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Femme noire de Leopold Sédar Senghor

Publié le 24 septembre 2015 par Busuainn_ezilebay @BusuaInn_Ezile
Femme noire de Leopold Sédar Senghor


Femme nue, femme noire
Vétue de ta couleur qui est vie,
de ta forme qui est beauté
J'ai grandi à ton ombre; la douceur de tes mains
bandait mes yeux
Et voilà qu'au coeur de l'Eté et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut
d'un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein coeur,
comme l'éclair d'un aigle

Femme nue, femme obscure

Fruit mûr à la chair ferme, sombres
extases du vin noir, bouche qui fais
lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui
frémis aux caresses ferventes du
Vent d'Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu
qui gronde sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto
est le chant spirituel de l'Aimée

Femme nue, femme obscure !

Huile que ne ride nul souffle, 

huile calme aux flancs de l'athlète, 

aux flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, 

les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau


Délices des jeux de l'esprit, les reflets de l'or rouge sur ta peau qui se moire.


À l'ombre de ta chevelure, s'éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.


Femme nue, femme noire !


Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l'éternel

Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.
In : Chants d'ombre (1945)

Leopold Sédar Senghor


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