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L’agriculture sera bio… ou ne sera plus

Publié le 30 janvier 2016 par Blanchemanche
#agriculturepaysanne
27/01/16
Marc Dufumier agronome - DR
Marc Dufumier agronome - DR
Qu’on le taxe de passéiste ne saurait détourner Marc Dufumier de la mission qu’il estime d’urgence vitale : « promouvoir une agriculture plus artisanale » sous peine de catastrophe économique. Il redira cette vulgate écologiste, mardi à Clermont dans une conférence-débat.De là à le traiter d’archaïque, indécrottable nostalgique d’une vie paysanne qui fait corps avec la nature et les saisons, il n’y a qu’un pas que franchissent ses détracteurs. Constatant la crise qui touche toutes les filières, Marc Dufumier pourfend l’agriculture industrielle, la PAC, les multinationales semencières, prône la « production intensivement écologique » et fait enrager les tenants de l’agriculture conventionnelle qui raillent en retour son « passéisme ».Cet agronome populaire, disciple de René Dumont, ancien professeur à AgroParis Tech, animera une conférence-débat sur l’avenir (difficile) de l’agriculture française, mardi 2 février à 18 heures, dans l’Amphi 6 du campus universitaire des Cézeaux, à l’invitation du GREFFE (*). Le thème interrogatif de votre intervention (les modes actuels de production sont-ils viables et responsables ?) implique forcément une réponse négative.  Non, ce n’est pas encore évident pour tout le monde. Beaucoup d’agriculteurs considèrent encore qu’il leur faut poursuivre avec les formes actuelles d’agriculture industrielle, pour pouvoir nourrir à moindre coût une population croissante. Il leur a été dit que pour rester compétitifs sur les marchés mondiaux, il leur fallait toujours davantage mécaniser, motoriser et spécialiser leurs systèmes de culture et d’élevage, de façon à produire à grande échelle les denrées standards exigées par les agro-industriels et la grande distribution. Ce n’est qu’assez récemment qu’on s’est aperçu que ces produits vendus à bas prix nous coûtent très cher, du fait des coûts de la dépollution pour l’eau potable, des maladies occasionnées par les pesticides, de l’abaissement des nappes phréatiques, de l’effondrement des abeilles, etc.En quoi l’agriculture française a failli ? En quoi la PAC est-elle peu ou prou responsable de cette faillite ?Seule parvient à survivre l’agriculture qui fournit des produits de terroirs bio, labellisés ou d’appellation d’origine protégée. Mais on découvre que la France des multiples terroirs ne parvient pas à être compétitive sur les marchés internationaux avec ses denrées standards : les poulets bas de gamme nourris avec du maïs et du soja brésilien ne sont guère compétitifs avec les poulets brésiliens?; la poudre de lait bretonne ne peut guère être vendue à moindre coût que celle fournies par les fermes de 1.000 vaches de la République tchèque ; et comment nos blés à 90 quintaux à l’hectare pourraient-ils résister à la concurrence de blés à 30 quintaux produits en Ukraine ? Ce sont bien les distorsions de prix et de rémunération introduites par la PAC qui sont à l’origine de ces errements.Vous préconisez le retour à une agriculture artisanale, c’est-à-dire bio. Ce que vous appelez un système de production intensivement écologique. C’est l’unique recours ?Oui. Notre excédent de la balance commerciale agricole provient déjà pour les deux tiers de produits de terroirs à haute valeur ajoutée. L’exportation à vil prix de produits bas de gamme subventionnés ne rapporte pas grand-chose. Le plus urgent est de réintroduire la culture de légumineuses fourragères et alimentaires (trèfle, luzerne, féverole, lentilles, haricots, etc.) dans nos assolements et nos rotations de cultures, de façon à moins importer de sojas et tourteaux de soja transgéniques et avoir moins recours aux engrais azotés de synthèse coûteux en énergie fossile et émetteur de gaz à effet de serre.Comment nier les progrès techniques et scientifiques ? Ici, à l’Inra, on travaille sur le génome du blé susceptible de rendre la plante plus solide. Il s’agit bien d’opérer un virage à 90 degrés, au risque sinon d’aller droit dans le mur ! La science peut nous aider à condition de rendre plus intelligible la complexité et le fonctionnement des écosystèmes aménagés par les agriculteurs et ne surtout plus miser sur les approches trop unifactorielles : le génome d’un côté, les insectes nuisibles de l’autre, la biologie des sols par ailleurs, etc. Il nous faut désormais travailler conjointement sur la sélection de variétés végétales plus tolérantes aux ravageurs et agents pathogènes et sur les diversifications des écosystèmes limitant la prolifération de ceux-ci.Vous ne portez pas l’industrie céréalière dans votre cœur. À Clermont, il y a Limagrain.Comment pourrais-je être contre l’industrie céréalière alors même que les céréales sont un constituant essentiel de notre alimentation ? Je redoute seulement la dépendance des agriculteurs à l’égard de quelques compagnies semencières multinationales en position d’oligopoles qui, pour amortir au plus vite leurs investissements dans la recherche, s’efforcent d’imposer l’emploi d’un très faible nombre de variétés dites « améliorées ». Plutôt que de devoir homogénéiser et fragiliser leurs divers environnements pour les adapter à ce trop faible nombre de variétés, les agriculteurs devraient avoir le droit de sélectionner sur place un grand nombre de variétés adaptées à la multitude de leur agroécosystèmes. Une vraie démarche de progrès : rien à voir avec un quelconque retour à la bougie et à l’âge de pierre.(*) GRoupe sciEntifique de réFlexion et d’inFormation pour un développement durabLE.Interview Jean-Paul Gondeau
http://www.lamontagne.fr/auvergne/actualite/departement/puy-de-dome/clermont-ferrand/2016/01/27/lagriculture-sera-bio-ou-ne-sera-plus_11757828.html

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