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Roms de La folie : belles paroles et petits mensonges

Publié le 27 juillet 2015 par Asse @ass69014555

Une cinquantaine d'habitants du bidonville étaient encore devant le terrain à l'arrivée massive de policiers, de fonctionnaires préfectoraux, et autre ribambelle de gestionnaires.
Les familles accompagnées par une dizaine de jeunes gens en service civique au Enfants du Canal depuis à peine un mois pour la plupart - découvrant pour la première fois de leur vie les méandres d'une expulsion -, tentaient de joindre le 115 afin de trouver un hébergement d'urgence face à la situation.

Quelques citoyens solidaires étaient également présents et démunis.
Une journaliste envoyée par LCI était là ainsi qu'un travailleur social de l'ASSET, accompagnateur à la scolarité sur plusieurs terrains d'Île-de-France, notamment auprès des enfants de ce bidonville.

Les familles qui restent ainsi jusqu'au dernier jour d'une expulsion sont les plus démunies, c'est qu'elles ne savent pas où aller. Pour dire leur dénuement, elles avaient passé toute la journée d'hier à écorcher les coquilles des caravanes afin d'en récupérer le revêtement en aluminium qui se vend 85 centimes le kilo.
Le préfet Galli est arrivé en trombe avec une caméra Go-Pro vissé sur la tête, tel un policier de terrain. Sept camions de gendarmerie et une cinquantaine de gendarmes en gilet pare-balles se sont déployés face au terrain, empêchant toute circulation.

Ils étaient accompagnés de la police nationale de Bobigny ainsi que des fonctionnaires de la BAC venus pour ouvrir toutes caravanes et baraques fermées.

Des photographes avec le brassard de la police ont quant à eux mitraillé le terrain abandonné pendant plus d'une heure.

En plus du préfet Galli, il y avait le préfet de la direction régionale et interdépartementale pour l'hébergement et le logement (Drihl), monsieur Didier Leschi. Ce dernier déclarait aux micros tendus qu'il était là pour " proposer des solutions d'urgence aux plus vulnérables ", ce que retranscrit tel quel l'article de l'AFP. Présent jusqu'à la fin de l'expulsion, il n'a cependant pas daigné se signaler aux familles démunies ni au travailleur social, ni même aux jeunes gens des Enfants du Canal qui continuaient à appeler sans succès le 115.

Dans la matinée, quelques-uns ont réussi à joindre le service d'hébergement d'urgence qui leur a annoncé que s'il s'agissait d'une expulsion, alors la préfecture les aurait prévenus et qu'ils n'avaient pas été prévenus... Mettant un temps en doute le fait qu'une expulsion aurait lieu ce matin. Ils conseillèrent d'attendre que la Drihl prenne en charge toutes ces familles ensemble. Enfin un autre coup de téléphone de leur part annonça qu'il fallait reprendre patiemment les appels individuels au 115, puisque la Drhil n'avait pu leur réserver aucune place, ce que firent familles et jeunes en service civique, durant toute la journée.

C'est donc sur fond de la fameuse musique du 115 que monsieur Leschi, à quatre mètres de là, déclarait que tout était fa

it et qu'il était là pour ça.
Un monsieur, citoyen lambda, vint lui signaler une femme enceinte avec des problèmes de santé, le préfet lui ayant indiqué les fonctionnaires prévus à cet effet.

Roms de La folie : belles paroles et petits mensonges
À la question : " Pourquoi n'avez-vous pas fait le nécessaire ? ", monsieur Leschi répond courtoisement : " On attend qu'on nous le demande. "
- Ils appellent le 115 là.
- Bah c'est ça, ils doivent appeler le 115.
- Mais vous ne faites pas quelque chose de votre côté ?
Réponse bien calibrée : " Eh bien on regarde les situations individuelles mais la difficulté qu'on a eue ici c'est que les travailleurs sociaux n'ont pas pu rentrer, parce que quand ils ont voulu faire le diagnostic social, ils se sont fait agresser. Donc ils se sont retirés. "
- Bah pas tous, il y en a là.
- Ah bah il faut nous les présenter, non ça c'est pas des travailleurs sociaux, les Enfants du Canal, c'est ça dont vous parlez ?
- Il y a aussi un travailleur social de l'ASSET.
- Bah nous sommes des travailleurs sociaux aussi. Donc la question c'est que nos listes sont imparfaites, et donc il faut qu'on regarde.
- Ils ont fait une liste là.
- Eh bé on est là pour ça.
- Mais vous ne signalez pas aux gens que vous êtes là pour ça ?
- Mais ils le savent. Vous savez les Enfants du Canal on les finance, donc ils le savent parfaitement. C'est une association financée par la préfecture.
- C'est pas écrit sur votre veste !
- Oh ils nous connaissent, ne vous inquiétez pas.

Voilà un dialogue fort inquiétant. qui ne s'arrête pas là.

Et monsieur Leschi de poursuivre :

- C'est toujours une situation très difficile, en particulier dès lors qu'on n'a pas pu faire le diagnostic social en tout cas imparfaitement...
- Vous avez des exemples de diagnostics sociaux qui se sont bien passés ?
- Oui bien sûr.
- Lesquels ?
- Oh dans la plupart des campements ils se passent bien. Par exemple celui des Coquetiers était PARFAIT, juste à côté.
- Ah les Coquetiers ! Vous savez où sont la moitié des familles des Coquetiers ?
- Tout à fait, je ferai un bilan avec l'ADOMA et l'ensemble des associations qui s'en occupent.
- Pour vous ils sont tous relogés ?
- On fera un bilan bientôt.
- Les Coquetiers c'était l'automne dernier ?
- Oui et on continue à les suivre, famille par famille.
- Alors vous savez que sur ce terrain (en train de se faire expulser) il y a des familles des Coquetiers ? Que là devant vous ce sont des familles des Coquetiers ? Donc dans le diagnostic " parfait " des Coquetiers vous savez qu'il y a des familles qui étaient encore en bidonville et qui sont en train d'être à nouveau expulsées. Vous ne les voyez pas ?
- Moi je ne suis pas travailleur social, chacun son métier.

Travailleur social, pas travailleur social ? un dialogue inquiétant quant au volet " social " de l'action de l'État. On constate qu'il manque cruellement de dialogue, et de bonne foi.
Un début de travail est effectivement amorcé pour le relogement de familles de bidonvilles, des contrats sont passés avec des hébergeurs historiques de travailleurs immigrés comme l'ADOMA, que des " travailleurs sociaux à la haute déontologie " comme dit le prefet de la Drhil sont payés, mais ne font pas leur travail, et que surtout les discours rassurants et humanitaires sont là pour la façade, qu'en réalité les personnes qui se présentent et arrivent avec la police pour " gérer l'hébergement d'urgence ", préfèrent laisser des jeunes gens en service civique depuis un mois pour gérer une crise qui les dépasse. Laissant surtout aux familles le soin de se débrouiller seules tout en étant présents pour dispenser leur bonne parole aux micros des médias... Amen.

Rien de nouveau sous le soleil de la canicule...

Le préfet Galli responsable de l'opération pouvait se réjouir au nom de tous : " Vu l'état du camp je pense qu'il n'y a pas de regrets à avoir et que même les habitants du camp ne sont pas fâchés de partir. " Puis, serein : " Toutes celles et ceux qui appelleront le 115 auront une réponse. Voilà. "
Et sarcastique : " Je ne vous dis pas laquelle, parce que, je n'en sais rien. "

Ce mercredi midi, une seule famille était hébergée à l'hôtel, tout simplement parce que déjà hébergée par le 115. Ni la famille de la dame enceinte (avec de gros problèmes de santé) signalée par un citoyen sur place à monsieur Didier Leschi et son équipe, ni les autres n'ont eu accès à un relogement. Pas même la famille de la petite Mélissa morte dans l'incendie du terrain des Coquetiers et réfugiée sur ce terrain de La Folie n'aura été prise en charge. Ils auront dormi dehors cachés sous des broussailles du 93. Le travailleur social sur place ayant appelé le 115 et le CIAO urgence/famille de Paris avec les familles tout l'après-midi aura eu pour réponse que ces personnes n'étaient pas de Paris et que le 115 du 93 n'avait pas de place disponible, alors que la Drihl affirme avoir fait le nécessaire. Belles paroles et petits mensonges.


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