Magazine Humanitaire

Une petite histoire de la neutralité humanitaire

Publié le 18 novembre 2016 par Frédéric Joli

Guerre et occupation militaire 1940-1945. Hôpital Corytza. Bâtiment scolaire transformé en hôpital. War and military occupation 1940-1945. Corytza hospital. School building being used as an hospital.

Neutre, du latin Neuter, « Ni l’un, ni l’autre ».

« Le CICR est un intermédiaire neutre dans les conflits armés », voici comment se définit la plus ancienne organisation humanitaire moderne. Pour le docteur Marcel Junod , l’un de ses grands serviteurs dans les années 1930 à 1950, le CICR est « le troisième combattant », celui qui s’interpose entre les belligérants pour garantir un espace humanitaire. La garantie de cette interposition : la neutralité.

Ce « troisième combattant » est né il y a plus de 150 ans, incarné par Henri Dunant, jeune philantrope suisse, témoin de la souffrance des soldats blessés sur le champ de bataille de Solférino. De ce traumatisme, il écrira un livre, Un Souvenir de Solférino (1862), qui appelle à la création de sociétés de secours pour les militaires blessés et malades, et à la rédaction d’un traité international protégeant ces soldats et ceux qui les soignent. Un an plus tard, le Comité International de la Croix-Rouge est fondé ; deux ans plus tard, en 1864 est signée la 1ère Convention de Genève « pour l’amélioration du sort des blessés et des malades dans les forces armées en campagne ». Y est consacrée la neutralité (l’inviolabilité) du personnel sanitaire et des établissements sanitaires.

Un soldat blessé ne présente plus de danger pour l’ennemi. « Mis hors de combat », il ne participe plus aux hostilités et doit être soigné, quel que soit son camp. Sur le champ de bataille, les sanctuaires neutres, ambulances par exemple où sont traités les blessés, doivent être signalés aux combattants et protégés du conflit. Un emblème, accepté de tous, doit assurer cette fonction. L’héraldique sera une croix rouge sur fond blanc qui mettra à l’abri des hostilités les victimes et les membres des sociétés de secours ou des services de santé militaires.

Cette neutralité médicale humanitaire s’élargit dans le temps à l’assistance de toutes les victimes de la guerre. Un concept inscrit dans le droit pour faire admettre à ceux qui se battent que les actions de secours ne sauraient être considérées comme des actes hostiles ou une contribution effective à l’effort de guerre de l’un des belligérants. C’est l’esprit de l’article 70 du Protocole I aux Conventions de Genève, auquel 174 Etats sont parties.

Aujourd’hui, dans le mouvement Croix-Rouge/Croissant-Rouge, voici la définition qui est donnée de la neutralité : « Afin de garder la confiance de tous, le Mouvement (*) s’abstient de prendre part aux hostilités et, en tout temps, aux controverses d’ordre politique, racial, religieux et idéologique ».

Un principe aujourd’hui adopté également par de nombreuses ONG humanitaires intervenant dans des situations de conflit armé.
En guise de conclusion, ce clin d’œil : la neutralité, in fine, se résume à ne pas participer à un conflit ou à s’allier à tel ou tel belligérant. Une neutralité née bien avant la Croix-Rouge (1863) et la Convention de Genève (1864) du souci de certains Etats de demeurer extérieurs aux alliances militaires et aux conflits dans lesquels leurs voisins étaient engagés…

La Suisse, par exemple.


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