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Pop Corn*

Publié le 16 juin 2015 par Lifeproof @CcilLifeproof

Fin mai, après Pierre-Louis Aouston, Flurina Badel & Jérémie Sarbarch, et Camille Bondon les mois précédents, Maren Ruben a été empruntée pour une performance à réaliser chez son public dans le cadre du programme de performances « Home Sweet Home » initié par l’artothèque de la Ville de Strasbourg.

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Vue de la table dans la cuisine des emprunteurs. 29 mai 2015. Photo: C.R.

Il y a des jours où je me dis : « mes références culturelles sont très étranges, les liens que je fais quelque peu absurdes ». Ce fut le cas le vendredi 29 mai lors de la performance de Maren Ruben chez un couple d’emprunteurs de l’artothèque de la Ville de Strasbourg. Entrée dans la cuisine, la table est recouverte d’un panneau de bois blanc. Dessus, sont disposés des ballons gonflés blancs entourés par une matière étrange, couleur crème, translucide. Cette matière est dure et enserre ces ballons. Au-dessus de la table, d'autres ballons sont suspendus. Eux aussi sont comprimés par cette étrange matière qui tient de l'organique, de la peau.

Chacun prend place : sur deux bancs, de part et d'autre de cette table.

Le silence est demandé, souhaité, voulu par Maren Ruben qui, elle, siège en bout de table. Elle donne le tempo, lance le métronome qui vient remplir l'espace qui nous entoure de son rythme régulier. Progressivement, nous percevons les sons qui sont habituellement couverts par nos voix, et par tout ce qu'on allume de musique, radio, télé ou par nos diverses activités qui remplissent ce que l'on pourrait croire être des vides sonores. Mais non. Le son est partout. Le battement d'un cœur, le nôtre. Nos respirations. Un train qui passe au loin. Un oiseau qui chante dans un arbre. Un bébé qui pleure. Le tic-tac d'une horloge. La "respiration" régulière d'un frigo. Le craquement du bois quand on se déplace un peu. Un autre craquement qui vient des ballons. Etc. Ces sons, par le silence imposé, prennent plus de place, plus de volume, on les entend alors qu'on n'y prêtait plus forcément attention (sauf les pleurs du bébé, hein). Là, ils emplissent l'espace, avec pour seule ponctuation souhaitée par Maren Ruben, ce rythme régulier, récurrent du métronome. Le temps n'est plus le même. Il s'étend. Ou pas. C'est selon. Le silence, ce qui semble être vide peut être angoissant. Il peut aussi être un moment de paix, enfin. Ici, il était imposé. Personne, à part l'artiste, ne savait quand ou même si ce moment de silence finirait.

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Vue de la table dans la cuisine des emprunteurs. 29 mai 2015. Photo: C.R.

Puis, Maren Ruben s'est saisie d'une longue et fine aiguille argentée. Elle s'est alors levée et a piqué l'aiguille dans la vingtaine de ballons gonflés (sauf un), les uns après les autres. Le concert a pu commencer.

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Vue de la table dans la cuisine des emprunteurs. 29 mai 2015. Photo: C.R.

Des plics, des plocs, des craquements, claquements et autres se sont succédés à un rythme aléatoire emplissant l'espace sonore. Les feuilles de bric enserrant les ballons retenaient le plastique les composant. Les ballons se sont dégonflés progressivement, ils se sont repliés sur eux-mêmes, le bruit était produit par leur décollement des feuilles de bric qui se faisait plus ou moins rapidement. Les sons étaient nets. Ils se suivaient produisant une rythmique, des sons, une certaine musicalité tonitruante dans le silence qui avait été quelque peu assourdissant quelques minutes auparavant. Nous sommes passés d'une sorte de vide qui avait permis une perception autre du son, du temps, de l'espace et de nous-mêmes à un plein sonore comparativement brutal. Oubliés les autres sons, oublié ce qui nous entoure : il ne restait plus que ces étranges objets ovoïdes qui venaient de prendre vie et qui produisaient des sons faits de pop, poc...

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Vue d'au-dessus de la table dans la cuisine des emprunteurs. 29 mai 2015. Photo: C.R.

Avec stille stimmen, Maren Ruben a exploré une autre facette de son œuvre. Les dessins qu'elle réalise sont devenus sculpture, les formes rondes, ovoïdes que l'on peut voir dans ses œuvres ont pris forme, les sculptures qu'elle produit sont devenues alors performance. Ces voix silencieuses ont empli l'espace qui nous entourait, en un spectacle visuel mais surtout sonore à la fois surprenant et fascinant. Le silence précédent étant important parce qu'il nous a préparé, nous a concentré, nous étions en dedans et en dehors, complètement focalisés sur ce qu'il allait se se passer. Découverte. Merci pour ces instants, cette préparation à l'écoute.

Cécile.

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*Air connu...

L'artothèque de la Ville de Strasbourg

1, place du Marché / Strasbourg  03 88 41 45 00 Mardi-mercredi: 10h-12h / 14h-18h Jeudi: 14h-18h Vendredi: 10h-12 / 14h-19h Samedi: 10h-13h / 14h-17h

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