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LUNa : l’insoutenable légèreté du simulacre

Publié le 14 juin 2015 par Pantalaskas @chapeau_noir

Luna fafficheC'est dans la toute jeune galerie de la Voûte à Paris que l'artiste LUNa expose ou plus précisément s'expose.

No man's land

Avant d'aborder ce qui fait la nature même de cette mise en situation personnelle,  c'est l'absence de l'homme qui frappe. Dans ce No man's land se jouent des scènes totalement dédiées à la femme, à la féminité. Si bien que l'on peut s'interroger sur la capacité, voire la légitimité, d'un homme à tenter de décrypter ce "Ravissement" scénarisé par l'artiste.
Si dans cet univers l'homme est absent, le No man's land de LUNa  pourrait bien également qualifier la spécificité d'une démarche dont les jalons se retrouvent dans les travaux antérieurs. Dans la série « Gate 20-21 » de 2007, l'artiste se mettait en scène dans la salle d'attente d'un aéroport, jouant déjà sur cet entre-deux, sur ce lieu anonyme, indéfini. Avec LUNa , nous sommes en transit, en attente, mais de quoi ? No man's land, salle de transit, c'est toujours entre deux que nous devons nous soumettre au jeu délicat de la photographe. La vidéo corrobore cette situation : le quai d'un métro n'est encore qu'un moment transitoire d'une histoire dont nous ne connaissons ni le début ni la fin.

Simulacre

Une fois admise l'idée que nous devons accepter de nous situer dans un entre-deux inconfortable où les paramètres géographiques nous échappent, il faut se préparer à perdre également nos repères affectifs, moraux. Le Ravissement propose de nous confondre davantage encore avec ce jeu sur l'ambiguïté des rapports entre ces jeunes femmes mises en scène. Voilà qui ne facilite pas non plus le regard de l'homme sur cet univers féminin où l'équivoque ajoute à l'instabilité dans laquelle nous a déjà placé l'artiste.
Car, me semble-t-il, ce jeu de simulacre, qui n'est pas sans rappeler Pierre Klossowski pour qui "le simulacre imite ce qu’il appréhende dans le fantasme”,  a pour effet de nous impliquer en regardeur voyeur ou en regardeur troublé, c'est à dire dans les deux cas perturbé par cette seule confrontation avec la photographie.

Luna

Dans un espace exigu au fond de la galerie, une œuvre plus ancienne ponctue admirablement cette exposition. Composée comme une peinture de Jacques Monory,  ce tableau photographique a certes abandonné le bleu Monory. Serait-ce au profit du Bleu du ciel de Georges Bataille ? Difficile en effet de ne pas évoquer une nouvelle fois pour le travail de LUNa  l'univers d'un auteur traversé par l'obsession de l'expérience intérieure.
" Je propose d’admettre comme une loi que les êtres humains ne sont jamais unis entre eux que par des déchirures ou des blessures." écrivait  celui pour qui le dépassement des limites animait l'écriture et la vie.
Dans le No man's land de son expérience personnelle, LUNa poursuit ce jeu sur la frontière de l'interdit. En découvrant son exposition, ne vous attendez pas à obtenir des réponses. Mais les questions seront bien là, ouvertes sur l'ambiguïté, le non-dit,  à l'image de cette artiste qui, comme l'expérimentait Gina Pane, vit son œuvre comme sa vie ou l'inverse, mais qui ne peut vous laisser indifférent. Rencontrer LUNa c'est déjà participer à son corps défendant à sa réflexion, c'est déjà éprouver ce qui fait la spécificité de sa relation à l'autre. Et si l'homme est absent aujourd'hui dans ce No man's land de la galerie de Voûte, sa rencontre reste la clef d'un parcours en devenir.

LUNa : Le Ravissement
Du 18 mai au 27 Juin 2015
Galerie de la Voûte
42 Rue de la Voûte
75012 Paris


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