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Style punk

Par Aelezig

Il n'est normalement plus d'actualité, puisqu'il correspondait à un mouvement, aujourd'hui défunt. Mais il n'est pas rare de voir des nostalgiques dans la rue, qui encanaille leur style rock. Sans compter les groupes de rock qui aiment à en arborer un ou plusieurs éléments dans leurs tenues de scène.

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La mode punk est l'allure vestimentaire et l'apparence physique que se sont données au milieu des années 1970 certains groupes de musique anglais, en particulier les Sex Pistols.

En 1974, aux États-Unis, toute une faune commence à émerger autour de la scène du club CBGB's dans un contexte où la fin de la guerre du Viêt Nam et le scandale du Watergate préfigurent une volonté de changement. Leur musique est puissante et agressive, leur allure de « zonards efflanqués » dénote avec tout ce qui a pu se faire avant (période hippie, flower power, peace and love). Richard Hell se produit avec de grandes lunettes noires, un blouson en cuir, un tee-shirt trop court et déchiré ainsi qu'une chevelure dont les mèches sont hérissées et de longueur variable. Dans le même temps, les Ramones se produisent avec un teint blafard, des blousons en cuir noir type « perfecto », des baskets, des jeans troués et déchirés. Les Electric Eels s'affichent avec des tee-shirts déchirés et rafistolés avec des épingles de sûreté ou portant des inscriptions jugées insultantes comme des logos du White Power et des croix gammées.

En 1975, le mouvement commence à être connu sous le nom de « punk ».

Malcolm McLaren, alors manager des New York Dolls, est à New York. Il est impressionné par l'allure de Richard Hell et rapporte disques, photos et articles à Londres pour les afficher dans le magasin qu'il tient alors avec Vivienne Westwood, Sex avec la ferme intention d'importer ce style en l'adaptant au public anglais.

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Sex est alors, déjà un endroit alternatif prisé par une clientèle underground. C'est là que, Johnny Rotten aurait vu un poster de Richard Hell et commencé à imiter la coupe et l'allure, puis à répandre cette mode via les Sex Pistols, le groupe qu'il fonde sous l'impulsion de Malcolm McLaren.

Cette mode rencontre un succès très rapide dans une Angleterre en pleine crise économique, sans politique sociale et où le seul avenir des jeunes prolétaires est le chômage : notamment, elle est facile à mettre en œuvre, bon marché (vêtements récupérés en friperie ou au surplus militaire) et répond, tout en l'exprimant, à la nécessité économique du moment.

Elle veut incarner le refus du système de l'époque en rejetant les anciens codes issus du mouvement hippie : le jeans universel de la génération « peace and love » est déchiré, les cheveux longs sont rasés, le cuir du rocker est accessoirisé d'épingles de sûreté, de chaînes, de clous, etc. On utilise aussi des éléments bondage ou SM, des symboles sérieux (comme la cagoule du violeur de Cambridge) sont transformés en accessoires de mode, et les slogans revendicatifs ou provocants s'étalent sur les vêtements.

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Dès 1977, le mouvement prend une ampleur telle qu'il en devient un véritable phénomène de mode. Des magasins ouvrent partout avec leurs propres collections.

Les tendances de la mode punk en 1979 peuvent se classer en trois groupes autour d'un caractère privilégié : « l'outrage » pour la tendance punk, le « clean » pour la tendance mods et « l’aspect menaçant » pour la tendance skinhead. Au début des années 1980, le look se met à suivre une tendance clochard (soit type dépression des années 1930, soit type rescapé d'une apocalypse nucléaire) qui veut se rapprocher de l'esprit originel, préfigurant la mode "grunge".

La politisation du mouvement notamment via les influences skinheads entraîne des évolutions du look pour l'adapter à la guérilla urbaine. Ainsi, les chaussures coquées sont privilégiées afin de servir de moyen de défense ; le bomber est favorisé comme blouson parce qu'il est difficile de l'agripper ; le crâne rasé permet de ne pas donner une prise facile, etc.

La mode punk est régulièrement revisitée par des stylistes comme Jean Paul Gaultier, Martin Margiela, ou Versace avec That Dress et sa célèbre robe « néo-punk », montrant ainsi l'importance du phénomène de société qu'elle représente. Elle inverse le sens de propagation habituel de la mode dans le sens où c'est la rue dont elle est issue qui a influencé les créateurs et non l'inverse.

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That dress, portée par Elizabeth Hurley

Les éléments incontournables

Malgré la diversité des accessoires ou vêtements assimilables à l'esthétique punk, certains éléments ou certaines associations restent récurrents.

Le badge est emblématique. Son caractère peu onéreux et sa facilité de fabrication ou de personnalisation sont en accord avec la culture punk. Comme le t-shirt, il peut prendre une valeur symbolique s'il est orné d'un slogan, ou bien de l'effigie, des couleurs ou du logo d'un groupe.

Les bretelles se portent généralement pendantes sur le pantalon par dérision autant que par provocation vis-à-vis de la tenue correcte communément admise.

Les accessoires qui font référence au bondage ou au SM comme les menottes, les cadenas, les chaînes, les boucles de métal, les lacets, les sangles, les laisses et les colliers pour chien, font florès. Mais tout objet est susceptible d'être détourné à des fins d'accessoirisation, comme des objets dérisoires de la vie courante tels que les épingles de sûreté, les clous, les lames de rasoirs, les fermetures à glissière, les chaînes de vélo qui se portent en ceinture ou en collier.

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Le maquillage est outrancier : les paupières sont noircies au khôl, les lèvres d'un rouge intense, le teint souvent blafard.

Le piercing est souvent associé à la culture punk. Elle est notamment à l'origine de la popularisation du piercing à la narine pendant les années 1980. Le piercing suggère non seulement la sauvagerie en rapprochant les sociétés occidentales des peuples dits « primitifs », mais est aussi considéré comme un accessoire déviant et pervers au même titre que les accessoires SM.

Le rat appartient aussi à la panoplie typique du punk, le plus souvent porté sur l'épaule. L'origine de cette tendance est à attribuer à une biographie à sensation de Unity Mitford parue en 1976 laquelle possédait un rat domestique qu'elle portait sur l'épaule ; tendance à rapprocher de l'usage des symboles politiques choquants.

Les symboles politiques forts sont utilisés pour leur caractère provocant plus que pour leur sens ; c'est le cas de la svastika, de l'étoile de David ou encore du keffieh (symbole du peuple palestinien), anecdotiquement les couleurs rasta (rouge, jaune, vert).

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Les grosses chaussures font partie des classiques. Elles sont généralement montantes et coquées. Elles peuvent être de style « chaussure de sécurité » à la Dr. Martens ou style « botte de combat » souvent appelées « Rangers ». Elles peuvent être accessoirisées ou peintes, et se portent ouvertes ou fermées.

Les creepers, emblème des Teddy Boys des années 1950, ont été remises au goût du jour par Vivienne Westwood et Malcolm McLaren. La mouvance psychobilly (mélange de punk rock et de rockabilly) les adopte comme un véritable emblème.

La coupe en pétard à la Sid Vicious est nettement inspirée de la coiffure originelle de Richard Hell. Cette coupe évoluera jusqu'à inspirer Robert Smith (The Cure) et devenir une coiffure emblématique du mouvement gothique au début des années 1980. Cette coupe symbolise le rejet de la mode dont la tendance en 1976 était aux boucles et aux cheveux longs, en même temps que le rejet du mouvement hippie à l'origine de cette mode. Son côté fait-maison dénonce la crise de l'époque au Royaume-Uni en exprimant « pas d'argent, pas d'avenir ».

Dans cette attitude de rejet du cheveu long, les cheveux peuvent même être rasés, totalement ou en préservant une crête.

La crête iroquoise est considérée comme la coiffure emblématique du mouvement : à l'époque, tous les moyens étaient bons pour la tenir droite (colle, savon, blanc d'œuf, etc) ; cela ouvrira la voie aux nouveaux cosmétiques extra-fixants (gel ultra fixant)... Cette coiffure facile à réaliser soi-même s'impose rapidement et dès 1977, elle est proposée et interprétée dans certains salons de coiffure, dont celui de Ray Bird, qui crée ainsi des coiffures novatrices notamment en intégrant des dessins, des sigles ou des mots, rasés dans les cheveux.

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Quant à la fin des années 1970, le punk anglais devient une sorte d'attraction touristique à Sloane Square, étant même présent sur les cartes postales des magasins de souvenirs, la crête prend des allures extravagantes (couleur, hauteur, forme, etc.) pour satisfaire les touristes et glaner les quelque 50 pences qu'ils donnent pour une photo.

La façon de colorer les cheveux est aussi caractéristique du rejet des tendances de l'époque qui visent au naturel ; les couleurs utilisées sont volontairement artificielles pour être choquantes : fluorescentes, orange, vert, racines apparentes, etc.

Les matières sont revisitées, accessoirisées, déchirées, rapiécées mais restent d'actualité. Blousons de cuir, jeans slim. La maille de toutes tailles dont la résille prend une place importante, notamment dans les vêtements féminins. La dentelle et le satin sont partiellement utilisés pour jouer sur un effet de contraste entre la préciosité et la sophistication qu'induisent ce type de matières comparées à l'allure générale.

Des symboles forts de la monarchie et de la bourgeoisie au Royaume-Uni sont détournés pour se vêtir comme le drapeau du Royaume-Uni ou le tartan (tissu écossais).

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Par le côté provocant, les femmes portent des minijupes avec de la résille ou des collants sans pied.

Il s'agit de bouleverser le système vestimentaire. Pour cela, l'allure se construit avec un assemblage d'éléments disparates, généralement avec le souci de contrarier les représentations habituelles des vêtements dans la majorité de la population. Des chaussettes trouées sont portées sur des bas résille, superposition de collants troués, lingerie apparente, long pull utilisé en minirobe, vêtements portés à l'envers, bretelles portées en bas, chemise hors du pantalon, cravate trop large, etc.

Comme le badge, le tee-shirt est peu onéreux et facile à personnaliser. Outre son usage comme support promotionnel par les groupes, c'est un élément récurrent dans l'histoire du punk et de sa mode.

Lors de la séparation des Sex Pistols, Johnny Rotten portait le tee-shirt de la tournée sur lequel était écrit « J'ai survécu à la tournée des Sex Pistols » et où il avait ajouté « Mais le groupe, non. »

La valeur symbolique du vêtement est autant destinée à autrui qu'aux autres membres du groupe. L'allure peut témoigner du degré de révolte contre la société, du degré de violence face aux autres ethnies urbaines, du type de drogue qui a la préférence, etc. Cet investissement symbolique du vêtement induit une association, de fait, entre les éléments caractéristiques du mouvement et l'appartenance à ce mouvement ce qui s'accompagne implicitement de connotations sur les goûts musicaux, l'idéologie, etc.

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L'élément essentiel reste le rejet du système en place, en exploitant deux registres - dérision et provocation - qui font appel tous les deux au détournement des éléments de ce système. Ce détournement aboutit à une apparence hors-norme qui place le porteur dans une position d'auto-marginalisation assumée.

La violence, envers les autres ou envers soi-même, appartient au mythe du poète maudit ainsi qu'à la symbolique associée au toxicomane. Cette dimension presque poétique du désespoir dans le punk atteint son apogée lors de la tragique fin du couple Sid Vicious-Nancy Spungen.

Certains groupes de punk ne se sentent pas concernés par cette mode punk, et la dénoncent. Le mouvement punk contestant l'idée de norme, une mode punk leur apparait comme une oxymore.

D'après Wikipédia


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