Magazine Bien-être

L'implication absolue

Publié le 10 juin 2015 par Joseleroy

Hier, un ami, L., qui est venu quelque fois aux ateliers que je donne sur l'enseignement de Douglas Harding m'a appelé pour me dire qu'il lisait actuellement le livre de Douglas : Vivre Sans Stress  et qu'il était très intéressé par le lien que faisait Douglas entre vacuité et compassion.

Notre pratique consiste à prendre conscience de l'espace d'accueil que nous sommes, de la vacuité que nous découvrons au-dessus de nos épaules. Tout ce qui apparait (formes, couleurs, sons, pensées etc...) surgit dans cet espace. Cette découverte de la vacuité procure un immense sentiment de libération à l'égard du monde et de ce qui s'y produit. C'est l'éveil.

Mais un danger demeure possible, ou en tout cas une mauvaise interprétation de l'expérience : nous pouvons recréer une dualité subtile entre le vide et les formes, entre un contenant et des contenus. Nous pouvons chercher à fuir le monde en nous réfugiant dans le vide en séparant ainsi la conscience de ses expressions. Ainsi la spiritualité peut être utilisée pour justifier nos névroses psychologiques (peur des responsabililités par exemple). Douglas Harding raconte par exemple comment il put voir avec indifférence les pauvres affamés en Inde :
"En Inde au cours de la Seconde Guerre mondiale, un soldat britannique de trente-trois ans, en permission dans les Himalayas, fit une découverte d'une importance capi­tale pour lui. Ayant jeté un regard neuf sur lui-même, voici en résumé ce qu'il écrivit : « Ce que j'ai découvert ?... Deux jambes de panta­lon aboutissant à une paire de chaussures, des man­ches amenant de part et d'autre à une paire de mains, et un plastron débouchant tout en-bas sur... absolu­ment rien ! Certainement pas une tête.
Je découvris instantanément que ce rien, ce trou où aurait dû se trouver une tête, était très habité. C'était un vide énorme, rempli à profusion, un vide qui faisait place à tout — au gazon, aux arbres, aux lointaines collines ombragées, au ciel... J'avais perdu une tête et gagné un monde... En dehors de l'expérience elle-même ne surgissait aucune question, aucune référence, seulement la paix, la joie sereine, et la sensation d'avoir laissé tomber un insupportable fardeau. »
Au retour de sa permission, le soldat retourna au mess des officiers à Calcutta. Le Bengale était alors en proie à la famine. Il n'était pas rare que les pauvres meurent sans soin dans les rues de Calcutta. Mais maintenant, c'était par centaines et milliers qu'ils mouraient et un grand nombre de vivants étaient des squelettes debouts ou cou­chés, dont beaucoup d'enfants. A la porte-même de ses quartiers, il fut obligé d'enjamber des formes suppliantes.
Bien sûr, il ressentit de la pitié et donna de l'argent. Mais il ne se sentit pas impliqué. Il resta détaché, froid. Ce n'était pas une façon délibérée d'ignorer la souffrance qui l'entourait, il ne se retirait pas consciemment dans le havre de perfection du Vide qu'il avait découvert dans ce décor de montagnes si différent, et pourtant si proche. Néanmoins il est certain qu'il fuyait le stress et la dé­tresse qui l'entouraient en cherchant leur absence ici, au Centre. Comme si c'était possible ! Comme si ce refuge qu'il venait de découvrir apportait en lui-même la réponse aux souffrances du monde ! Il avait, c'est vrai, bien saisi (et retenu avec soulagement et bonheur) la première partie du message, la plus facile, celle concernant le déta­chement absolu. Il lui restait à comprendre et prendre à coeur la seconde partie, la plus dure, celle concernant l'implication absolue. C'était un bon début, certes. Il avait commencé à résoudre le problème du stress, mais guère plus. Pour le moment, il était capable de regarder ces corps émaciés avec une sérénité incroyable et, il faut bien le dire, monstrueuse. Je me sens d'autant plus libre d'en parler ainsi que le soldat, c'était moi." Vivre Sans stress, Ed. Accarias-L'Originel

En réalité, la vide EST les formes; l'espace d'accueil n'est pas un contenant froid et indifférent à ce qui vient le remplir; ce n'est pas un contenant : l'espace est tout ce qui est. C'est ce que réalisa Douglas un peu plus tard quand il compris que l'espace n'est pas séparé des formes, que l'espace d'accueil est un espace d'amour et d'union avec le monde et les autres. Douglas vit en Inde Ma Ananda Mayi 20 ans plus tard et il raconta cette rencontre, toujours dans Vivre Sans Stress :

ma-ananda-mayi

"Une vingtaine d'années plus tard, je me trouvais à nouveau au Bengale, cette fois dans l'ashram de Anan­damayi Ma, sage indienne bien connue, suivie par des millions de disciples. C'était alors une très belle femme d'une soixantaine d'années, je suppose, et qui avait un port et une dignité de reine. Avec l'aide d'un interprète (elle ne parlait pas anglais, ni moi Bengali) j'eus le privilège d'avoir plusieurs entretiens avec elle au sujet d'un verset : « Je te salue, je te salue, O déesse qui es la Conscience dans toutes les créatures », qui revenait sans cesse dans les chants traditionnels que ses disciples chantaient tous les jours et qui m'émouvait profon­dément. Deux événements sont restés gravés dans ma mémoire. D'abord, l'instant où, au moment où j'allais partir, Ma m'offrit le châle qu'elle portait sur la tête en me disant : « Je suis toi, je suis toi ! » Et ensuite, la visite d'une Rani, princesse indienne, dont le fils unique venait de mourir. Les sages ont la réputation d'être détachés de tout. Eh bien j'ai vu Ma consoler cette femme éplorée pendant des heures. Et elle pleurait autant qu'elle.
Parmi les paroles de la sainte, il y en a qui auraient pu m'être destinées personnellement au moment de la famine au Bengale :
« Si, au sortir de votre méditation, vous êtes capable de vous comporter comme auparavant, c'est que vous n'avez pas encore été transformé... Les gens viennent à moi et me racontent que leurs fils et leurs filles sont montés dans leur voiture et partis sans même lever les yeux pour voir si leurs parents pleuraient. Ils sont complètement insensibles au cha­grin de leurs parents. Voyez-vous, c'est exactement ce qui se passe lorsqu'on a atteint un certain point sur la Voie... On pense : "Ceux que je prenais pour ma véritable famille ne sont en fait reliés à moi que par la chair et le sang. Quelle importance pour moi ?"... Mais par la suite, lorsque vous vous êtes détaché du détachement même, il n'est plus question de détachement ou de non-détachement. Ce qui est est CELA. »
Anandamayi Ma n'était ni « attachée à » ni « détachée de » cette mère et son chagrin. Elle était les deux à la fois. JE SUIS TOI, tel était et demeure son message pour ses disciples, comme il l'a été pour moi en ce jour mémo­rable et l'est resté depuis." Douglas Harding, Vivre sans stress

 La vision de la vacuité est la première étape de la vie spirituelle. Nous nous éveillons au fait que nous sommes absolument au-delà du monde, transcendant.

Et ensuite nous découvrons que nous sommes aussi le monde, que nous sommes la totalité de ce qui est. Douglas le répétait souvent :

"Vous allez d'abord perdre votre tête, et puis vous allez découvrir votre coeur".

Merci à L.

jlr


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Joseleroy 216084 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines