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Les religions face aux crimes quotidiens du Capital

Par Roger Garaudy A Contre-Nuit

Commentaire à propos du mort du 12ème arrondissement (1)
Nous sommes tellement conditionnés que nous ne ressentons plus rien. Surtout, nous ne voyons pas que le capitalisme -et avant lui, les autres formes d'exploitation- a toujours constitué une abomination, l'abomination suprême. Un tel système de domination a même réussi à faire ancrer dans les esprits l'illusion que le communisme pourrait éventuellement lui succéder au moyen de l'alternance cyclique au pouvoir d'un "parti de gauche" et d'un "parti de droite" selon une norme politique imposée, quand il le faut au sein de certaines populations récalcitrantes, à coup de missiles...
Or, le marxisme, pour le nommer, s'il a dû passer par la phase nécessaire d'opposition frontale au capitalisme, ne constitue pas, dans ses fins, un modèle qui serait le symétrique du capitalisme mais bien son dépassement à l'image, et c'est en apparence paradoxal, de l'expérience vécue de Dieu; non pas comme simple "évasion" ou "rêve" (d'un autre monde) mais dépassement de ce bas-monde.
A ce sujet (celui de la révolution), la réponse des religions officielles est malheureusement trop connue: de celle des monothéismes du Moyen-Orient figés à jamais dans leur littéralisme stérile et assassin aussi, à celle d'une partie du monde indien justifiant la division de la société en castes.
Cependant, les formes spirituelles les plus évoluées de ces religions ne nous disent pas seulement que toute révolte ici-bas est vaine parce le monde, tel qu'il va, serait en harmonie avec le Qadar ou le Karma…
Pour contribuer efficacement au changement du monde d'ici-bas, ces formes spirituelles nous rappellent qu'une condition de toute révolution est que nous nous réformions d'abord nous-mêmes afin de prendre de la hauteur, comme dans le poème de Maïakovski où ce dernier, depuis Moscou, voyait alors Paris en distinguant, peut-être et déjà, les mêmes victimes du Capital que le clochard du 12ème Arrondissement.
Une telle dimension spirituelle n'a pourtant pas échappé à Marx, Engels et nombre de marxistes. Pour le constater, il faut plutôt consulter leur correspondance privée que leurs ouvrages théoriques.
La "solution" à un tel cas de conscience pourrait donc être de lutter simultanément sur le terrain de la lutte des classes et celui de la recherche intérieure (de Dieu, de l'Absolu, de l'Un, du Soi). Les communistes apparaîtraient alors, au sein de l'espèce humaine, comme les individus les plus "religieux" et servant le mieux Dieu parce que, en donnant un coup de pouce infléchissant au destin du plan divin, ils Lui faciliteraient la tâche de dissipation de la confusion universelle.
Ils découvriraient par la même occasion le sens même de leur existence dans ce monde de misère, haine et violence car, si le Mal n'y avait pas été planté, auraient-ils jamais été poussés à vouloir le changer ? C'est le sens même du message de poètes de tous pays: de Maïakovski à Neruda et de Hikmet à Aragon sans oublier tous les inconnus qui n'ont pu s'exprimer ou ont préféré garder le silence.
Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde….  A la veille du centenaire de la célébration des Dix Jours qui ébranlèrent ce (vieux) monde qui s'est à nouveau imposé à tous, la mort banalisée de cet être humain à Paris, comme celle de millions d'autres victimes du Capital, nous rappelle combien l'espérance, à travers une expérience jamais tentée dans l’histoire de l'humanité, fut grande… Malheureusement, on trouve aussi une certaine littérature qui voudrait nous "révéler" que la Révolution en question n'aurait été qu'un complot de plus financé par des banquiers nord-américains…. Marx et Lénine n'auraient été que leurs agents au service d'un projet messianiste macabre…
L'annonce de la mort de l'homme dans le 12ème arrondissement a été relayée prosaïquement par Le Figaro (2). Pourrait-il en être autrement quand on sait que ce journal, bourgeois par nature, vante encore, deux siècles et demi plus tard, les vertus de la société des "petits boulots", à l'image de celle du personnage ("Figaro-ci, Figaro-là"….) des pièces de Beaumarchais… A l'époque de la soviétophobie, ce journal tirait à boulets rouges sur Jean-Baptiste Doumeng, surnommé "Le Milliardaire Rouge", parce qu'il avait osé mettre sa fortune au service du même parti auquel Roger Garaudy était affilié…
Charybde
PS: entre autres innombrables aspects de l'abomination congénitale du capitalisme, une étude publiée en 2015 dans un journal médical montre qu'il est la cause directe de 45 000 suicides chaque année à travers le monde (3).
Enfin, voici un autre exemple concernant le pays même dont Roger Garaudy a loué la convivialité d'un temps où les rapports humains n'étaient pas basés exclusivement sur la confrontation et la recherche du profit (4).
Notes:
(1) http://rogergaraudy.blogspot.fr/2016/11/assassinat.html
(2) http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/12/30/97001-20141230FILWWW00046-paris-mort-d-u
(3) http://www.thelancet.com/journals/lanpsy/article/PIIS2215-0366%2814%2900118-7/abstract
(4) http://www.masvoces.org/Crimen-financiero-se-suicida-un
NDLR: CHARYBDE, que je remercie pour cette nouvelle contribution, a notamment collaboré au livre de Maria POUMIER,  "Marchandiser la vie humaine", livre que vous pouvez acheter en ligne: http://plumenclume.org/livres/40-marchandiser-la-vie-humaine-9782355120701.html Envoyer par e-mailBlogThis!Partager sur TwitterPartager sur FacebookPartager sur Pinterest Libellés : Charybde, Dialogue des cultures, Marx, Roger Garaudy

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