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Bastides

Publié le 29 septembre 2015 par Aelezig

Une bastide est le nom désignant trois à cinq cents villes, fondées majoritairement dans le sud-ouest de la France entre  1222 et 1373, réparties sur 14 départements. Entre la croisade des Albigeois et la Guerre de Cent Ans, ces fondations répondent à un certain nombre de caractéristiques communes d'ordre politique, économique et architectural, correspondant à un essor urbain exceptionnel en Europe à cette époque. Ne pas confondre avec la bastide provençale, qui est un type de maison.

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Monpazier

Les bastides sont à la fois la constitution d'un pouvoir politique et économique local et démocratique (avec un consulat, un marché, des foires, des poids et mesures, une milice), à la fois l'institution d'un plan local d'urbanisme avec son règlement, dont la réalisation se fera pendant plusieurs siècles.

On peut citer, parmi les bastides les plus caractéristiques ou les mieux conservées du point de vue architectural, celles de Monflanquin, Monpazier, Grenade, Mirande ou bien encore Libourne et la ville basse de Carcassonne.

Étymologiquement, le mot catalan bastida a un sens très large concernant une construction en cours, récente et d'importance indéfinie. Le mot bastide dans les textes médiévaux va prendre différentes significations selon les périodes. C'est seulement à partir de 1229 environ que le terme prend le sens de ville neuve.

Caractéristiques

Au XIXe siècle, commence l'étude historique des bastides. L'historien Félix de Verneilh définit les bastides comme : «…des villes neuves bâties tout d'un coup, en une seule fois, sous l'empire d'une seule volonté…». Les grandes caractéristiques des bastides sont :

  • une bastide est une ville ;
  • existence d'un acte fondateur ;
  • existence des textes originels.

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Domme

Il apparaît cependant aujourd'hui que les bastides ne sont pas toujours des fondations a novo. Elles peuvent s'être constituées autour d'un village absorbé, d'un lieu mythique ou d'un carrefour commercial.

Quoi qu'il en soit, la bastide est un lotissement général avec un plan et un règlement d'urbanisme précis dont la taille et la forme définitives sont fixées dès l'origine. Ces plans sont un travail savant, autant du point de vue de la composition urbaine que du droit. Chaque parcelle se voit affecter, comme servitude publique, de construire dans un certain délai une maison dont la destination et les caractéristiques morphologiques sont prédéterminées : maison avec ou sans commerce, maison avec ou sans arcades, nombre d'étages, lieu d'emprise, clôture, latrines, etc.. Les bastides sont l'expression d'une volonté médiévale très volontariste d'aménagement du territoire.

La bastide se voit souvent réduite à une petite ville au plan en damier, avec place centrale, halle et couverts, créée par l'association de deux pouvoirs et dotée de coutumes et libertés. Cette image stéréotypée est bien trop réductrice pour définir le phénomène historique complexe et évolutif des bastides.

Aujourd'hui, on s'accorde à dire qu'il s'agit de nouveaux lieux d'établissement politiques, pour des groupes de populations agricoles, dans un but d'organisation commerciale, artisanale, et de défense.

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Monflanquin

La part prise par les moines bénédictins, en particulier les cisterciens, dans la création de bastides, notamment à l'époque du mouvement de fondation des granges cisterciennes, explique le caractère savant, du plan de composition urbaine. Les formes très harmonieuses et abouties qui en sont issues ont toujours suscité des interprétations ésotériques. 

Histoire

Vers l'an Mil, en raison d'une démographie croissante, un grand mouvement d'urbanisme se développe dans toute l'Europe. En France, débute l'essor des castelnaus, des sauvetés et enfin des bastides. Mais la construction de ces dernières va être un mouvement d'une ampleur inégalée, et surtout planifié et organisé.

Durant le Moyen Age, le sud-ouest de la France actuelle est une zone de friction entre les rois de France et d'Angleterre, à cause du Duché d'Aquitaine et du Comté de Toulouse. C'est dans cette région que vont surgir durant 150 ans ces nouveaux villages, appelés bastides, au fil des gouvernances et des conflits. De Libourne à Carcassonne de Rodez à Mont-de-Marsan, quatorze départements actuels sont concernés. Il existe cependant quelques rares exemples de bastide hors de cette zone, comme l'ancienne bastide de Masléon (Haute-Vienne), unique exemple en Limousin, fondée en 1289 par Philippe IV le Bel, sur un plateau aux bords escarpés alors entouré d'Anglais et qui fut construite sur un plan à 2 axes.

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Pimbo

Au-delà de leur intérêt géopolitique, les bastides sont implantées aussi en fonction du relief, de la qualité des sols et de la présence vitale de l'eau. À vocation agricole et économique, elles devaient aussi assurer la prospérité des nouveaux habitants, appelés les poblans.

Certaines bastides s'établissent toutefois sur des positions défensives fortes, comme Arouille, Hastingues, Montfort, Baigts, Pimbo, Miramont-de-Guyenne… D'autres sont entre les deux, moyennement ouvertes et protégées, comme Saint-Justin, Cazères... Mais la majorité s'implante dans des vallées sans accident. Quelques exemples seraient : Grenade, Villefranche-de-Rouergue, Toulouztte, Labastide-Chalosse et Duhort.

Personnages de haut rang, les fondateurs des bastides peuvent être classés comme suit :

  • les comtes de Toulouse Raymond VII et Alphonse de Poitiers,
  • les rois de France Louis IX, Philippe III le Hardi et Philippe IV le Bel,
  • les rois d'Angleterre Henri III, Edouard Ier, Edouard II et Edouard III,
  • les sénachaux agissant au nom et pour le compte de leur souverain,
  • les seigneurs locaux (comtes de Foix, comtes du Comminges...),
  • les autorités religieuses, comme des évêques ou des abbayes.

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Les halles de Grenade

Les fondateurs développent les bastides pour plusieurs raisons :

  • politiques : pour exemple, le besoin d'affirmation du comte de Toulouse à la suite de la croisade des Albigeois aux limites de ses anciennes terres, ou encore l'antagonisme franco-anglais poussant Alphonse de Poitiers à fonder des bastides en limite du duché d'Aquitaine. L'implantation du pouvoir royal français sur le comté de Toulouse annexé est aussi une raison de fondation, ainsi que le besoin d'autonomie de certains seigneurs.
  • démographiques : le regroupement d'habitats dispersés a motivé des fondations, ainsi que le déplacement de population à la suite d'une destruction d'un castelnau.
  • pacifiques : la protection des populations du brigandage et des conflits par le seigneur est une cause complémentaire de certaines constructions.
  • économiques : la mise en valeur de terres incultes ou de forêts inexploitées est une des raisons économiques. De plus le développement de foires et de marchés dans les nouvelles bastides est le moyen de perception de conséquents revenus pour les fondateurs.

Situation au XIIe et début du XIIIe siècles

La société de l’époque est essentiellement rurale. Les paysages sont très individualisés. La terre est divisée en de tout petits pays. Les plus grands sont à l'époque le Périgord, le Quercy et le Rouergue présentant une unité toute relative. Les autres pays, surtout en Gascogne, sont nombreux du fait de leur petite étendue, et gérés par d'innombrables seigneurs.

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Molières

Cette époque correspond cependant à une forte progression de la démographie, commencée vers l'an Mil. Ainsi la fondation de nouveaux villages, comme les castelnaus et les sauvetés apporte une première réponse à cette croissance de population. Après une baisse entre 1180 et 1220, liée à la croisade des Albigeois, la natalité reprend rapidement et la création des bastides va concorder à cette nouvelle demande d'urbanisation.

Le droit féodal est installé depuis plusieurs siècles. Après une période d'invasion et d'insécurité (Sarrasins, Vikings), les seigneurs chargés de la protection des plus faibles se mettent à construire des châteaux plus conséquents et plus défensifs. La féodalité a institué aussi les notions de vassalité et de suzaireneté. Ainsi tous ces seigneurs du sud-ouest de la France sont vassaux du roi de France, soit directement, soit par l'intermédiaire des grands féodaux, comme Raymond V, comte de Toulouse, ou Aliénor d'Aquitaine, duchesse d'Aquitaine, comtesse de Poitiers et reine de France.

Un événement majeur va déterminer l'avenir politique de la région. En effet le 18 mai 1152, deux mois après l'annulation de son mariage avec Louis VII roi de France, Aliénor d'Aquitaine, duchesse d'Aquitaine, se remarie avec Henri Plantagenêt, futur Henri II roi d'Angleterre. Par cette union, Aliénor apporte à son nouveau mari ses terres d'Aquitaine, qui s'étendent de la Loire aux Pyrénes. Le sud-ouest devient alors une terre de conflits entre les royaumes de France et d'Angleterre.

Il existe des liens familiaux entre les comtes de Toulouse et les dynasties française et anglaise. En effet, Raymond VII, comte de Toulouse, a pour mère Jeanne d'Angleterre, fille d'Henri II et sœur de Richard Coeur de Lion et a pour grand-mère paternelle, Constance de France, sœur de Louis VII, roi de France. Par ailleurs, un système de chartes se développe avant l'apparition des bastides. Il s'agit en fait de documents écrits où sont stipulés les droits et devoirs des habitants, les droits et devoirs de la commune et les redevances dont la population doit s'acquitter. Celle-ci préfère ce système moins arbitraire et de plus en plus de seigneurs adoptent des chartes. Dès le XIIe siècle, Auvillar et Montauban ont déjà des chartes de coutumes et des amorces de paréages, outils juridiques qui vont permettre et faciliter l'éclosion des bastides . 

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Labastide d'Armagnac

Pour J. Poumaride, historien du droit, « la pénétration du droit romain dans le bassin de la Garonne coïncide avec un grand mouvement d'affranchissement urbain et de création de bastides. Le principe de liberté individuelle individuelle que véhicule le droit romain est le ferment de cette éclosion urbaine acceptée par une féodalité méridionale peu cohérente ».

Deux autres faits importants jalonnent cette époque. Tout d'abord, le Midi toulousain et le Languedoc voient s'établir et s'épanouir la doctrine cathare, qui trouve dans les conditions socio-culturelles de cette région un terreau favorable à son développement.

Et en 1121, le pape Calixte II fait de Saint-Jacques-de-Compostelle une ville sainte, presque à parité avec Jérusalem et Rome. Dès lors, l'Aquitaine et le midi toulousain se voient traverser par plusieurs chemins de pèlerinage. Dans les villes s'établissent des évêques et des monastères cisterciens s'implantent dans les campagnes. Les gens, très religieux, lèguent souvent à leur mort une partie de leurs terres à l'Église, qui devient vite une grande propriétaire terrienne.

Période comtale (1222-1249)

Pour les historiens, la première bastide fondée fut celle de Cordes en 1222 par Raymond VII, comte de Toulouse. On a souvent préféré l'année 1144, année de fondation de Montabuan par Alphonse Jourdain, comte de Toulouse, comme le début de l'ère des bastides. Mais la construction de Montauban est considérée aujourd'hui comme un événement isolé, certes exceptionnel et innovant (situation, plan organisé et privilèges accordés), mais sans lien précis avec les fondations massives des deux siècles suivants. D'autres villages, comme Saint-Félix-Lauragais fondé en 1167 et Lauzerte fondé en 1194 pourraient prétendre au titre de "première bastide". Mais l'année 1222, année de fondation de Cordes, correspond mieux à un élan de construction, initié par le nouveau comte de Toulouse Raymond VII. 

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La fin du XIIe siècle va correspondre à une période transitoire, débouchant sur les tragiques événements de la Croisade des Albigeois. Par leur opposition à la hiérarchie catholique et à la tolérance du comté de Toulouse, les Cathares s'attirent les foudres de l'Eglise catholique romaine, qui les condamne comme hérétiques. Cherchant à les éliminer, d'abord par le prêche et le débat doctrinal, l'Église Romaine va utiliser la force. Ainsi, la croisade contre les Albigeois, prêchée par Innocent III, est menée par Simon IV de Montfort commandant les barons et comtes du Nord de la France à partir de 1209 durant une décennie. Le roi français Philippe-Auguste n'y prend pas part, trop occupé à combattre les Anglais en Normandie. Cette croisade a comme conséquence, outre le fait d'éliminer le catharisme, d'affaiblir les pouvoirs locaux des comtes de Toulouse au profit des Capétiens s'établissant durablement dans la région. L'objectif est aussi de rattacher le comté de Toulouse à la couronne de France, pour ses richesses et sa position stratégique face aux terres aquitaines du roi d'Angleterre.

Toutefois en 1222, en pleine croisade contre les Cathares, à la succession de son père Raymond VI, Raymond VII comte de Toulouse cherche à affirmer son autorité en créant les premières bastides de Cordes et de Castelnau-de-Montmiral. Il les implante en Albigeois, terre meurtrie par la croisade.

Mais le traité de Meaux-Paris en 1229 scelle le sort du comté de Toulouse. L'Albigeois est coupé en deux le long du Tarn, l'Est du comté est réuni au domaine royal tandis que l'Ouest reste au Comte de Toulouse Taymond VII. Ce traité prévoit aussi le mariage de la fille du comte, Jeanne, avec Alphonse de Poitiers, frère de Saint Louis, roi de France, ainsi que l'annexion du reste du comté au Royaume de France à la mort d'Alphonse de Poitiers. Le comté de Toulouse est donc voué à disparaître.

Cependant, après 1229, Raymond VII, et malgré son pouvoir affaibli, continue l'essor des bastides en limite avec ses anciens fiefs, devenus désormais domaines royaux. Ces bastides sont fondées de préférence sur les routes entre Toulouse et Albi, avec Montauban comme limite au Nord. Quelques fondations excentrées de l'Albigeois constituent une minorité, pour contrecarrer le comte de Foix.

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Castelnau-de-Montmiral

Période alphonsine (1249-1271)

À la mort de Raymond VII en 1249, Alphonse de Poitiers, frère de Louis IX, devient comte de Toulouse. Pendant ses vingt ans de règne il fonde cinquante-quatre bastides.

Cet effort de fondations correspond à une évolution politique dans la région. En effet, en litige avec le roi d'Angleterr, duc d'Aquitaine, à l'Ouest pour l'Agenais et le comte de Foix au Sud sud du comté, Alphonse de Poitiers a une volonté de colonisation des larges vallées au Sud de Toulouse et vers Agen. Dans ces deux régions « frontières », il décide la construction de nouvelles bastides, à l'instar de Montréal-du-Gers en 1255. La même année, la fondation de Sainte-Foy-la-Grande, près de Bordeaux, fait figure de provocation pour le roi d'Angleterre.

Un autre Traité de Paris en 1259 calme provisoirement la situation politique, en reconnaissant aux Plantagenêt la possession de Bordeaux, du Périgord et de la Gascogne. Cependant, ce traité prévoit dans une clause particulière que l'Agenais et le Quercy ne reviendront au roi d'Angleterre qu'après la mort de Jeanne de Toulouse sans descendance. Profitant de cette situation, Alphonse de Poitiers continue après le traité la création de bastides dans lesdites régions, comme Castillonnès, Villeréal et Eymet.

À cette époque commence aussi à se dessiner un axe de communication important entre Toulouse et Paris vers Cordes et Villefranche-de-Rouergue. Il s'agit également de création politique à la suite de l'arrivée des Capétiens dans la région. Ainsi, la construction de Villefranche-de-Rouergue en 1252 répond à la nécessité pour Alphonse d'installer son pouvoir en Rouergue, face aux anciennes cités, telles Najac, restées fidèles à la dynastie raymondine.  

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Castelnau-de-Montmiral

Plus au sud, vers le piémont pyrénéen, Alphonse de Poitiers lance la fondation de bastides en limite du comté de Foix. Il assure ainsi sa frontière du sud face au comte de Foix « expansionniste » et au comte de Comminges « turbulent ».

Période sénéchale (1271-1294)

Alphonse de Poitiers meurt en 1271, ainsi que sa femme Jeanne de Toulouse. Ce couple est sans descendance. Le comté de Toulouse est définitivement rattaché au royaume de France et c'est donc le sénéchal du roi, Eustache de Beaumarchès qui préside désormais à la gestion des terres du comté.

De même, le roi d'Angleterre Henri III meurt en novembre 1272. Début 1272, Edouard Ier, son fils, est sacré roi d'Angleterre et s'empresse de revenir de terre sainte.

La même année, le sud-ouest est partagé de manière presque égale entre les deux rois. L'Ouest et le Nord-Ouest sont aux mains des Anglais, l'Est et le Sud aux Français. Les seigneurs locaux cherchent à rester autonomes en passant d'un camp à l'autre.

Les terres anglaises, surtout du Nord-Ouest, vont se couvrir de bastides. Les anciennes ont été fondées par la France, les nouvelles par l'Angleterre. 

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L'Isle-sur-Tarn

Du côté toulousain, Eustache de Beaumarchès fonde des bastides suivant une auréole autour de la métropole qui s'interrompt au Sud-Est. Dans l'Albigeois et la vallée de la Garonne, il intensifie l'implantation de bastides pour y consolider le pouvoir français.

Enfin, en Gascogne orientale, région cloisonnée par le relief qui n'intéressait pas Alphonse de Poitiers, Eustache fonde des bastides, moyen pour lui d'infiltrer la région, face aux Anglais.

De 1295 à 1373

La fin du XIIIe siècle est marquée politiquement par une tension croissante entre l'Angleterre et la France. En effet, la guerre de Gascogne éclate en 1292. À la suite d'une querelle de marins à Bayonne pour des raisons de territoires de pêche, les Anglais mettent à sac La Rochelle et sa région. Le roi de France Philippe le Bel convoque Edouard Ier d'Angleterre pour s'expliquer de cette félonie. Un accord est obtenu par l'occupation temporaire du duché d'Aquitaine par les Français.

En 1294, le roi Édouard envoie une armée en Guyenne et récupère dès 1295 des villes comme Blaye, La Réole ou encore Bayonne. Par l'offensive de Charles de Valois, frère de Philippe le Bel, les Français prennent l'Agenais en 1295. Une trêve est imposée aux belligérants par le pape Boniface VIII. La paix de Montreuil en juin 1299 et le Traité de Paris du 20 mai 1303 rend à l'Angleterre beaucoup de ses terres dévastées par cette guerre, prémices de la guerre de Cent Ans.

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Villeneuve-sur-Lot

Ainsi durant cette période d'antagonisme franco-anglais, la majorité des bastides construites le sont au Sud-Ouest de l'espace aquitain. Elles sont le fruit d'initiatives anglaises et seigneuriales. Le roi de France y participe peu. 

Le début de la guerre de Cent Ans en 1337 donne un coup d'arrêt à la fondation des bastides. Moins d'une dizaine vont dès lors sortir de terre, celle de Labastide-d'Anjou dans l'Aude terminera en 1373 ce grand élan d'urbanisation du Moyen Âge.

Architecture

Les bastides sont très ordonnées orthogonalement. Cela rompt fortement avec les formes romanes des villes que les contemporains pouvaient alors observer.

Les urbanistes médiévaux ont innové, inventant un urbanisme gothique comme ils ont inventé une architecture gothique. Son originalité ne vient pas des progrès techniques, mais d'une réflexion très achevée sur le thème de la standardisation et la modularité.

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Revel

Le XIIIe siècle est celui de la naissance de la rationalité géométrique ; on transcrit la musique avec des notes sur des portées ; le temps est compté, codifié. Les bastides s'inscrivent donc dans l'air du temps.

Le contrat de paréage définit les droits des divers seigneurs et prévoit les limites de la bastide et ce qui y sera fait à l'intérieur :

  • nombre de maisons, de jardins, de terres cultivables
  • taille des parcelles
  • les bâtiments civiques et religieux et leur défiscalisation.

Afin qu'une population vienne peupler la bastide nouvellement créée, il faut attirer des familles de paysans en établissant une charte de coutumes, qui énumère les privilèges accordés aux habitants (ou poblans). Ces privilèges sont de 3 sortes : des allègements fiscaux, des mesures judiciaires, des mesures honorifiques. 

Un grand nombre de bastides sont à plan inorganisé, mais une forte proportion de fondations détient cependant un plan particulièrement net. Plus de la moitié des fondations ont été établies sur la base d'un quadrillage. Le tracé au sol est réalisé matérialisant ainsi la place, les rues et l'enceinte. Avec des cordes, le terrain est ensuite divisé en lots. 

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Palaminy

Les îlots sont réguliers, généralement rectangulaires. Les contours de la bastide sont eux aussi géométriques. D'autres types cependant existent, des bastides circulaires notamment.

Au centre de chaque bastide, on trouve invariablement une place. Elle joue d'abord un rôle administratif en accueillant la maison communale. Les consuls, représentants de la population, et le bayle, représentant de l'autorité royale ou comtale, y siègent lors d'assemblées, pour les décisions de justice ou d'organisation de la bastide.

De plus, la place est d'emblée réservée au marché et aux foires. Elle a une fonction économique très forte (plusieurs chartes stipulent que tout ce qui est à vendre doit d'abord être amené sur la place).

À caractère festif pour les fêtes et grandes manifestations, la place devient un centre d'attraction, voire un symbole social. Les maisons donnant sur la place sont souvent celles des plus anciennes familles (celles s'étant établies en premier).

Aujourd'hui lorsqu'on se promène sur la place d'une bastide on remarque qu'elle est souvent à portiques ; on les appelle places à couverts ou places des cornières

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Couverts à  Monségur

Au centre de la place on trouve aussi souvent une halle de marché. Comme les couverts, elle apparaît plus tard. Il s'agissait de protéger les marchands du soleil et de la pluie. À l'étage loge souvent le pouvoir consulaire. La halle a souvent un clocher. Elle a véritablement tous les attributs d'une cathédrale commerciale. 

Les fondateurs ne construisaient pas de fortifications autour des villes en général. Ils laissaient aux habitants le soin de le faire. Cela a entraîné une grande diversité dans le plan des bastides

Les nouveaux habitants (ou poblans) qui s'installent dans la bastide ont en général un an pour construire leur maison. Certaines règles d'implantation très précises doivent être respectées, comme l'alignement de la façade avant sur la rue, la présence d'un étage en plus du rez-de-chaussée... 

Au nombre moyen de six par bastide, les consuls sont choisis parmi les hommes dits "notables" dans la population de la bastide. Un certain nombre de candidats sont proposés par les consuls en exercice, avec un choix partiel pour le sénéchal.

L'existence d'une garnison d'une dizaine d'hommes, ou plus souvent d'une confrérie de gardes choisis dans la population de la ville, peut être observée dans toutes les bastides qui ont le privilège de devoir se défendre. En l'absence de garnisons, des milices sont formées, gérées par les consuls ou le bayle. Elles assurent les rondes de nuit et les tours de garde dans les périodes d'insécurité et de conflits.

D'après Wikipédia


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