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[Critique] KILL YOUR DARLINGS – OBSESSION MEURTRIÈRE

Par Onrembobine @OnRembobinefr

[Critique] KILL YOUR DARLINGS – OBSESSION MEURTRIÈRE

[Critique] KILL YOUR DARLINGS – OBSESSION MEURTRIÈRE

Titre original : Kill Your Darlings

Note:

★
★
★
½
☆

Origine : États-Unis
Réalisateur : John Krokidas
Distribution : Daniel Radcliffe, Dane DeHaan, Michael C. Hall, Elizabeth Olsen, Jack Huston, Ben Foster, David Cross, Jennifer Jason Leigh…
Genre : Drame/Biopic/Adaptation
Date de sortie : 28 septembre 2015

Le Pitch :
Columbia, 1944. Alors qu’il vient d’intégrer la prestigieuse université, le jeune Allen Ginsberg fait la connaissance de Lucien Carr, qui lui ouvre les portes d’un monde peuplé d’intellectuels fantasques et rythmé par les mélodies envoûtantes du jazz. Très vite, Lucien présente à Allen un certain William S. Burroughs ainsi qu’à Jack Kerouac. Entre ces écrivains épris de révolte, l’émulation est totale. Malheureusement, lorsque un meurtre est commis, en pleine frénésie, les repères de Ginsberg et de ses amis volent en éclats. Histoire vraie…

La Critique :
Depuis qu’il a laissé la cape d’invisibilité et le balai d’Harry Potter au vestiaire, Daniel Radcliffe n’en finit plus de casser son image. Pas au fil de rôles voulant à tout prix provoquer, mais avec des films, souvent indépendants, portés par des thématiques relativement éloignées de celles charriées par les épisodes de la saga du sorcier. Cela dit, même si il ne sort qu’aujourd’hui en France, il ne faut pas oublier que Kill Your Darlings fut tourné juste après la fin d’Harry Potter, et force est de constater que passer d’un gentil magicien au sulfureux et ambigu Allen Ginsberg, a quoi qu’il en soit de quoi bousculer les fans du comédien. Une rupture nette, qui permet paradoxalement d’oublier assez rapidement le rôle emblématique de Radcliffe, afin de se concentrer sur son étonnante performance, dans la peau de celui qui révolutionna la littérature américaine et qui co-fonda la Beat Generation, avec une poignée d’autres révolutionnaires de la plume, par ailleurs présents dans le long-métrage.

Kill-Your-Darlings-Daniel-Radcliffe-Dane-DeHaan

Voir Kill Your Darlings atterrir directement dans les bacs DVD en France en dit long sur le peu d’intérêt que ceux qui décident de ce genre de détails peuvent avoir pour la Beat Generation. La jaquette, qui vend le film comme un thriller basique n’est pas mal non plus.
Nous parlons pourtant ici d’un mouvement majeur, responsable d’un bouleversement de taille dans l’histoire de la littérature, et qui a d’ailleurs influencé jusqu’à la musique, via des groupes comme les Doors ou encore Bob Dylan. Peu importe. Après tout, Howl, un autre film consacré à Ginsberg, avec James Franco, n’avait pas connu un sort beaucoup plus enviable en 2012, passant totalement sous les radars du grand public.
En s’inspirant du livre de Burroughs et de Kerouac intitulé Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leur piscine, le réalisateur John Krodikas relate à la fois la rencontre de Ginsberg avec Lucien Carr, Jack Kerouac et William S. Burroughs, mais revient aussi sur la sordide histoire qui vit Carr poignarder à mort un certain David Kammerer. Un drame survenu au moment même de ce que l’on pourrait appeler l’éveil des sens de Ginsberg et donc bien avant la sortie en librairies des ouvrages qui ont bâti la légende de ces artistes frondeurs. Le Kerouac de Kill Your Darlings n’a donc pas encore écrit Sur la Route, Burroughs est encore loin du Festin Nu, et Ginsberg découvre juste le monde dans lequel il va s’épanouir par la suite, devenant le pionnier d’un nouveau mouvement et l’idole d’une large frange de personnalités plus ou moins influentes.
Dommage alors que le réalisateur ait adopté une posture aussi conventionnelle, pour traiter de personnages qui n’ont rien d’ordinaire. Son film est finalement un biopic assez sage. Dans sa structure en tout cas. Dans le fond, grâce aux compositions éclairées des acteurs, et à une volonté de ne pas mettre de côté les aspects les plus crûs de l’histoire, Kill Your Darlings reste relativement fidèle à la vérité telle qu’elle a été contée. On peut déceler dans la manœuvre un vif désir de mettre à la portée d’un public jusque-là étranger à ce beau monde, le récit, et d’en faire une rampe d’accès qui pourrait donner envie de se plonger dans les œuvres respectives des auteurs présents.
Dommage également, qu’en centrant véritablement le propos sur la relation entre Allen Ginsberg et Lucien Carr, ce dernier étant à la source du tragique fait divers qui donne son titre au film (en quelque sorte), le long-métrage mette un peu de côté Burroughs et Kerouac. Le premier, bien que bénéficiant de l’interprétation éclairée d’un Ben Foster toujours aussi avisé, se limite à une figure passive, dispensant de temps à autre des bons mots, tandis que le second, parfaitement saisi par Jack Huston, si il retranscrit à peu près correctement le feu sacré du personnage, contribue à rapprocher le film du Sur la Route, de Walter Salles. La comparaison n’étant malheureusement jamais à l’avantage de Kill Your Darlings.
Cela dit, quand il tourne autour d’Allen Ginsberg et de Lucien Carr, le film réussit son pari. Il traduit l’ambiguïté d’une association créative et destructrice et laisse les coudées larges à Daniel Radcliffe et Dane DeHaan, pour donner du corps à leurs rôles, parfaitement campés.
Sans oublier, la victime, jouée ici par un ancien bourreau bien connu, alias Michael « Dexter Morgan » C. Hall, dont, malgré sa brièveté, il s’agit probablement de l’un de meilleurs rôles au cinéma.

Concentré sur une période plutôt courte, Kill Your Darlings n’a pas pour vocation de traiter de la Beat Generation. Il ne parle que d’un épisode. Un passage en forme de croisement, où des enfants un peu paumés sont devenus des adultes prêts à mettre leurs menaces envers l’establishment à exécution. On peut accuser John Krokidas d’avoir manqué d’ambition, mais sa démarche, dans le fond, reste louable et le résultat final, si il s’avère plutôt inégal dans sa capacité à captiver, n’est pas pour autant ennuyeux. Surtout compte tenu du caractère casse-gueule de l’entreprise. Et franchement, à l’heure où la littérature fast food et la démagogie n’en finit plus d’occuper de la place, il est bon de se souvenir (ou de découvrir), de la verve immortelle de ces auteurs rock and roll et courageux à plus d’un titre.

P.S. : le sous-titre français Obsession Meurtrière est totalement hors-sujet.

@ Gilles Rolland

Kill-Your-Darlings-Cast
Crédits photos : Metropolitan FilmExport


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