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Roberto Juarroz – Une arête dans la gorge peut évider la voix… (1988)

Par Stéphane Chabrières @schabrieres

Roberto JuarrozUne arête dans la gorge
peut évider la voix.

Mais la voix vide parle aussi.
Seule la voix vide
peut dire le saut immobile
vers nulle part,
le texte sans paroles,
les trous de l’histoire,
la crise de la rose,
le rêve de n’être personne,
l’amour le plus désert,
les cieux abolis,
les fêtes de l’abîme,
la conque brisée.

Seule la voix vide
peut parler du vide.
Ou de son ombre claire.

*

Una espina en la garganta

Una espina en la garganta
puede vaciar la voz.

Pero la voz vacía también habla.
Sólo la voz vacía
puede decir el salto inmóvil
hacia ninguna parte,
el texto sin palabras,
los huecos de la historia,
la crisis de la rosa,
el sueño de ser nadie,
el amor más desierto,
los cielos abolidos,
las fiestas del abismo,
la caracola rota.

Sólo la voz vacía
puede hablar del vacío.
O de su clara sombra.

***

Roberto Juarroz (1925-1995)Onzième poésie verticale (Undécima poesía vertical, 1988) – Traduit de l’espagnol par Fernand Verhesen

Ce post est le 2000ème de ce blog qui existe depuis 8 ans. Merci à tous ceux qui suivent ce dernier fidèlement depuis des années et m’encouragent à poursuivre cette aventure poétique.



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