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À quel éditeur envoyer son manuscrit ?

Publié le 22 juin 2008 par Georgesf

À quel éditeur envoyer son manuscrit ?

 À quel éditeur envoyer son manuscrit ?

Ce billet va constituer une transition commode entre le précédent (« Comment se faire éditer, méthode courageuse ») et le suivant, qui suivra bientôt mais pas tout de suite : « Comment se faire éditer, méthode pilotée »

Commençons par la sélection de l’éditeur en méthode courageuse.

Vous venez d’achever votre premier roman. À quel éditeur allez-vous l’envoyer ?

Démarche la plus commune : vous (je dis vous sans viser personne, il faut bien dire quelqu’un) vous, donc, allez faire photocopier une dizaine d’exemplaires du manuscrit, et vous enverrez vos dix trésors aux dix plus gros éditeurs de fiction. Après avoir reçu dix lettres de refus, et récupéré vos dix trésors, vous allez probablement les envoyer aux éditeurs classés de 11 à 20 au hit-parade, pour rééditer l’opération, puis descendre progressivement les escaliers de la gloire jusqu’à finir par trouver un éditeur enthousiaste (meilleur des cas). Ou, autre cas malheureusement fréquent, vous finirez par juger que votre statut ne vous permet pas de descendre en dessous d’un échelon x du hit-parade, et vous allez repartir à zéro avec le nouveau roman que vous aurez écrit pour garder le moral pendant toutes ces vagues de refus (chacune d’elles va durer trois mois en moyenne).

Vous aurez ainsi commis l’erreur commune des candidats à la publication.

Les candidats plus subtils adopteront une variante de cette démarche : ils iront repérer à la Fnac les éditeurs qui y sont mis en avant (ne serait-ce que dans le coin « petits éditeurs ». Attention, ce ne sont pas toujours les mêmes, chez les petits). Dans cette liste, ils retiendront les éditeurs qui publient des romans dans la mouvance de leur chef-d’œuvre. Les encore plus subtils iront au Salon du Livre  pour valider cette sélection – c’est le seul endroit où on peut avoir une appréhension globale de la production de chaque éditeur, on peut y feuilleter chaque livre. Cette sélection ayant été réalisée, les candidats plus subtils ou encore plus subtils reprendront la démarche précédente, en commençant par les plus gros et en descendant progressivement les étages. Avec des résultats souvent un peu meilleurs.

Ils auront ainsi commis l’erreur subtile des candidats subtils.

 Pourquoi ? Parce que cette idée de commencer par les plus gros est un leurre. 

Chez la plupart des gros éditeurs, les chances d’être publié quand on est débutant enfourchant la méthode courageuse sont nettement plus basses qu’ailleurs (voir cas pratique, infra). Et même si vous y êtes publié, vous ne serez qu’un arbrisseau planté à l’ombre des grands sycomores. L’appui des relations presse sera plus faible, le soutien promotionnel, le pilotage de carrière aussi : priorité aux sycomores, c’est d’eux que dépend l’avenir de la maison.

Bien sûr, la publication en couverture blanche chez Gallimard est une consécration, et j’applaudis mes amis qui l’ont obtenue. Mais, pour rester dans la lexicologie  liturgique, la consécration est l’apothéose de la messe. Et la messe est d’abord un sacrifice particulièrement sanglant. Combien de manuscrits immolés pour un élu consacré ? Si j’ai bonne mémoire, il arrive chez Gallimard un manuscrit toutes les 12 minutes. Une cadence d’abattoir. Et quand bien même vous seriez consacré, êtes-vous sûr que votre divine création sera brandie devant les fidèles à genoux ? Sera-t-elle assez encensée ? Et je ne parle pas de la quête, des avances sur droits d’auteurs. Sauf erreur de ma part, elles sont, chez Gallimard, de zéro euros pour les auteurs débutants.

 À cela s’ajoute la difficulté de repérer le bon interlocuteur chez les gros : à quel directeur littéraire (ou « éditeur » comme on dit pour compliquer) allez-vous destiner votre bébé ? Comment savoir quel style convient à qui ? On ne sait même pas quels auteurs-maison chacun d’eux a en portefeuille. L’information n’apparaît nulle part sur les sites des maisons d’édition, et on n’en trouve aucune trace à la fin des livres publiés. Les grandes maisons semblent vouloir laisser planer le mystère, c’est une information réservée aux initiés, ou très partiellement glanée au fil des interviews. Résultat : on s’adresse aux noms magiques qui circulent sur le net : on envoie son œuvre à Jean-Marie Laclavetine chez Gallimard ou à Guillaume Robert chez Flammarion, parce qu’il paraît que c’est un gars gentil. Effectivement, j’en témoigne, c’est un type d’une exquise courtoisie. Mais pas au point de retenir plus de manuscrits qu’un autre, surtout quand il est envahi. Connaissez-vous seulement le genre de romans qu’il apprécie ?

 Il est plus judicieux d’envoyer votre manuscrit à de moyens ou petits éditeurs : il n’y a pas chez eux de bataillon de directeurs littéraires. Il n’y en a souvent qu’un, c’est donc le bon. C’est même souvent le boss. Assisté par une ou deux lectrices (Pourquoi lectrices plutôt que lecteurs ? Je ne sais pas) qui feront le filtrage. Donc, a priori, pas d’erreur de ciblage si vous avez bien étudié la production maison. Le pire qui puisse vous arriver, c’est que vous tombiez sur une lectrice A qui déteste votre roman, alors que la lectrice B l’adore. Ça m’est arrivé.

La sélection y est plus attentive : les petits et moyens sont moins envahis de manuscrits que les grosses : un bon roman risque moins de se noyer dans la masse.

Reste le suivi de votre œuvre : les commerciaux et l’attachée de presse lui accorderont forcément plus de soutien dans une maison si elle ne sort que trois livres par mois ; ils ne seront pas, comme dans les grosses, confrontés à la terrible question : « Alors, lesquels je prends ? ».

Ces quelques idées vous paraîtront peut-être subjectives.
Je vais donc passer à un cas pratique, chiffres et noms à l’appui :

 Avant de réaliser sa sélection finale (14 auteurs), le Festival du premier roman (Chambéry), mène une première sélection parmi les 400 premiers romans qui paraissent chaque année (le chiffre peut varier entre 300 et 500). Pour cela, les organisateurs ne vont évidemment pas avaler les 400 romans : ils vont en sélectionner 100, ceux qui auront bénéficié d’une meilleure mise en avant de leurs éditeurs, ceux dont on aura un peu parlé dans les médias.

 Si toutes les maisons d’édition étaient aussi accueillantes aux premiers romans, si elles faisaient toutes le même effort de mise en avant de leurs poulains, leurs « parts de marché » dans cette liste de 100 devraient être similaire à leur poids sur le marché de l’édition.

Il n’en est rien. Sur les « 100 premiers romans » retenus, voici le hit-parade.

8 sur 100 pour Stock

7 sur 100 pour Le Seuil

6 sur 100 pour Flammarion

4 sur 100 pour : Denoël, Albin Michel

3 sur 100 pour : Le Cherche-Midi, Panama, Philippe Rey, Gallimard, Transbordeurs, Triptyques, Robert Laffont.

2 sur 100 pour : Héloïse d’Ormesson, Le Castor Astral, Liana Levi, P.O.L., Ramsay.

1 sur 100 pour : Allia, arHsens, Arléa, Au Diable Vauvert, Belfond, Bernard Campiche, Boréal, De Borée, Anne Carrière, Delphine Montalant, Fallois, Gaïa, Grasset, Hachette, Hachette Littératures, HMHurtebise America, L’Altiplano, L’Amourier, L’écailler, L’instant même, L’Olivier, Lattès, Le Rocher, Le Rouergue, Le temps qu’il fait, Leo Scheer, Les 400 coups, Maren Sell, Mercure de France, Métaillié, Mutine, Phébus, Plon, Quidam éditeur, Table ronde, Thot, Verticales.

Le total fait bien 100.

 Précautions diplomatiques :

1.                    Les chiffres sont valables sur une cuvée, on ne peut en tirer de ratios immuables

2.                    Dans cette liste, il y a deux éditeurs dont je ne suis pas sûr (problème de transcription), mais ça ne change guère (ils pèsent 1% dans la liste)

3.                    Certaines petites maisons, très ouvertes aux néo-romanciers, ne figurent pas dans cette liste. Peut-être était-ce simplement une mauvaise année pour elles ; peut-être n’avaient-elles pas reçu assez de bons manuscrits.

Qu’en penser ?

Le résultat des petits et moyens éditeurs est d’autant plus impressionnant qu’ils reçoivent beaucoup moins de romans que les gros. Ajoutez à cela que les stars émergentes de l’année sont parfois happées par les gros, dès leur envoi.

Et pourtant, la liste est là : Panama, Philippe Rey, Transbordeurs ou Triptyques font jeu égal avec Gallimard ou Actes Sud. Liana Levi ou Le Castor Astral font mieux que Grasset ou L’Olivier.

Et plein d’autres pensées aiguës que vous êtes assez finauds pour émettre tout seuls. Elles sont les bienvenues dans les commentaires.

 Remarque finale : et les très petits éditeurs, ceux qui ne sont pas mis en avant à la Fnac, ou pas dans toutes les Fnac ? Ne les négligez pas forcément. Ils peuvent être ponctuellement référencés selon les parutions. Et même si leur capacité de commercialisation paraît plus faible, ils peuvent être intéressants quand on débute. Des éditeurs comme "La Fosse aux ours" pour un premier roman , ou "Quadrature" et "D’un Noir si bleu" pour un premier recueil, peuvent être une excellente référence  et obtiennent des ventes correctes par des circuits moins éclatants. Ils peuvent être un tremplin pour votre second.

Ne manquez pas la suite : dans la solution pilotée, tout est plus simple. Mais pas pour tout le monde. On en reparlera très bientôt, dans une prochaine chronique.

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LES COMMENTAIRES (28)

Par Didier
posté le 28 novembre à 19:38
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Bonjour, Record du mépris pour Grasset. J'ai remis mon manuscrit chez Grasset un mercredi midi... Je le recevais chez moi, par retour, le jeudi matin!

Par Peter Richman
posté le 11 septembre à 17:13
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Bonjour, Je viens de terminer mon 1er livre et ai lu votre topo avec intérêt. Pensez vous qu'il est judicieux d'envoyer son livre à l'éditeur sous forme électronique plutôt que papier ? Comment récupérer les adresses email des éditeurs où les adresser ? Merci de vos conseils, PR

Par Premier Public
posté le 02 septembre à 11:12
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Vous souhaitez envoyer votre manuscrit à une maison d'édition ? Vous avez besoin d'un avis, d'une relecture, de corrections, de saisie, de mise en forme ? Premier Public vous offre ces services, et vous propose un premier regard sur vos écrits. Retrouvez toutes les informations et les tarifs sur www.premier-public.e-monsite.com Amenons ensemble vos manuscrits vers le public !

Par jérôme Lassaigne
posté le 17 juin à 11:28
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j'envoie toujours, après dépot, mon premier manuscript, relié, chez Gallimard. C'est essentiel pour débuter, ils ont déjà refusé Proust, Céline, Pauline Réage qui pourtant bossait chez eux.. S'il le renvoient je pourrais l'offrir..

Par gcd211
posté le 18 mars à 13:26
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Je vous ai lu avec beaucoup d'attention. J'ai cependant un conseil à vous demander: Après avoir murement réfléchi, j'ai décidé d'envoyer mon manuscrit (roman) aux éditions Jets d'encre car mes aspirations conviennent assez à leurs offres. Alors, dites moi, suis-je sur la bonne voie? Tout d'abord, que pensez-vous des éditions Jets d'encre? Peut-on leur faire confiance?

Par shayana
posté le 05 mars à 17:33
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Bonjour, je viens de lire ce que vous avez écrit y a 2 ans sur l'édition d'un livre d'auteur débutant pour pas dire un auteur vu comme telle que par lui/elle même; j'écris moi même et j'avoue ne pas savoir ce que mes écrits valent tant je ne sais pas à qui les adresser, c'est vrai qu'envoyer des manuscrits a des maisons hissées au firmament relèvre du rêve et de la prétention si on condidère les statistiques et le nombre d'oeuvres qu'elles reçoivent au quoitidien et puis même si la chance et 1000 trèfles croisent cet ouvrage combien ne feront pas plus que voler de la table au broyeur à papier, ce qui serait bien c'est de connaitre les petites maisons d'edition comme vous avez dit qui sont restreints en personnel , des start ups, alors si quelques uns d'entre vous en connaissent ça serait super cool de partager- Merci

Par cartusien
posté le 13 janvier à 09:53
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Bonjour,

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt vos commentaires et conseils sur tout ce qu'il ne faut pas faire quand on est un auteur débutant!

Auteur débutant moi même, cherchant desespéremment à recueillir des commentaires et critiques sur ce que j'ai écrit, et ayant réalisé que c'est une des préoccupations majeures de la majorité des auteurs débutants, j'ai décidé de créer un blog pour combler cette lacune, dont voici le lien.

http://quevautmonmanuscrit.blogspot.com

N'hésitez pas à aller y faire un tour, et pourquoi pas à y contribuer vous même!

De plus, je me suis inspiré du travail statistique que vous avez fait sur les auteurs sélectionnés au festival du 1er roman de chambery. De manière un peu différente, j'ai compilé la liste de la quinzaine d'auteurs sélectionnés en finale chaque année, et ce sur les dix dernières années (on trouve cela dans les archives de leur site internet).

Voici le classement très scientifique de leurs éditeurs correspondants, classés par ordre décroissant du nombre de sélection.

maison édition nb sélection Gallimard 16 Actes sud 13 Albin Michel 6 Buchet-Chastel 6 Grasset 6 Stock 6 Anne Carrière 4 Arléa 4 Fayard 4 Belfond 3 Le Castor Astral 3 Le Dilettante 3 Le Rouergue 3 Calmann Levy 2 Éd. Nil 2 Gaïa 2 Le Seuil 2 Liana Levi 2 Maurice Nadeau 2 Aléas  1 Au Diable Vauvert 1 Autrement 1 Bastberg 1 Beauchesnes 1 Bernard Campiche Éditeur 1 Champ Vallon 1 Christian Bourgois 1 Climats 1 Delphine Montalant 1 Denoël 1 Éd. de Minuit 1 Editeurs libres 1 Elyzad 1 Flammarion 1 Folies d'Encre 1 Galaade 1 Hachette littérature 1 Héloïse d'Ormesson 1 Joëlle Losfeld 1 José Corti 1 Julliard 1 L' Escarbille 1 La Baleine 1 La Différence 1 La Fosse aux ours 1 La Table ronde 1 L'Ampoule 1 Lattès 1 l'Aube 1 les Allusifs 1 l'Olivier 1 Marcilio Ed. 1 Max Milo 1 Mercure de France 1 Michel Lafon 1 Mille et une nuits 1 Mobydick 1 Odile Jacob 1 P.O.L. 1 Panama 1 Paris Méditerranée 1 Pauvert 1 Phébus 1 Philippe Rey 1 Plon 1 R. Laffont 1 Ricochet 1 Robert Laffont 1 Sabine Wespieser 1 Terre de brume 1 Ubu Editions 1 Viviane Hamy 1 VLB 1 XO 1

J'espère que ces informations pourront contribuer au débat!

Bonne continuation

Par maria
posté le 05 novembre à 13:36
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bonjour à tous,

j'ai ecrit mon livre au stylo car je suis plus à l'aise ainsi.Croyez vous que si je l'envoie ainsi aux maisons d'edition il sera lu? merci

Par madeleine khalifa
posté le 19 juillet à 10:16
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BONNES NOUVELLES!!! J'ai un éditeur! Mon"LIVRE"et non plus mon manuscrit ...sera là pour vous "servir" à l'automne! Bon courage à tous ! Madeleine Khalifa auteur aussi "DE L'ECHEC SCOLAIRE AU BONHEUR D'aPPRENDRE", préface de SERGE BOIMARE.

Par Astari
posté le 10 juillet à 19:57
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Les Éditions de Fallois avouent explicitement qu'ils ne lisent plus les manuscrits reçus par la poste :

http://refusdediteurs.webs.com/editionsdefallois.jpg

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