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Quand les lecteurs de Babelio rencontrent Ingrid Desjours

Par Samy20002000fr

C’est dans le cadre du lancement de La Bête Noire, la nouvelle collection des éditions Robert Laffont, que le mercredi 4 novembre dernier, une trentaine de lecteurs Babelio a eu la chance de rencontrer Ingrid Desjours, l’auteur des Fauves.

Dans les thriller comme dans la vraie vie, presque toutes les victimes sont des femmes. Dans ce neuvième roman, Ingrid Desjours a choisi de mettre en scène une femme opposée à cette fatalité et qui apprend à se défendre. À la tête d’une ONG luttant contre le recrutement de jeunes par l’État Islamique, Haiko est devenue la cible d’une fatwa. Elle engage alors Lars, un garde du corps. Mais lui a-t-elle tout dit sur ses activités ? Sera-t-il capable de la protéger alors qu’il porte lui-même les marques d’une détention traumatisante ? Entre paranoïa et faux-semblants, les deux héros se fascinent et se défient, tels des fauves, prêts à se sauter à la gorge…

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L’après Charlie

La séance de questions s’ouvre sur le lien entre la naissance du roman et l’actualité mondiale. La réponse d’Ingrid Desjours est claire : l’envie d’écrire sur la montée des intégristes provient directement des attentats perpétrés à Charlie Hebdo en janvier dernier. A l’époque, l’auteur était en pleine rédaction d’un autre roman. Le 7 janvier, lorsqu’elle prend connaissance du drame, impossible pour elle de s’en détacher : “J’ai été complètement scotchée. J’ai voulu reprendre mon roman, mais je n’y arrivais plus, car je n’étais plus la même personne après ça.” Dans une volonté d’approfondir ce sujet qui la choque au plus haut point, Ingrid Desjours décide de prendre la plume et de mettre sur papier cette nouvelle réalité. “J’ai mis beaucoup de temps à retrouver une vie normale après les événements.”

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Écrire la réalité

Si Ingrid Desjours a voulu réagir face à cette frappe terroriste, elle a pris garde de ne pas trop laisser parler ses émotions : “Je ne voulais pas que mes sentiments déforment mon interprétation, j’ai voulu éviter le trop plein émotionnel”. Pour garantir cette objectivité, l’écrivain n’a pas souhaité regarder les informations sur le moment. Privée des images choquantes véhiculées par les médias, elle s’est principalement appuyée sur des articles de presse et des tweets, qu’elle a pris soin d’intégrer à son récit afin d’illustrer la constance de parution de nouvelles relatives à la violence extrémiste. La recherche documentaire a été un long travail préalable à l’écriture du roman d’Ingrid Desjours : “J’ai contacté des familles directement touchées par les recruteurs ou d’autres dont un membre est parti combattre, afin d’être au plus près possible de la vérité.”

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L’émotion médiatique et ses ravages

Dans son roman, Ingrid Desjours dénonce le rôle ravageur des médias et des réseaux sociaux. Les lecteurs l’interrogent sur les réticences qu’elle exprime à l’égard de ces derniers. “Leur action est néfaste car ils créent une forte émotion médiatique et diffusent la rumeur plus vite que jamais.” Selon elle, le public des médias est toujours pris en otage par l’émotionnel et reçoit des informations souvent non vérifiées :“Aujourd’hui, tout le monde peut s’improviser critique et certains en profitent pour réaliser de vraies chasses aux sorcières”. Pour elle, les médias sociaux constituent une puissante arme dont on oublie trop souvent de se méfier.

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Une quête de sens

L’autre grand ennemi d’Ingrid Desjours, c’est la société de consommation, qui induit selon elle une perte de repères chez les jeunes. Atterrée, elle ne comprend pas ce qui pousse les jeunes filles à vouloir s’engager dans un combat si lointain, au lieu de profiter de leur adolescence. Lorsque les jeunes femmes partent pour la Syrie, elles sont nombreuses à penser partir faire le bien. “Aujourd’hui pour remplir leur coeur, on propose aux jeunes des paires de basket ou des Iphone. Comme cela ne comble pas leur quête de sens, ils se laissent faire par les recruteurs.” Le problème aujourd’hui pour Ingrid Desjours, c’est que l’on est plus attentifs à ce que l’on possède et pas à ce que l’on pourrait être.

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Je tweete donc je suis ?

“En réalité, que sont vraiment les Fauves ?” s’enquiert ensuite une lectrice. “Les Fauves symbolisent la part de ce que l’on ne contrôle pas, ce qui peut nous faire nous dévorer nous-mêmes” répond Ingrid Desjours. A ses yeux, les médias, tout comme ceux qui  les écoutent constituent les fauves de notre société, au même titre que ces réseaux sociaux qui nous donnent l’impression d’exister. “Être sur les réseaux sociaux c’est chercher la reconnaissance, c’est se prouver à soi-même qu’on existe, ce qui est loin d’être facile à l’heure actuelle.”

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Du roman au petit écran

Enfin, Ingrid Desjours est interrogée sur ses méthodes rédactionnelles “Je fonctionne beaucoup à l’envie, je ne m’oblige jamais à prendre la plume si je n’en ai pas l’envie.” Pour elle, l’écriture n’est pas un exercice figé et son rythme dépend directement du livre en question “Certains romans s’écrivent la nuit, d’autres l’après-midi et d’autres le matin, même si ceux-ci sont très rares dans mon cas !” Puisque son roman Tout pour plaire est en cours d’adaptation pour la télévision, Ingrid Desjours compare ensuite l’écriture romanesque à l’écriture scénaristique. “ Dans un roman, l’auteur est omnipotent, il est comme dieu. Dans une série, le travail est beaucoup plus codifié et surtout, il faut parvenir à créer des moments de tension réguliers afin de conserver l’attention du public”. Très enthousiasmée par ce projet télévisuel, l’auteur partage avec nous ses avis sur la série : “Il s’agit d’une libre adaptation. Je raconte donc la même histoire tout en créant de nouvelles choses. Les lecteurs vont être surpris !”

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Mise en pratique

Ingrid Desjours invite ensuite un homme à la rejoindre devant l’assemblée de lecteurs. Il s’agit de Jérôme Saez, un professionnel de la défense travaillant pour une société privée. Afin de de ne pas simplement “raconter une histoire” mais bien de proposer un récit crédible à ses lecteurs, l’auteur a cherché à se rapprocher de ceux pour qui la protection est un métier. Seulement quelques secondes après le début de sa prise de parole, un homme armé d’un grand couteau surgit parmi les lecteurs et menace Ingrid Desjours devant une assemblée médusée. Tout s’enchaîne ensuite très vite : des gardes du corps apparaissent des quatre coins de la salle, l’un évacue Ingrid Desjours, deux autres immobilisent l’agresseur et une quatrième se charge de le désarmer. Évidemment, il s’agissait d’une mise en scène pour illustrer le rôle de ces hommes chargés de la sécurité d’une personne, mais les lecteurs présents ce soir là se souviendront de ce spectacle !

Afin de clôturer la soirée sur une note festive, la séance de dédicace habituelle s’est accompagnée cette fois d’une dégustation de pâtisseries ornées de la couverture du roman d’Ingrid Desjours : ravissant pour la bouche comme pour les yeux.

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Retrouver Les Fauves d’Ingrid Desjours publié chez Robert Laffont.


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