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une histoire de train

Publié le 15 juin 2015 par Dubruel

~~d'après NOTES D'UN VOYAGEUR, de Maupassant

Le train s'enfonce dans la nuit, haletant, Éclairant murs, haies, bois, champs. Dans le compartiment, en face de moi, Une dame et un monsieur à grosse voix. Sur ma gauche, un bossu tient le coin. À droite, un jeune ménage ou du moins Un jeune couple. Sont-ils mariés légalement ? La femme est blonde et lui, roux ardent. Dès le début du voyage, La dame dévisage Le jeune d'un air joyeux. Le monsieur à grosse voix ferme les yeux. Le bossu se tient comme un paquet Jeté sur la banquette. Le monsieur à grosse voix semble inquiet. Je fais semblant de dormir et je guette. Les jeunes gens demeurent sans parler. Neuf heures. La dame penche la tête. Elle dort. C'est fait. Le bossu ronfle comme une toupie. À mon tour, je m'assoupis Mais de temps en temps, je m'éveille.

Nous arrivons à Marseille Les jeunes gens sont enlacés. Vingt-six minutes d'arrêt. Je me rends à la buvette et déjeune. À mon retour, nous avons le bossu en moins Et deux vieux en plus, dans les coins. Nous repartons. Les ménages, l'ancien et le jeune, Déballent des provisions. Poulet par-ci, veau froid par-là, sel, poivre, Cornichons dans un mouchoir... Tout ce qui peut vous dégouter Des nourritures pour l'éternité ! Je ne sais rien de plus inconvenant Que de manger dans un compartiment Où se trouvent d'autres voyageurs. Vous avez le tabac en horreur, ...Et votre voisin de banquette Fume cigarettes sur cigarettes ! Rendez à ces goujats la monnaie De leur grossièreté. Livrez-vous aux plus gênantes excentricités : Mettez-vous à chanter, à hurler, Sifflez si vous voulez, retirez vos souliers, Coupez-vous les ongles des pieds, Crachez vos pépins De melon ou de raisin Mangez de l'ail, Renversez votre chope de bière Bâfrez comme un cochon vos mangeailles Pour montrer à ces malappris Ce qu'il convient de ne pas faire.

Nous suivons la mer bleu-gris. Le soleil inonde ces villes si belles : Hyères, Cannes, Saint-Raphaël... Sur son rocher, voici Monaco Et derrière, Monte-Carlo. Plus loin, Menton. Les oranges murissent ; Les poitrinaires guérissent.

Un des deux vieux nous raconte ce drame : " Dans le train, un homme voyait son fils Se pencher à la fenêtre pour s'amuser. Sans cesse son père lui disait : ''Hé ! prends garde, Matteo, Te penche pas trop, Que tu pourrais t'attraper du mal, voyons !'' Mais le garçon, Comme il n'entendait point, Ne répondit seulement point. Alors son père le tira par le veston Pour le faire rentrer dans le wagon. Le corps de l'enfant, Décapité, Est tombé Dans le compartiment. "


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