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[Critique] LÀ-HAUT

Par Onrembobine @OnRembobinefr

[Critique] LÀ-HAUT

[Critique] LÀ-HAUT

Titre original : Up

Note:

★
★
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Origine : États-Unis
Réalisateur : Pete Docter
Distribution voix : en VO. : Edward Asner, Jordan Nagai, Christopher Plummer, Bob Peterson, Delroy Lindo, Jerome Raft, John Ratzenberger… / En V.F. : Charles Aznavour, Tom Trouffier, Guillaume Lebon, Richard Leblond…
Genre : Animation/Comédie/Drame
Date de sortie : 29 juillet 2009 (sortie nationale)

Le Pitch :
Le jeune Carl Fredericksen rêve d’être explorateur. Au cinéma, il voit les exploits courageux de son idole Charles Muntz, qui s’est aventuré avec son dirigeable gigantesque sur le monde perdu d’un plateau au Venezuela à la recherche de squelettes appartenant à des créatures fantastiques inconnues de la civilisation. Quand on accuse ses découvertes d’être faussées, le Muntz enragé retourne en Amérique du Sud, jurant de ramener une preuve vivante pour s’innocenter. Pendant ce temps, Carl rencontre Ellie, une jeune fillette du coin qui partage son goût pour l’aventure. Ils grandissent ensemble, tombent amoureux et se marient. Des années plus tard, Carl est seul. Sans prévenir, il décide un jour de prendre l’air, en attachant des milliers de ballons à sa maison pour s’envoler vers le pays perdu de ses rêves d’enfant. Mais par inadvertance, Carl a embarqué avec lui le petit Russel, un scout de 8 ans qui ne s’est jamais aventuré plus loin que le bout de son jardin…

La Critique :
Nous, on regarde leurs films, mais on peut dire que les prodiges chez Pixar ont eux aussi vécu leur propre voyage, non ? Identifiée à l’origine comme étant la seule branche de l’empire de Mickey ayant une longueur d’avance sur les autres animations Disney, et offrant à ce même empire quelques-uns de ces plus grands chefs-d’œuvre, Pixar connut une longue et étrange évolution. Arrivés au sommet en suivant la bonne vieille méthode qui consiste à se différencier des autres et en ayant le bonus du talent et du savoir-faire, les artisans du studio à la lampe créèrent des films qui touchèrent leur public à un niveau jamais vu depuis l’époque de Walt Disney.

Il y a beaucoup de théories au sujet de cette différence Pixar, mais l’observation la plus survolée (sans être forcément la plus importante), est que leur manière de raconter des histoires pour toute la famille prend un angle d’approche qu’on ne voit pas souvent. Le modèle traditionnel des animations Disney est fait pour tout le monde, précisons-le, mais pendant pas mal d’années, ils ont visé la cible plus éminemment commercialisable du monde des princesses et des contes de fée, et une belle partie des gens qui tentaient de copier la formule pendant les années 90 ont fait de même. Pixar, de son côté, s’est beaucoup penché vers des héros – et certains diraient même des sensibilités – du type Chromosome Y, malgré toutes les couleurs arc-en-ciel.

Enfin, un peu. Tout ceci aura peut-être changé maintenant que Pixar a adapté le genre de la Princesse Disney™ à sa sauce avec Rebelle, mais en tout cas, c’était certainement différent. Et ce n’est pas seulement le fait que ses dix films précédents avaient jusque-là pour vedette des héros masculins (et âgés, pour la plupart – seuls Tilt, Flash et Wall-E paraissent véritablement jeunes) mais qu’ils ont tendance à être caractérisés par le plus primordial des chagrins de l’homme, à savoir la dynamique père-fils.

Là-Haut-up

Prenons par exemple Woody et Buzz L’éclair. Des icônes littérales d’une pop-culture machiste : le cowboy et l’astronaute qui cherchent à se dominer l’autre dans leur compétition pour être la figure paternelle du jeune Andy. Bob et Sully sont des monstres, mais aussi des mecs de la classe ouvrière, qui travaillent à l’usine et dont la vie confortable de célibataires est bouleversée lorsqu’ils doivent s’occuper d’une petite gamine perdue. Quant au Monde de Némo, c’est plus ou moins Taken-mais-avec-des-poissons, avec le père protecteur qui va sauver son fils impulsif. Monsieur Indestructible est un père de famille en pleine crise de quarantaine, essayant d’apprendre à ses enfants la valeur d’être exceptionnel dans un monde qui punit tous ceux qui sont doués ou uniques. Le rat Rémi, de son côté, s’inquiète que son amour pour la cuisine l’empêche de se mesurer aux attentes d’un père old-school.

Et avec Carl Fredericksen, Là-haut amène ce thème émergent encore plus loin, racontant l’histoire d’un vieil homme acariâtre en train de perdre sa lutte contre l’empiétement progressif de la modernité, et qui trouve un nouveau sens à sa vie lorsqu’il prend son envol (au sens littéral du terme), et part tardivement à l’aventure en fondant une amitié réticente avec un jeune gamin. Un peu comme si Gran Torino se mélangeait à James et la Pêche Géante.

Là-haut est le chef-d’œuvre de Pixar. Que dire de plus, si ce n’est que de se référer pour cela à cette merveilleuse ouverture ? Peu de films collent les larmes aux yeux dès le début, mais celui-ci commence avec un montage tellement incroyable que rien qu’entendre des fragments de la musique de Michael Giacchino suffit à avoir la gorge nouée. Pixar a déjà orchestré ce genre de puissance narrative purement visuelle, dans Toy Story 2 par exemple, mais jamais à un niveau aussi magistral. La simplicité exquise de la séquence, chroniquant quarante ans de mariage en à peine une dizaine de minutes, sans aucune parole, ancre Là-haut dans un sentiment de perte qui est tellement, profondément adulte, que le reste du film est libre de s’envoler dans les directions les plus dingues et surréalistes possibles, tout en maintenant ce lien émotionnel qui est, avant tout, très réel.

Le film se focalise sur la vie de Carl après ce mariage. C’est un ermite, un veuf, seul contre le monde et enfermé dans l’obscurité de son propre chagrin perpétuel après la mort de sa bien-aimée. Un jour, il se rend compte que le développement urbain va littéralement l’engloutir et a soudainement l’idée folle de transformer sa maison en dirigeable en y attachent des milliers et des milliers de ballons, pour s’envoler dans le ciel. Tout ceci serait une mission suicide, si Carl n’avait pas rencontré un passager clandestin : Russel, le gamin maladroit et turbulent du coin. Ensemble, ils sont plongés dans une odyssée qui révèle ce que Là-haut est vraiment : un film d’aventure, qui raconte une histoire tellement imaginative qu’il est tentant de dire qu’avec la beauté magique de ses couleurs, le détail plus défini de ses personnages et la simplicité de son intrigue, il est dans un sens plus réaliste qu’un film ordinaire. Les héros sont mignons seulement dans la logique d’Hayao Miyazaki, et ils n’ont pas forcément besoin d’être jeunes.

Comme d’habitude avec Pixar, les éléments visuels et thématiques du film, bien qu’ils soient d’une grande originalité, semblent aussi s’inspirer d’une ascendance assez impressionnante. Les exploits de Carl et Russell sont riches avec l’influence de fictions aventurières classiques, comme celles de Jules Verne, Edgar Rice Burroughs, Arthur Conan Doyle ou encore Rudyard Kipling. Mais on peut également y détecter l’esprit du grand auteur allemand, soit Werner Herzog, qui a réalisé un documentaire sur l’exploration aérienne intitulé The White Diamond et s’impose comme un spécialiste dans les récits d’hommes brillants à moitié fous qui se dressent vaillamment contre l’indifférence de Mère Nature, comme celui d’Aguirre : La Colère de Dieu. Son Fitzcarraldo, avec Klaus Kinski qui fait traîner un bateau-vapeur au-dessus d’une montagne, n’est pas si éloigné que cela de Carl et son projet improbable de ballons.

Même les tournures plus sombres du film, avec un antagoniste qui sert de reflet sinistre à Carl et son esprit d’aventure, portent en elles le sentiment d’une profondeur rare. Quand Là-haut fait un détour au cœur des ténèbres, il le fait littéralement – dans le Cœur des Ténèbres de Joseph Conrad, des écrits qu’on a plus notoirement familiarisés dans peut-être la plus grande de toute les folies, c’est à dire Apocalypse Now.

Avec un oiseau géant à la dent sucrée, une armée de chiens bavards et une maison qui vole jusqu’aux forêts du Venezuela grâce des ballons, Là-haut est la plus excentrique et la plus cartoonesque des aventures Pixar. Mais le réalisateur Pete Docter, l’homme derrière Monstres & Cie et l’écriture de Toy Story premier du nom, ne laisse jamais la comédie loufoque submerger la tristesse qui réside au cœur de l’histoire. Cette amitié de plus en plus épanouie entre un vieil homme borné et un petit garçon solitaire est d’une grande valeur, précisément parce qu’elle est née à partir d’un vrai chagrin. Même le grand final, qui s’oriente plus vers l’action, est lourdement symbolique – après tout, notre protagoniste finit par affronter son héros d’enfance, puis regarder sa vie et ses précieux souvenirs s’envoler vers l’horizon. Entre hilarité et mélancolie, Là-haut est au final un film sur l’importance du passé, de dire ses adieux, et de savoir recommencer à nouveau. Pas mal pour un cartoon avec des toutous qui parlent.

@ Daniel Rawnsley

pixar-up-là-haut
Crédits photos : Pixar / Walt Disney Pictures France


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