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« Ma mère se cachait pour pleurer » - pour fuir l'horreur

Publié le 24 septembre 2015 par Joss Doszen

« Cependant, le système judiciaire gabonais étant aussi juste que la crucifixion du Christ, le procureur qui était son ami, allégea sa peine. »

"Ma mère se ça cachait pour pleurer" - P. Stephen Assaghle

J’aime bien les éditions La Doxa. J’aime le dynamisme de la créatrice de cette – jeune –maison d’édition et je ne me trouve pas assez curieux de sa production littéraire. Hormis le très sympathique "Le bal des initiés", de Nadia Origo – herself –, et le plus que décevant ce court roman de Peter Assaghle m’a fait passer, malgré quelque bémols, un bon moment de lecture.

« Ma mère se cachait pour pleurer » - pour fuir l'horreur

Fam est un gamin, un ado qui a trouvé l’amour, qui a rencontré le sexe, avec Rita, jeune fille du quartier à la réputation sulfureuse. Le roman démarre par une énorme colère de Bella, la maman, et très vite on s’aperçoit que Mr Biyo, le père de Rita, a un comportement possessif et violent assez extrême. L’existence de la jeune Rita est d’une banalité Cendrillonesque à l’Africaine, avec une belle-mère acariâtre et détachée. Ce qui n’est, au départ, qu’une sympathique, mais banale, histoire de grossesse précoce qui rappelle la nouvelle « L’assiette n’a pas changé », de Obambé Gakosso dans son "Les malades précieux" (L’Harmattan, 2013), plonge très vite dans le glauquissime : violence, trahison, adultère, inceste… on a parfois des envies de régurgitation.

"Dehors, les lueurs matinales terrassaient peu à peu les ténèbres. Je n’avais pas trouvé le sommeil. Tous ces soucis me gardaient en éveil. Je repassais mon enfance dans ma tête, avec mon père pour modèle indétrônable. En un soir, je vis cette image s’effriter. J’en étais triste."

Peter Assaghle a un vrai talent pour conter le quotidien des petites gens des villes africaines. L’atmosphère des rues de Brazza et de Kin m’est remontée à la mémoire en parcourant ce récit écrit avec dynamisme qui ne laisse que peu de temps mort. Même si on a parfois l’impression que certaines description, longuettes, de paysages et autres ne sont là que pour faire du remplissage, l’histoire tient tout de même en haleine car l’auteur sait injecter de nouveau rebondissement quasiment toutes les deux pages. L’écriture est relativement académique, sans recherche d’effet ou de "gabonismes" exotique. La lecture se fait de façon fluide, sans à coup mais, c’est le petit reproche, sans surprise non plus.


"Son ton était dédaigneux, plein de mépris. La noirceur de son cœur se devina dans ces trois mots qu’il prononça froidement sans laisser l’ombre de la moindre inquiétude quant à la santé de sa fille. "Oui, je sais", se contenta-t-il de dire. Il le savait, pourtant il ne semblait pas s’en soucier outre mesure."

Étant loin d’être un Ayatollah de l’a grammaire, ce qui gêne, un peu trop souvent, la lecture, c’est le manque de rigueur – que j’attribue à la relecture – sur l’utilisation des temps et sur, parfois l’incohérence sur le ton employé. Certaines phrases passent parfois d’un passé simple à un imparfait, sans que l’on ne comprenne trop pourquoi et, parfois, le niveau de langue fluctue sur le même personnage – notamment Fam, qui est un ado et qui, de temps à autre, à un langage châtié qui interpelle. Mais ces bémols ne sont absolument pas rédhibitoire pour la lecture de ce livre que j’ai, au final, pris plaisir à lire.

« Ma mère se cachait pour pleurer » - pour fuir l'horreur

Cette chronique du quotidien de la misère sociale, constitue le local africain d’une réalité à l’intérieur des murs de l’universelle dans laquelle se reconnaitraient, sans difficulté, n’importe quel lecteur. Un très beau moment de lecture et une belle découverte en terre gabonaise.


« Ma mère se cachait pour pleurer »

Peter Stephen Assaghle

Éditions La Doxa


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