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[Critique série] ASH VS. EVIL DEAD – Saison 1

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique série] ASH VS. EVIL DEAD – Saison 1

Titre original : Ash vs. Evil Dead

Note:

★
★
★
★
½

Origine : États-Unis
Créateur : Sam Raimi
Réalisateurs : Sam Raimi, Michael J. Bassett, David Frazee, Michael Hurst, Tony Tilse, Rick Jacobson…
Distribution : Bruce Campbell, Ray Santiago, Dana DeLorenzo, Jill Marie Jones, Lucy Lawless, Mimi Rogers, Indiana Evans…
Genre : Horreur/Épouvante/Comédie
Diffusion en France : OCS
Nombre d’épisodes : 10

Le Pitch :
Ash Williams n’a pas bougé d’un poil. 30 ans après avoir combattu les Deadites, il travaille toujours dans le même magasin et passe son temps à draguer dans les bars, des filles qu’il ramène parfois dans sa caravane, cherchant à oublier les événements qui ont bouleversé sa vie, le privant de ses amis et de sa main droite. Quand les démons se réveillent à nouveau, Ash doit pourtant regarder la vérité en face : il est le seul qui puisse se dresser face aux Deadites et les renvoyer de là où ils viennent…

La Critique :
Evil Dead, premier du nom, reste encore à ce jour l’un des plus grands films d’horreur de l’histoire. Certes les effets-spéciaux ont un peu vieilli (beaucoup diront les plus jeunes), mais la maestria de Sam Raimi, alors débutant à la réalisation, entouré de son frangin et d’une bande de potes, est pour sa part intacte. Effrayant, brutal, sans concession, on parle ici d’un classique parmi les classiques. Quand il décide de récidiver, en 1987, Raimi ne se contente pas de réaliser une banale suite, mais revisite carrément Evil Dead. Le retour à la cabane au fond des bois ne tient alors pas vraiment compte de l’histoire précédemment racontée. Seuls Bruce Campbell et la cabane en question sont encore de la partie, tout comme les Deadites, ces fameux démons sortis du Necronomicon (lui aussi est là d’ailleurs). Pour le reste, Raimi laisse un peu de côté la peur pour mixer gore et comédie, dans un véritable festival orgiaque, enfilant les scènes cultes comme des perles. De son côté, Ash, le personnage de Bruce Campbell, devient une icône. Une sorte de super-héros sans pouvoirs, qui se retrouve avec une tronçonneuse à la place de la main droite. Un homme seul face à la menace démoniaque. L’un des héros les plus emblématiques du cinéma de genre était né. Un personnage de retour en 1993 dans un troisième volet plus fantastique qu’horrifique mais toujours aussi porté sur la gaudriole, grâce à un esprit directement hérité des cartoons et autres slapsticks.
Hardcore au possible, le remake porté par Fede Alvarez et toute une troupe de jeunes comédiens, en 2013, a divisé au sein même de la communauté des fans, confirmant que pour une large part d’entre eux, Evil Dead ne pouvait pas s’envisager sans Ash. Frustrés, les amateurs le furent beaucoup moins suite à l’annonce de la mise en chantier d’une série TV justement centrée sur le retour au turbin de l’homme à la tronçonneuse et au fusil à canon scié. Lancée pour Halloween, en 2015, Ash vs. Evil Dead portait les espoirs de toute une génération de spectateurs, impatients à l’idée de retrouver celui qui avait su se tailler la part du lion dans les années 80 et 90, rassurés par l’implication du même Bruce Campbell, de Robert Tapert, le producteur historique de la saga, et bien sûr de Sam Raimi, annoncé à la réalisation (pour le pilote), au scénario et à la production.

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Le premier épisode d’Ash vs. Evil Dead est une réussite totale. Commençant sur les notes du Space Truckin’ de Deep Purple, il suit un Ash certes vieillissant mais pour autant très en forme. Toujours habillé de la même façon, coiffé quasiment à l’identique, le personnage n’a pas bougé, confirmant son statut de héros de cartoon-live pour adultes. Ne perdant pas de temps en explications nébuleuses, Raimi rameute vite fait bien fait les Deadites, au cours d’une scène qui annonce clairement la couleur : Ash vs. Evil Dead sera très gore et très drôle. Un côté comique reposant d’ailleurs principalement sur la capacité de Ash d’enchaîner les gaffes sans se départir d’une attitude que l’on pourrait décrire comme étant celle d’un Cary Grant redneck que l’on aurait arrosé de bourbon bon marché avant de l’enfermer trois décennies durant dans une caravane, en ayant pris le soin de lui laisser un stock confortable de bières et de beignets.
Nous remettant rapidement dans le bain, le récit file à la vitesse grand V, mais prend aussi soin, à l’aide d’astucieux flash-backs, de ne pas paumer les nouveaux venus qui feraient leur première incursion dans cet univers délirant et jusqu’au-boutiste. Pas sûr que le spectacle s’adresse aux plus jeunes, peut-être plus naturellement attirés vers des séries comme The Walking Dead, mais au moins, la volonté est là, et permet quoi qu’il en soit de dessiner un vrai trait-d’union entre deux époques que 30 ans séparent.
Cela dit, le tout était de parvenir à tenir la distance sur 10 épisodes et donc de trouver une histoire plus dense que celles des films pour ne pas lasser et décevoir le public, et repositionner in fine Evil Dead dans une nouvelle dynamique et une nouvelle époque. Le tout sans perdre en chemin tout le sel qui a fait de la franchise l’une des préférées du public. L’idée centrale de la saga pouvait-il supporter un tel traitement ? Ash vs. Evil Dead devait-elle forcément se résumer à une succession certes jouissive mais limitée de scènes sanglantes assorties de punchlines pour conserver l’essence de son concept ? Pas facile de passer du grand au petit écran sans tomber dans la surenchère ou faire preuve d’un manque d’ambition. Souvent, d’ailleurs, on se retrouve devant l’un ou l’autre cas de figure, comme peut par exemple en témoigner la série From Dusk Till Dawn, adaptée du long-métrage du même nom (Une Nuit en Enfer en France) par le même Robert Rodriguez, avec son mysticisme en carton pâte et ses ramifications bancales censées assurer une pérennité à l’histoire du film. Mais ici non. Ash vs. Evil Dead, sous couvert d’une écriture dynamique dont l’une des qualités est d’abreuver à intervalles réguliers les spectateurs en grosses giclées de sang à l’ancienne, y va doucement et n’extrapole pas tant que cela par rapport à ce que nous connaissions déjà. Ash reprend son combat contre les forces du mal, accompagné de deux personnages plus jeunes, qui se mettent rapidement dans l’ambiance, et si l’action se déroule dans la première partie de la saison selon certains codes du road movie, elle se recentre durant sa seconde moitié dans un lieu emblématique, toujours dans un soucis de faire plaisir aux fans.
Sam Raimi a souhaité livrer quelque chose de généreux. Un trip vitaminé farci au second degré et à l’humour volontairement bas de plafond (ce qui n’est pas facile à réussir quand on fait justement exprès comme c’est le cas ici). Il emmène Ash dans une nouvelle dimension, mais le fait par petites touches, pour ne pas nous brusquer en chamboulant tout ce nous aimions et souhaitions retrouver. Alors oui, certaines voix se sont élevées en arguant que tout ceci relevait davantage du vulgaire fan service plutôt que d’une vraie suite. Visiblement contrariées que le show reprenne des éléments des films pour continuer dans cette voie sans changer d’état d’esprit, notamment à grand renfort de clins d’œil, ces mêmes voix ont assuré que l’entreprise brillait surtout par sa fainéantise crasse. Un constat très injuste tant cela équivaudrait à cracher à la gueule de quelqu’un venu vous faire un cadeau… Ash vs. Evil Dead n’a pas la prétention de The Walking Dead et c’est justement là aussi qu’elle gagne ses galons. Face aux fameuses aventures de Rick, Michonne et de leur potes décharnés, Ash et les siens font office d’électrons libres rock and roll. Pas de métaphores plombantes ou de morale mal digérée du côté des Deadites. On coupe des membres à la tronçonneuse, on balance des répliques comme dans les années 80, on écoute du Alice Cooper à fond les ballons, et rien ne vient gâcher l’ambiance fédératrice de ce puissant revival jubilatoire.

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Pas durablement en tout cas, car il faut quand même noter quelques petits relâchements en cours de route du côté du scénario. C’est après 4 premiers épisodes que le récit fait du surplace, en exploitant des ressorts scénaristiques pas toujours aussi efficaces que souhaité, notamment quand ils mettent Ash un peu de côté au profit de personnages secondaires dont les arcs narratifs tardent à se révéler dans toute leur splendeur. Pas de quoi gâcher la fête pour autant surtout avec le bouquet final, en tous points remarquables, avec mention spéciale pour le dernier épisode, parfait et brutal comme il se doit. Avec une simplicité qui force l’admiration, Ash vs. Evil Dead fait plaisir à voir. Soutenu par une bande-originale rock and roll, la série table également sur des effets-spéciaux old school, majoritairement « solides », comme ceux des longs-métrages d’antan, et ce malgré quelques images de synthèse un peu encombrantes et pas vraiment raccord avec la démarche de l’ensemble.

Et puis il y a Bruce Campbell. Sans lui, Ash vs. Evil Dead ne serait pas la même. Elle n’aurait d’ailleurs pas lieu d’être. Ce qui peut sembler étrange, vu que le reste ne démérite pas, mais c’est bel et bien l’acteur qui s’impose comme l’attraction numéro 1. Un comédien à la carrière quelque peu chaotique, qui retrouve son personnage emblématique, auquel il confère son expérience et son vécu dans une démarche qui finit par être touchante. Avec 30 ans de plus au compteur, Ash réussit son come-back. Grâce à la performance « bigger than life » et toujours pertinente de Bruce Campbell, son personnage charrie bien plus qu’un humour farfelu et référentiel. Il porte en lui l’ADN de la saga et s’impose comme le vestige d’une époque révolue où le cinéma d’horreur et la société à laquelle il tendait un miroir n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui. À lui seul, Campbell/Ash est un remède anti-cynisme. Un ringard magnifique, représentant d’une catégorie de personnes souvent singées, moquées, qui n’hésite pas à rire de lui même. En cela, l’épisode dans lequel Ash se livre quant à ses aspirations, s’avère contre toutes attentes vraiment touchant.
Centre de gravité de la série, Ash est le chef de troupe d’un casting particulièrement bien vu. Il imprime le rythme, donne le La, mais au fond, ne fait de l’ombre à personne. Les nouveaux venus, Ash vs. Evil Dead les laissent s’installer et évoluer. Petit à petit, chacun apporte sa pierre à l’édifice, pour à l’arrivée, dans un déluge de tripailles, livrer un discours beaucoup plus consistant que prévu.
De quoi faire oublier les petits ratés du scénario, tant, dans sa globalité, la série fait preuve d’une ambition tranquille mais bien réelle, et ne lâche, jamais au grand jamais, son désir d’envoyer du lourd. Toujours au son d’un bon vieux morceau de hard rock, souvent pied au plancher, le sourire aux lèvres, en compagnie de l’un des mecs les plus cool et attachants du cinéma populaire, qui à la télévision, trouve non seulement ses marques, mais arrive aussi à nous surprendre. Alors oui, cent fois oui : Ash vs. Evil Dead, c’est vraiment groovy !

@ Gilles Rolland

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 Crédits photos : Starz/OCS


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