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Emmanuel Bougon

Publié le 24 septembre 2015 par Rolandlabregere

Dans son roman, Les tribulations d’un lapin en Laponie, (Folio, 2013) Tuomas Kyrö dévoile l’action d’un politicien populiste en passe de prendre le pouvoir. Heikki Hamutta « s’était donné pour mission de défendre les grandes causes des petites gens. Il prenait leur parti face au vaste monde, aux ennemis puissants ». (p. 274). Comme leader, Heikki Hamutta s’appuie sur l’usage immodéré des mots qui plaisent à son public cible. « Quelqu’un qu’on a envie d’écouter devient une voix. Il prend un visage. Il gagne en visibilité. Les journaux, la radio et la télévision le réclament. Il engrange des centaines de milliers de suffrages ». Même si l’action de ce roman se déroule dans un présent approximativement défini, Heikki Hamutta use habilement des techniques modernes de la communication de masse et pousse au maximum l’idée fondamentale que les paroles comptent plus les actes. Dire est plus payant que faire. « Les mots. Les figures de rhétorique. La vivacité et l’à-propos. Les phrases courtes et claires, teintées d’humour. Une petite pique, mais pas de sarcasme. Pas de détours, ne pas partir de trop loin et ne pas prendre trop d’altitude. Préserver l’envie du public d’en savoir plus ». (p. 274). Redire, puis répéter, sans oublier de reprendre les trois brins forts de son propos assure la présence médiatique.

 Emmanuel Macron a-t-il eu connaissance de l'ouvrage de Tuomas Kyrö ?  Toujours sémillant, le ministre qui prend son inconscient pour le projet qu'il pourrait porter a déclaré que le statut des fonctionnaires n’était « plus adapté au monde tel qu’il va » et « surtout plus justifiable ». (http://www.lemonde.fr/politique/article/2015/09/18/emmanuel-macron-le-off-brise-et-le-statut-des-fonctionnaires_4762980_823448.html#YhQYvMPJ5p4XVsWf.99). La polémique qui naquit de ses propos fut promptement étouffée par le Président de la République. Quoi qu'il en soit, c'est toujours ça d'engrangé pour construire une image, celle d'un fringant réformateur, sans peur et sans la langue dans la poche. Des mots simples, une formule qui cogne, une phrase courte, voilà le parler choc des gens qui se rêvent un destin. Le ministre mâchonne les facilités démagogiques.  Emmanuel Macron, en plus d'avoir un visage, a maintenant une voix. Vive l'avenir !

Avec 2017 en ligne de mire, les ténors et les outsiders ont amorcé leur danse rhétorique. Faire du bruit et s’agiter est devenu le viatique des politiques. Le métier de communicant s’en trouve simplifié. Le tragique n’est pas dans la bouffonnerie des querelles de Les Républicains ou dans la vacuité des argumentaires des socialistes mais dans la misère des mots mis à toutes les farces. Concernant les socialistes, on s’en tiendra aux intentions macronscopiques de leur projet. Un concours sera prochainement annoncé. Ouvert aux artistes de toutes les disciplines, son cahier des charges indique que les artistes doivent exposer leur projet attestant du destin contrarié des fonctionnaires. Couler dans le bronze la silhouette de la dernière enseignante ou celle du dernier pompier, voilà une ambition adéquate avec l’air du temps.


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