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Le laser, histoire d’une découverte lumineuse

Publié le 05 août 2015 par Blanchemanche
#laser
04.08.2015, par 
Xavier Müller
Observatoire astronomique et géophysique Goddard
Grâce au laser, l’observatoire astronomique et géophysique Goddard, aux États-Unis, suit les déplacements de la sonde spatiale LRO, en orbite autour de la Lune (2010). © D. MCCALLUM/NASA
En mai 1960, Theodore Maiman décrit le fonctionnement du premier laser à rubis. Depuis, le laser est devenu incontournable dans l’industrie, la médecine, notre vie quotidienne, mais aussi dans la recherche.
« Invention banale ! » Tel est, en substance, le premier jugement porté en 1960 sur le travail d’un chercheur d’un petit laboratoire à Malibu, en Californie. Alors que même son supérieur n’y croyait pas, Theodore Maiman, un physicien de 32 ans qui, plus jeune, réparait des appareils électriques pour se payer les frais d’université, est parvenu à concrétiser l’idée un peu folle d’Arthur Schawlow et de Charles Townes, deux scientifiques théoriciens : produire, grâce aux lois de la mécanique quantique, un faisceau de lumière amplifiée parfaitement rectiligne. Le premier laser était né. Pourtant, la prestigieuse revue Physical Review Letters, à laquelle Theodore Maiman a envoyé son compte rendu d’expérience, rejette l’article : « Encore un énième papier sur les masers », répond-elle, lapidaire, dans une lettre adressée à Theodore Maiman.
Inutile de préciser que l’histoire a donné tort à cette première réaction. Au cœur d’un marché mondial de plusieurs milliards d’euros, le laser est aujourd’hui partout : dans les salons, les supermarchés, les cabinets médicaux, les usines, mais aussi dans les laboratoires de recherche, où il a su se rendre indispensable dans toutes les disciplines.
Le laser, histoire d’une découverte lumineuse
Le physicien américain Theodore Maiman, concepteur du tout premier laser.©BETTMANN/CORBIS
Un instrument qui fascine
En fait, si Theodore Maiman a apporté une contribution historique essentielle au laser, ses véritables inventeurs demeurent Arthur Schawlow et, surtout, Charles Townes qui travaillait dans les années 1950 à l’université de Columbia. Charles Townes recevra le prix Nobel en 1964 pour le développement des concepts ayant amené au maser, puis au laser. Ayant travaillé durant la Seconde Guerre mondiale sur des systèmes de bombardement assistés par radar, Townes était familier des appareils générateurs de micro-ondes (utilisées au même titre que les ondes radio dans les radars). Dans les années 1950, en exploitant ses connaissances et un processus imaginé par Einstein, l’émission stimulée, Townes imagine créer un flux de photons tous identiques, obtenus par amplification d’une onde électromagnétique. En quelque sorte, une photocopieuse à photons ! Il fabrique alors l’appareil dit d’amplification de micro-ondes par émission stimulée de radiation, ou maser. C’est la première fois qu’on amplifie à l’identique un rayonnement électromagnétique. Townes se pose alors naturellement la question : la lumière visible peut-elle aussi être amplifiée ?

Les lasers à
colorant ont été
une révolution
pour la
spectroscopie qui
permet d’étudier
les propriétés
d’atomes ou
de molécules.

Avec son beau-frère Arthur Schawlow, Charles Townes publie en 1958 un article qui jette les bases théoriques du laser (amplification de lumière par émission stimulée de radiation). Reste que la concrétisation de l’idée est loin d’être une affaire pliée, même si de nombreux laboratoires se lancent dans l’aventure. Il faudra en effet attendre deux ans pour que le bricoleur de génie de Malibu Theodore Maiman fabrique le premier laser en utilisant un barreau de rubis. Il publiera finalement ses recherches dans la revue scientifique Nature. Son laboratoire organise une campagne de publicité pour promouvoir son invention. Dans le monde entier, c’est la course à qui obtiendra l’effet laser avec des systèmes physiques différents du rubis qu’avait utilisé Theodore Maiman. On ignore alors toujours à quoi servira cet instrument qui délivre un fin pinceau de lumière, mais une chose est sûre : le laser fascine.
Le laser, histoire d’une découverte lumineuse
Copie du laser de Theodore Maiman au centre duquel on distingue la barre de rubis qui produit les photons.
©HLR Laboratories, LCC
L’invention va rapidement montrer son intérêt en physique avec l’apparition, en 1966, des lasers à colorant (baptisés ainsi car le milieu amplificateur est constitué de colorants chimiques en solution). L’immense avantage de ces lasers : en variant les concentrations des colorants, on peut ajuster la longueur d’onde de la lumière émise par le laser. « Les lasers à colorant ont été une révolution pour la spectroscopie qui permet d’étudier les propriétés d’atomes ou de molécules à travers leur capacité à absorber les ondes électromagnétiques, explique Lucile Julien, du Laboratoire Kastler-Brossel (LKB)1. Pour la première fois, on a pu balayer les raies atomiques (soit cibler les unes après les autres différentes longueurs d’onde absorbées par les atomes observés, NDLR) et faire de la spectroscopie haute résolution. » Ces années-là, tout le monde comprend que le laser va vite devenir incontournable dans les laboratoires. « Quand je suis arrivée au LKB en 1972, certains groupes achetaient des lasers sans avoir encore une idée précise de ce qu’ils en feraient », se rappelle la scientifique.
Les physiciens vont aussi exploiter la puissance de la lumière émise par les lasers. Ainsi vont naître l’optique non linéaire, une branche de l’optique où les propriétés optiques des matériaux sont altérées par le faisceau laser qui les traverse, et l’optique quantique, qui étudie les conséquences de la nature quantique de la lumière (sa décomposition en photons) sur sa manière d’interagir avec la matière. Cette discipline sera à la base, dans les années 1990, de tours de passe-passe optiques qui enfanteront l’information quantique, discipline dans laquelle les photons du laser sont porteurs d’information, et dont la cryptographie, la téléportation et l’ordinateur quantiques sont les derniers avatars.
Un succès qui ne se dément pas
Aujourd’hui, le marché mondial du laser est estimé à environ 6 milliards de dollars. Plus de la moitié de cette somme provient du stockage d’information sur CD ou DVD, mais aussi des télécommunications. « Le laser possède des propriétés qui permettent de transmettre une densité d’informations importantes sur de longues distances, explique Sylvain Fève, du laboratoire Fonctions optiques pour les technologies de l’information (Foton)2, à Lannion. En particulier, comme c’est un faisceau très directif et très cohérent (tous les photons d’un même faisceau conservent une sorte d’étiquette qui permet de les distinguer des photons d’un autre faisceau, pourtant de même longueur d’onde, NDLR), on peut faire rentrer la lumière de plusieurs lasers dans une même fibre optique sans qu’ils interfèrent. »Lannion avait été le théâtre, en 1966, de la première transmission d’informations dans l’air par laser. De nos jours, les transmissions circulent dans des centaines de millions de fibres optiques qui sillonnent les continents, traversent les océans ou font du cabotage le long des côtes. En fait, tout le cœur des réseaux de télécommunications mondiales est équipé de fibres, tandis que la transmission par fils de cuivre (dont le débit est au moins 10 000 fois moins élevé que par fibre) est réservée à la périphérie du réseau.
Le laser, histoire d’une découverte lumineuse
Aujourd’hui, le laser et la fibre optique sont au cœur des télécommunications mondiales. Ils permettent de transmettre rapidement des informations sur toute la surface de la planète.
XIALIANGGE/FOTOLIA.COM
Le laser possède
des propriétés
qui permettent
de transmettre
une densité
d’informations
importantes sur de
longues distances.

Évalué à 2 milliards de dollars, le deuxième marché des lasers est le micro-usinage : les lasers ultrapuissants employés dans l’industrie permettent de souder et de découper de la tôle avec une précision diabolique. Les constructeurs automobiles sont très friands de ces lasers qui concentrent une puissance de 20 à 100 watts sur une zone inférieure au diamètre d’un cheveu. Autres utilisateurs, les fabricants de panneaux solaires qui découpent leurs cellules photovoltaïques dans des plaques de silicium, ou encore les industriels de l’aéronautique qui percent certaines parties des moteurs d’avion afin que l’air vienne refroidir les pales. Le marquage d’objets, telles les lettres sur le clavier d’ordinateur ou l’inscription d’une marque sur un stylo, se fait également avec des lasers.
Pour encourager la recherche sur les procédés utilisant les lasers de puissance, un laboratoire vient de prolonger l’unique Groupement d’intérêt scientifique sur le laser. Abordant de nombreux programmes de recherche et baptisée Gepli, cette réunion d’acteurs privés (dont Air Liquide, ArcelorMittal, PSA, Safran et Thales) comme publics (le laboratoire Procédé et ingénierie en mécanique et matériaux3) étudie notamment le soudage de tôles couvertes de revêtements anticorrosion, opération pour l’instant problématique et cruciale pour l’industrie automobile. Elle tentera par ailleurs de donner une réalité industrielle au « prototypage laser » : dans ce procédé de fabrication rapide de pièces métalliques, un faisceau laser, piloté par un robot, agglomère par fusion une poudre métallique qui adopte alors la forme des pièces souhaitées. Une technique qui intéresse de nombreux industriels, en particulier pour réaliser des prototypes à la géométrie complexe ou pour réparer des éléments métalliques usés (aubes de turbines de réacteurs d’avion, pièces tournantes de machines, etc.).
Le laser, histoire d’une découverte lumineuse
Les lasers ont trouvé une application de première importance dans l’industrie, notamment pour la découpe et le micro-usinage de pièces.
©PSA PEUGEOT CITROEN
Une galaxie d’applications
Autour des mastodontes économiques que sont les télécommunications et le micro-usinage gravitent une galaxie d’applications du laser au poids financier plus modeste. L’invention se retrouve par exemple dans les caisses de supermarché pour lire les codes-barres, les imprimantes de bureau ou encore les capteurs de niveau. Dans l’industrie automobile, on mesure le débit d’injecteurs en interceptant le filet de gouttelettes en sortie avec un faisceau laser. Sur mer ou dans les airs, on calcule l’inclinaison d’un navire ou d’un avion grâce à des gyromètres à lasers. Dans les travaux publics, on noie des fibres optiques dans le béton des ponts pour détecter des déséquilibres mécaniques (les tensions compriment les fibres, ce qui change leur transmission lumineuse). En ophtalmologie, on corrige la vue en taillant la cornée pour rediriger les rayons lumineux vers la rétine, tandis qu’en chirurgie on cautérise des petites plaies. Les dermatologues emploient le laser pour brûler des taches de l’épiderme ou diminuer la pilosité.
Les statues et les monuments se refont également une beauté grâce à lui. En tirant des impulsions laser sur la surface de la pierre, on peut en effet la chauffer suffisamment pour entraîner sa brève évaporation et retirer ainsi la couche noirâtre due à une réaction chimique avec la pollution des villes. Autre bénéficiaire : les peintures sur pierre. En collaboration avec plusieurs organismes nationaux de conservation du patrimoine, le laboratoire Lasers, plasmas et procédés photoniques (LP3)4, à Marseille, a mis au point une technique pour redonner leurs couleurs à des sculptures ou à des fresques murales.
Le laser, histoire d’une découverte lumineuse
Les lasers permettent de restaurer les fresques murales : à droite, le bas de la toge au niveau de la cheville a retrouvé sa couleur initiale.
J.-M. VALLET/CICRP
« Le rouge à base d’oxyde de plomb a beaucoup été utilisé dans les églises, décrit Philippe Delaporte, responsable du projet au LP3. Or ce rouge réagit à l’oxygène de l’air et noircit. Avec un laser continu, on peut faire évaporer l’oxygène et retrouver la couleur originelle. » Grâce au soutien du fabricant de laser Coherent, une peinture murale du XIXe siècle de la chapelle de Solomiat, dans l’Ain, a partiellement retrouvé sa jeunesse d’antan. Avec ces recherches, le laser, enfant illégitime de la Grande Guerre et des recherches menées sur les radars et les micro-ondes, croise une nouvelle fois la route de l’histoire. Au vu des mille et une applications de l’instrument de Townes et Schawlow, parions notre chemise que l’événement se reproduira.
A voir : "Les 50 ans du laser", un film réalisé par Hervé Colombani et produit par CNRS Images (2010)

Les 50 ans du laser par CNRS
video_Laser
À propos
Notes
1.Unité CNRS/UPMC/ENS Paris/Collège de France.
2.Unité CNRS/Univ. de Rennes-I/Insa Rennes.
3.Unité CNRS/Cnam/Arts et Métiers ParisTech.
4.Unité CNRS/Aix-Marseille Univ.
https://lejournal.cnrs.fr/articles/le-laser-histoire-dune-decouverte-lumineuse

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