avion.

Dimanche "détente"

Dirigeants et militants, qui ont regardé le match dans les bars de la ville la veille, retrouvent Valls sous les tentes du congrès. Le chef du gouvernement est venu assister au sacre de Jean-Christophe Cambadélis avant... de filer à la finale de Roland-Garros. Une manière, assure-t-il, de "confirmer" sa décision sur l'extension du site de la porte d'Auteuil. Boulot boulot quoi. Sauf qu'après la victoire de Stanislas Wawrinka, happé par les caméras, Manuel Valls défend son "moment de détente" à Berlin comme à Paris parce qu'il "travaille beaucoup" et s'en prend aux "grincheux" lui demandant des comptes. "Je comprends qu'on se pose des questions sur l'argent public mais pas sur la façon dont il passe ses week-ends", échafaude une ministre en guise de défense, bien contente d'avoir regardé la finale de Roland-Garros à la télé alors qu'une partie du gouvernement a fait bloc autour de Valls dans les tribunes officielles. Sur France Inter en fin de journée, Michel Sapin a tout le mal du monde à éteindre la polémique. Valls à Berlin pour parler de l'Euro 2016 ? "Ce sera un grand moment de croissance", justifie le ministre des Finances.

Lundi, tirs croisés Hollande-Valls

Après une salve d'arguments plus ou moins vaseux des ministres invités dans les matinales, c'est François Hollande qui monte au filet. Qu'importe que le G7 vienne d'accoucher d'un accord important sur le climat, le Président se retrouve contraint de confirmer la "réunion" entre Valls et Platini. Mais il le fait à la Hollande, avec un coup de patte dedans quand il révèle qu'il verra lui-même le président de l'UEFA mercredi. Ce qui fragilise un peu la nécessité d'un aller-retour express et coûteux pour Valls. A l'Elysée, on coupe le cordon entre le président "normal" et son Premier ministre : "François ne l'aurait pas fait", confie un proche.

Le soir même, le Premier ministre reçoit des sportifs à Matignon et plaide (de nouveau) la "passion" plutôt que la fonction, " et parfois en France, être passionné, ça gêne". "La jet-settisation des dirigeants socialistes, à Cannes, à Berlin ou à Roland-Garros me choque profondément, pilonne un dirigeant du PS. C'est une stratégie de com qui consiste à penser qu'il vaut mieux s'afficher avec les puissants qu'avec les plus faibles. ça s'appelle Euro-RSCG". Pour beaucoup dans la majorité, Valls vient de pêcher par excès de confiance. "Un excès de confiance ne peut être corrigé que par un excès d'humilité, prêche un communiquant du gouvernement. Et l'humilité et Valls..." D'autres conseillent de reconnaître un "malentendu" et de rembourser le coût de ce déplacement "à titre privé".

Mardi à l'Assemblée, la valeur travail

Quand on apprend que deux fils Valls étaient à bord du Falcon, la polémique redécolle. "L'exercice du pouvoir te fait perdre toute notion d'heure et de distance, décrypte un conseiller ministériel. Tu vas à Chartres ou aux Caraïbes, c'est pareil. Après trois ans à ce régime, Valls Premier ministre n'a pas eu le recul nécessaire alors que le Valls pro de la com lui aurait probablement déconseillé d'aller à Berlin." A l'Assemblée, la droite retient ses coups (lire ci-contre) mais Valls remet son job au centre. "Le rôle du chef du gouvernement est de soutenir les grands rendez-vous pour la France [comme l'Euro 2016, ndlr], se défend-il. Je continuerai à le faire parce que c'est important pour l'image du pays, pour l'attractivité, pour la compétitivité et pour les emplois". Dans la foulée, l'UEFA se fend d'une phrase de soutien : Valls était à Berlin pour assister au match "et pour parler de l'Euro 2016". Cette fois, c'est Platini qui le dit.


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