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Véronique Hermann-Sambin en couleurs au Café de la Danse

Publié le 14 juin 2015 par Assurbanipal

Véronique Hermann-Sambin

Café de la Danse

Paris, vendredi 12 juin 2015, 20h

Véronique Hermann-Sambin: chant, paroles et musiques

Xavier Richardeau: saxophones baryton et soprano, clarinette basse, arrangements, direction musicale

Frédéric Nardin: piano, clavier électrique

Samuel Hubert: contrebasse, guitare basse électrique

Romain Sauron: batterie

Ivor Sotolongo: percussions

Invités

Gasandji: chant, guitare acoustique

Sonny Troupé: batterie, Gwo Ka

Stéphane Belmondo: trompette

Laurence Hermann-Samibin, Catherine Denis: danse

Concert basé sur l'album " Basalte ".

Avis aux individus de plus de 1 800 mm et de plus de 90 000 g : la seule place convenable, pour nous, au café de la Danse, c'est au 1er rang, devant la scène. Pour la longueur des jambes. En largeur, le baquet en plastique qui sert de siège demeure insuffisant.

Véronique Hermann-Sambin, en abrégé, cela fait VHS mais ce n'est pas une technologie obsolète. La preuve avec ce concert.

Première partie

S'avance seule sur scène, une grande jeune femme noire et mince, à la coupe iroquoise, munie d'une guitare acoustique. Ca, c'est africain. C'est Gasandji , une Congolaise (du Congo Kin), disciple de Lokua Kanza. Elle joue la basse et la guitare en même temps. Belle voix. C'est paisible et puissant. Elle chante en lingala. " Kobiko " (" Pardon, rédemption ") car il n'y a pas d'amour sans pardon. La guitare sonne comme un glas mais pas funèbre. Le lingala est une langue très douce, très musicale à l'oreille. C'est pur et c'est beau.

Gasandji s'en va et Sonny Troupé s'en vient. Il s'installe à la batterie et improvise sur un Gwo Ka traditionnel diffusé en fond sonore. Ca, c'est antillais. Même assis et jouant de la batterie, Sonny Troupé danse. Parfois il sonne traditionnel, parfois d'avant-garde. Maintenant, c'est la voix d'un poète antillais qui sonne. " Heureusement ma mélodie me guide " revient en boucle. La batterie sonne à la fois la fête et la révolte.

Gasandji revient avec sa guitare et Sonny Troupé s'installe au Gwo Ka. Beau dialogue des doigts entre guitare et tambour. Des enfants assis par terre devant la scène écoutent sagement. Ce qui prouve la qualité de la musique car les enfants sont le plus exigeant de tous les publics. Le dialogue Congo/Caraïbes est fructueux. La conga des Cubains ne vient-elle pas du Congo ?

PAUSE

Deuxième partie

La pause est trop longue. Les enfants s'ennuient et commencent à courir, à jouer devant la scène. Déjà à cet âge (6-8 ans), les filles se demandent " Non mais, qu'est ce qu'ils font là ? " . Elles n'ont pas fini de s'interroger sur les lubies des garçons. Les adultes aussi en ont marre d'attendre. Ils applaudissent et ça marche puisque les musiciens arrivent. Les enfants se rassoient pour écouter. Piano, contrebasse, batterie, percussions, sax soprano. Légèrement coltranien mais avec un balancement antillais. Véronique Hermann-Sambin apparaît vêtue d'une robe blanche qui lui va bien au teint. Elle chante en créole sur la musique de Lee Morgan " The sidewinder ". Joli solo bien swinguant du piano. Si je devine bien, cela parle de promesses d'un amant indigne de foi.

Le pianiste passe au clavier électrique. C'est plus funky encore. Chant en créole. Batteur aux balais. Sax baryton. Groovy, baby. Un petit garçon est dans le truc : il tape des mains et danse assis. Solo de contrebasse funkissimo. Tout s'arrête pour l'écouter sauf le crépitement des appareils photos. Le petit garçon danse toujours alors qu'une fillette vient lui demander de se calmer. Rien à faire. Les autres écoutent. Lui, il danse.

Véronique Hermann-Sambin nous raconte sa rencontre avec un homme dans un club. Qui fera le premier pas ? Un slow sensuel et subtil au sax soprano. La manœuvre d'approche est joliment décrite.

Un poème de Derek Walcott, prix Nobel de littérature, Caribéen anglophone. Duo voic/contrebasse. " Love after love ". Cette chanson est plus que sensuelle. Elle est organique. Le contrebassiste joue aussi des percussions avec le bois de son instrument.

Clavier électronique. Clarinette basse. Chant en créole. Il y a maintenant des adultes asis par terre devant la scène, avec les enfants, tant la salle est pleine. Retour au piano et au sax soprano. Ca décolle bien.

" Sweet Georgia Brown ", un standard du Jazz, daté de 1928, singulièrement rafraîchi. Xavier Richardeau enchaîne au soprano. Ca groove toujours. Un invité surprise à la trompette, Stéphane Belmondo. Beau duo de cuivres, la rythmique pulse, la chanteuse assure, une belle danseuse s'est ajoutée sur la scène, Laurence, la sœur de la chanteuse. Sœur de cœur ou de sang, je l'ignore.. " So brown, so sweet " comme dit Véronique Hermann-Sambin.

Le jeu se calme avec une ballade " Roz Jeriko ". Un symbole de renaissance car cette rose close s'ouvre dans l'eau. Le chant mêle français et créole.

Démarrage au tambourin. Le piano ponctue. Ca sonne antillais. " Militanto " une chanson dédiée aux femmes du " Collectif contre l'épandage aérien et l'empoisonnement des Martiniquais ".

Sax soprano. Une chanson plus légère qui parle d'amour volcanique. " Toutouni ". Le public bat la mesure et chante. Surtout les femmes qui s'identifient à la chanteuse. Quelle séductrice ! Un nouvel Holopherne succomberait à cette nouvelle Judith. Joli son de piano tropical avec les percussions en écho. Dame Hermann Sambin fait chanter les femmes, leur demande " plus de sucre, plus de conviction " pour l'amant, le mari, le collègue de bureau avec qui elles sont venues au concert. De même avec les hommes à qui elle demande de déclarer leur flamme.

Sonny Troupé prend la place du batteur. " Ticket gagnant " tiré du 1er album " Roz Jeriko " dédié aux Antillais qui investissent tant dans les jeux de hasard au lieu d'investir dans leur îles. Arrivée d'une autre danseuse, Catherine Denis. Ca bouge de partout. Basse électrique. Sax soprano puis baryton. Le percussionniste joue au rythme des applaudissements. Le pianiste enchaîne. Le petit garçon qui danse a trouvé un copain aussi passionné que lui. Retour du batteur habituel. Elégant solo de percussion. Ca repart avec la batterie, la basse, le sax, les claviers. Seul le percussionniste ne porte pas de cravate. Respect car ils ont tous chauffé. " Ote la cravate qui t'orne, o civilisé, si tu veux bien respirer " ( Guillaume Apollinaire).

RAPPEL

Ovation debout. Une chanson qui balance doucement pour commencer. " Meci ", le merci créole. Tout le monde revient sur scène y compris les invités : les danseuses, Sonny Troupé, Gasandji et Stéphane Belmondo. Sonny Troupé est au Gwo Ka. Les 4 femmes dansent pendant que les 6 hommes jouent pour elles. La rythmique pousse les danseuses. Les cuivres rugissent de plaisir. Une orgie de son et de rythmes, un bouquet final comme disent les artificiers.

La musique et la température étaient très chaudes ce soir là au Café de la danse ce soir là. Je laisse le mot de la fin à ma voisine de derrière : " Il fait si chaud que mon jean colle à ma peau à moins que ma peau colle à mon jean. Une sorte d'alchimie en fait ". Tout est dit.


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