Magazine Humeur

Absences

Publié le 15 juin 2008 par Jlhuss

guerre-des-boutons01.1213432086.jpg - Dites donc, m’ame Michu, vous savez pas la dernière ?

- Non, m’ame Daube, et au train où tout va, j’ai peur qu’elle soit déjà rance.

- Pensez-vous ! ces denrées-là, ça se garde. Une histoire d’école buissonnière, mais comme y a plus de buissons, ils disent « absentéisme scolaire ». Un fléau, paraît-il. - Ah ? Moi, l’absentéisme, je l’encouragerais plutôt, si j’étais le ministre. Des zèbres de moins ici et là, surtout du genre à faire braire, c’est tout bénéfice : on dégraisse le mammouth en calmant les nerfs du corps enseignant, ce qui évite de creuser encore le trou de la sécu, déjà plus profond que le gouffre de Padirac.

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- Ou que celui de la cancrerie, m’ame Michu, et c’est pas peu dire. Tenez, figurez-vous que l’autre jour mon petit-neveu de première me demande de lui corriger les fautes d’orthographe dans sa copie, « car toi, Tatoune, t’as ton certificat d’études ». Je vous dis pas le sujet du devoir : une sombre histoire de « montée du pessimisme dans la seconde moitié du dix-septième siècle ». Je me dis : bon, c’est sûrement pour leur faire oublier la fonte de la banquise au début du vingt-et-unième…Eh bien, je vous donne en mille une des raisons, selon mon neveu, pourquoi la France de ce temps-là n’avait plus le moral. Vous donnez votre langue ? C’est que le Roi Soleil venait d’épouser une drôle d’impératrice autrichienne qui n’aimait que la fête et ses moutons, et que du coup le peuple broyait du noir et voyait rouge au point qui zont fini par couper la tête à tout le monde.

- C’est ce qu’on appelle un raccourcis…Bon, m’ame Daube, j’ai un poulet au four. Si vous pouviez me la dire sans traîner, votre « dernière » à sensations que je devrais savoir !

- Alors voilà. Ces doubles mètres qu’on fait maintenant, tenez, là-bas, par exemple, devant le bar-tabac : pantalons sous les fesses, oreillettes vissées dans le crâne, un poil dans une main et le portable dans l’autre, il est question de leur donner des choses pour qu’ils aillent étudier en classe au lieu de vadrouiller en ville.

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- Comment, des choses ? Des claques ? des coups de pied au derrière ?

- Ne rêvez pas, m’ame Michu, nous ne sommes quand même plus sous Charlemagne ! Non, on pense juste que ceux qui vont régulièrement en cours pourraient recevoir des récompenses, des places de cinéma

- Ouf, j’ai cru des pétards et des condoms… Et pour nos députés ?

- Quoi « pour nos députés » ? quel rapport ?

-Qu’est-ce qu’on leur donnera, à nos députés, pour qu’ils soient aussi assidus à la chambre que mon mari pendant sa lune de miel?

- Mais dites donc, m’ame Michu, je vous trouve un peu verte aujourd’hui. Et cessez de déviez la conversation. Je vous cause éducation, vous voilà dans la politique et la gaudriole. Les députés ! Pourquoi pas le Président, tant que vous y êtes ?

- Oh ! m’ame Daube , ne me dites pas que vous reprochez à cet homme-là de faire la politique buissonnière : on ne voit que lui.

- Justement : qu’est-ce qu’on pourrait bien lui donner pour qu’on le voie moins, qu’il manque un peu, qu’il s’absente, bref qu’il « nous lâche la grappe », comme dit le chérubin de ma voisine en parlant de sa maîtresse, qui veut absolument lui faire apprendre le passé simple.

- A Sarko, pour qu’il s’absente ?…un yacht !

- Non, depuis que Cécilia l’a mené en bateau, il n’a plus le pied marin.

- Un ranch ?

- C’est vrai qu’il adore l’Amérique, mais vous savez aussi qu’il a horreur des vaches.

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- Alors un week-end avec Villepin ! Je suis sûre qu’il n’en reviendrait pas. La mort est une longue absence, comme disait toujours mon pauvre Albert.

- Ne devenez pas cynique, m’ame Michu. J’ai lu d’ailleurs que les deux sont réconciliés, que Clearstream va faire pfuitt. Je vous trouve l’humour douteux, ces temps-ci. Méfiez-vous, c’est l’âge.

- Nous avons le même, m’ame Daube, je parle de l’âge, car pour l’humour…

-M’est avis qu’on s’agace…

- Voulez-vous que je vous dise ? on se voit trop.

-Qu’à cela ne tienne, absentons-nous.

- C’est ça, sautons le marché du mercredi, ça sera pas dommage non plus pour le porte-monnaie. À vendredi.

- Non, ce vendredi je vais voir ma marraine à Saint-Flour. Cent deux ans ! Elle vient de m’envoyer un mail alarmiste pour me dire qu’elle a des absences.

- Du moment qu’elle s’oublie pas.

- Ça, je vous le dirai au retour, c’est des choses qui se sentent. A dimanche ?

- A dimanche !

Arion


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