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Ex Machina, de Alex Garland

Par La Nuit Du Blogueur @NuitduBlogueur

3,5/5 

Nous voilà devant un nouveau film sur l’intelligence artificiel. Ex Machina raconte l’histoire de Caleb, employé informatique d’une grande entreprise qui se voit offrir un séjour d’une semaine dans un centre de recherche au milieu de nulle part avec le patron de la boite. Là-bas, Nathan, le génie à la tête de l’entreprise, fait signer une close de confidentialité à Caleb car il va lui faire découvrir l’objet de ses recherches. Une découverte qui pourrait changer la face de notre monde. Caleb va rencontré Ava, un robot doté d’intelligence. La mission de Caleb va être de réaliser le test de Turing sur Ava, pour déterminer si elle est en effet bien douée d’une intelligence artificielle. 

Le Test de Turing consiste à converser avec un interlocuteur, et si, au terme de cette conversation, on ne se rend pas compte que l’interlocuteur est une machine, alors le test est réussi : on est en présence d’une intelligence artificielle. Ici point d’intrigue gouvernementale, point de monde futuriste, point d’effets spéciaux à tire larigot. Le film est un huis clos entre les trois personnages qui ne seront tous réunis que dans une scène finale en apothéose.

© Universal Pictures

© Universal Pictures

Alex Garland, dont c’est ici le premier film comme réalisateur, raconte son histoire du point de vue de Caleb. Le film est ainsi construit autour des entretiens avec Ava (numérotés de 1 à 6 par des cartons) et les entrevue avec Nathan. D’un côté, il va être intrigué par Ava, amusée par son intelligence naïve puis obnubilé par son étrange beauté. De l’autre côté il est d’abord intimidé face à Nathan, le génie créateur de Ava, puis il va développer une sorte de méfiance vis-à-vis de ce personnage qu’il n’arrive pas à cerner. Le film bascule peu à peu vers le thriller paranoïaque, Ava paraît de plus en plus humaine au fur et à mesure des sessions, et Caleb, s’attachant à elle, sera de plus en plus méfiant vis-à-vis de Nathan dont il va tenter de découvrir les véritables intentions. 

Avant de passer à la réalisation, l’anglais Alex Garland a écrit des romans (La Plage) puis des scénarios, notamment ceux des meilleurs films de Danny Boyle (28 jours plus tard, Sunshine). Cette influence littéraire se ressent tout au long du film tant le scénario est d’une incroyable précision. Ce qui fait que ce film est intelligent, c’est justement de ne pas se croire plus intelligent que son public. En choisissant d’adopter le point de vue de Caleb, le réalisateur distille les informations au rythme auquel le personnage les découvre. On ne saura le fin mot de cette histoire de manipulation que dans la dernière scène sans pour autant jouer la carte du twist final.

En effet, le réalisateur ne s’amuse pas à envoyer son spectateur sur des fausses pistes, il lui donne toutes les clés. Caleb est là pour tester Ava mais il se fait manipuler. Par qui ? Nathan, Ava, les deux ? Et comme Caleb on ne peut que se méfier de Nathan et tomber sous le charme de Ava. On découvrira le fin mot de l’histoire en même temps que Caleb dans une scène finale étourdissante. 

© Universal Pictures

© Universal Pictures

La réussite de ce film doit beaucoup à la performance de son trio d’acteur. Domhnall Gleeson, fils de l’acteur Brendan Gleeson, ancien Bill Weasley de la saga Harry Potter et prochainement à l’affiche de Star Wars VII, incarne Caleb et est parfait en jeune homme timide qui  tombe amoureux de son sujet. La candeur qui se dégage de lui et sa fausse naïveté cache très bien la ressource dont il fera preuve dans le dernier quart du film. Face à lui, Alicia Vikander est incroyable dans le rôle de Ava. Celle qui tenait le rôle principal de Royal Affair, César du meilleur film étranger en 2013, se fait une place de choix parmi les meilleures interprétations de robot du cinéma. On salue sa performance toute en subtilité et en étrangeté. Alicia Vikander adopte une gestuelle mécanique qui lui semble naturelle : l’actrice a été danseuse et sa prestation pleine de grâce est nourrit par cette expérience de ballerine. Les femmes androïdes sont rares et bien que le film n’ait pas la même force, Ava se classe sans peine au côté de l’androïde du Metropolis de Fritz Lang.

Enfin la véritable star du film n’est autre que Oscar Isaac. Il y incarne Nathan, un génie légèrement narcissique et porté sur la boisson. L’acteur est en grande forme et ne cesse de tracer sa voie vers les sommets en évitant les fautes de parcours. Ici son aura transcende le film, il y joue un homme affable mais dangereux. 

La mise en scène est très clinique : plans symétriques, beaux et lents travellings le long des couloirs de ce centre de recherche. Cette mise en scène très propre est une autre manifestation de la volonté d’Alex Garland de mettre l’accent sur ses personnages et son scénario. Le fait de ne jamais avoir les trois personnages réunis dans la même pièce crée une tension très réussie. Le film est malgré tout un peu bavard et bien que les discussions techniques lié à l’informatique et aux algorithme ayant permis la création d’Ava soient évitées, l’omniprésence du dialogue pourra faire décrocher certains spectateurs. C’est dommage, d’autant plus que les meilleures scènes sont celles qui se passent de ces dialogues, à l’image de celle où Oscar Isaac entame une danse avec son assistante personnelle sur un air de funk. 

© Universal Pictures

© Universal Pictures

Le film n’est pas parfait mais pour un premier passage derrière la caméra, on est plutôt content de voir un film intelligent et qui sort des sentiers balisés de la science fiction classique hollywoodienne. Le film pose des questions sans avoir la prétention de pouvoir y répondre, laissant au spectateur le soin de se faire sa propre opinion.

Après la série suédoise Real Humans et maintenant Ex Machina, l’Europe serait-elle le nouvel eldorado de la SF ? 

Antoine Vigliano

Film en salles depuis le 03 juin 2015


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