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Dumas au fil des lettres

Publié le 14 octobre 2016 par Les Lettres Françaises

« A suivre… » : ainsi s’achevait avant l’été un article concernant les chroniques dramatiques de Dumas, et un bref roman inédit. La suite est déjà là : le deuxième volume de sa Correspondance générale, procurée par notre ami Claude Schopp – l’Infatigable, l’Inépuisable, le Boulimique ? Les mots me manquent… – qui fut un temps l’inénarrable « Cinémateur » de ces pages.

Le volume, comme le précédent, paraît sous la nouvelle maquette des « Classiques Garnier », dont l’austérité, malgré le jaune soleil, fait passer la mouture des années soixante-dix (d’un format moindre, ornée d’une jaquette illustrée, agrémentée d’un cahier photos), qui pourtant était peu joviale, pour un prospectus du Club Méd.

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Le deuxième volume de cette Correspondance si longtemps attendue (après tout, voilà longtemps qu’on peut lire celle de Balzac, de Stendhal, de Sand, voire celle de Flaubert) ne « couvre » que cinq ans de la vie de l’auteur de Parisiens et Provinciaux, et ne nous amène qu’en 1838, avant qu’il n’entame véritablement sa carrière de romancier. Autant dire qu’on peut supposer que la totalité occupera encore bon nombre de volumes. Et on saurait gré à l’éditeur de préciser sur la couverture – sans pour autant entacher la sobriété de sa maquette -, ou sur le dos du livre, voire sur la page de garde, les années concernées par le volume. Quand on arrivera à sept ou huit tomes, et qu’on cherchera un renseignement sur Dumas en 1862, il sera peu pratique de devoir ouvrir, au jugé, les tomes 4, ou 5 ou 6, pour voir lequel contient les lettres écrites par Dumas à cette période.

On a attendu longtemps cette « correspondance générale », disais-je plus haut. En fait, on en connaissait déjà l’essentiel, publié par Claude Schopp dans des volumes séparés (lettres à Mélanie Waldor, à Victor Hugo, au Baron Taylor, à la comédienne Hyacinthe Meinier, ou à son fils Alexandre junior), ou au gré des éditions qu’il a données de ses romans, et l’intérêt de cette édition « complète » (si tant est qu’une correspondance puisse jamais l’être) réside moins dans les billets retrouvés, assez anecdotiques (rendez-vous, invitations données ou acceptées, services reçus ou, plus souvent, rendus) que dans le tableau qu’elle donne de la vie littéraire et théâtrale à la fin de la grande flambée du Romantisme. Car Claude Schopp donne à lire aussi les lettres adressées à Dumas (et qui rendent intelligibles les siennes, restituant ainsi un véritable dialogue) ou les « lettres ouvertes » publiées dans les journaux, morceaux de bravoure que Dumas lui-même ne s’était pas fait faute de réutiliser (notamment dans Mes Mémoires).

Dumas épistolier n’est pas Flaubert (dont on a pu dire, coup de pied de l’âne s’il en fut pour un styliste aussi sourcilleux, que sa correspondance était le sommet de son oeuvre), ni Sand, dont la correspondance est une véritable autobiographie en direct, ni Balzac (qui parle à Madame Hanska de son amour, et des affres de l’écriture). Dumas, homme multiple, homme pressé, ne s’épanche pas, et on imagine qu’aujourd’hui il aurait été un grand utilisateur des « mails », ou un « tweeteur » impénitent.

Au fil des pages, et au gré de l’humeur, on s’amusera de la polémique avec Frédéric Gaillardet, dont le nom serait bien oublié s’il n’avait revendiqué la propriété de La Tour de Nesles ; des duels proposés, et qui ont parfois eu lieu, quelque peu burlesques ; des rapports mi-figue mi-raisin avec Hugo, dont on s’aperçoit sans surprise qu’il n’avait pas la générosité ni le sens de l’amitié de Dumas : derrière l’ « homme de lettres », il n’y avait qu’un homme de lettres, aussi mesquin et calculateur qu’un Académicien de l’an 2000. Ou bien l’on sourira aux « Cher Victor » (Hugo) ou aux « Cher Alfred » (Musset) qui font descendre ces grands hommes du Panthéon des manuels.

Les lettres les plus touchantes, finalement, sont celles que Dumas adresse à sa mère, ou à son fils. Ce lion était un tendre. Et on ne lira pas sans émotion la lettre de madame Dumas à Alexandre, truffée de fautes d’orthographe, mais combien aimante : « Adieu mon amie (sic) je t’embrasse comme je t’aime ta mère et amie Vve Dumas » (29 octobre 1837), ni les dignes cris de douleur de Dumas au moment de sa disparition.

Et maintenant, vivement le volume suivant qui nous fera connaître la naissance de Dumas romancier, et nous permettra, avec les lettres à Maquet, de pénétrer dans le laboratoire de l’oeuvre.

Christophe Mercier

Alexandre DUMAS Correspondance générale, II (1833-1838)
Ed.Garnier, 760 pages.


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