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Ne laisse pas ton bébé tout seul quand il a neuf mois !

Publié le 26 décembre 2016 par Neutrinou

Ne laisse pas ton bébé tout seul quand il a neuf mois !

Une enfant d'autant plus difficile à approcher qu'elle pratique le Tao et utilise le gùn chinois avec une redoutable dextérité


Il s'est passé dans la vie de ma fille une conjonction d'évènements qui semble avoir produit un résultat bien particulier. Mais je n'ai aucun élément de comparaison, et l'observation que j'ai faite est unique. J'ai essayé d'obtenir d'autres témoignages sur un forum d'expatriés francophones. J'ai reçu beaucoup d'avis sympathiques, mais aucune observation susceptible de conforter mes hypothèses.
De quoi s'agit-il ? Je suis parti en France pendant un mois et demi, alors que ma fille avait huit ou neuf mois. Quand je l'ai quittée, nos relations, sans être très proches (je veux dire : aussi proche qu'avec sa mère), étaient cordiales, de même qu'elle avait des relations cordiales avec tout le monde : elle est d'un naturel heureux. Je suis tout sauf un expert en relations avec les bébés, et je n'ai rien remarqué de particulier. Je jouais avec elle, je lui parlais, il me semblait que tout se passait normalement. C'est à dessein que je qualifie nos relations de "cordiales", ce qui t'aura peut-être choqué. Mais des relations dites affectueuses impliqueraient qu'elle m'ait identifié avec précision, ce dont je n'étais pas du tout certain. Et puis dans "cordial", on l'a peut-être oublié, il y a cor, cordis, le cœur en latin.
Quand je suis revenu de France, elle avait une peur panique de moi. Alors qu'elle n'avait peur ni de son oncle ni de son grand-père, qu'elle avait vus tous les jours pendant le temps de mon absence. Mais elle n'avait pas peur non plus des visages masculins inconnus thaïs. Au bout de quelques jours, elle a accepté de jouer avec moi. Mais pas question que je la prenne dans mes bras, et c'était des hurlements si sa mère n'était pas là pour médiatiser la relation.
Les spécialistes décrivent chez le nourrisson une période durant laquelle il apprend à reconnaître les visages. A peu près au moment où je me suis absenté. Avant cette période, la relation se ferait essentiellement à travers les odeurs et les voix - la mère représente l'essentiel du monde du bébé, mais sans doute pas la totalité.
Les bébés ne reconnaissent pas bien les couleurs, et même quand leur appareillage sensoriel leur permet de les distinguer, il reste à organiser cette connaissance. De même pour les formes. Et chez les primates supérieurs, la reconnaissance des visages semble être un élément essentiel de structuration psychique et d'organisation sociale. On est d'ailleurs surpris de voir à quel point elle est développée chez certains animaux qui nous paraissent tous semblables. Les spécialistes considèrent la reconnaissance des visages comme une fonction à part entière, et non comme un sous-produit de l'intégration visuelle, c'est-à-dire le traitement du signal et sa mise en relation avec le reste de l'encéphale.
L'hypothèse que j'émets, c'est que je suis parti au mauvais moment : celui où ma fille construisait son système neuronal de reconnaissance des visages. Le mien, et le modèle "farang" plus globalement n'ont pas été inclus comme familiers.
Résultat, à mon retour, il a fallu ramer pendant des semaines pour être reconnu comme non dangereux.
Steven Pinker évoque dans un de ses livres une forme d'antipathie naturelle et croisée chez les bébés vis-à-vis des bébés d'autres couleurs de peau. Il fait état d'un "pré-câblage" qui laisse penser qu'il s'agit d'un fonctionnement très naturel. Mon histoire n'est pas tout à fait semblable, mais s'en rapproche.
Si j'en parle aujourd'hui, c'est qu'un nouveau chapitre vient de s'ajouter. Mon fils franco-français est venu passer quelques temps chez nous. Et là, même syndrome, mêmes larmes dès qu'on laissait ma fille seule en sa présence dans une pièce ou dans l'auto, même impossibilité de la prendre dans les bras. Avec le temps, les choses se sont bien arrangées, mais il est parti trop tôt pour qu'il y ait une familiarité complète.
J'avais observé un phénomène comparable quand Rye, notre voisin aussie, faisait des risettes à ma fille : elle était terrifiée. Il faut dire que Rye est un vieux colosse un peu effrayant !
J'appelle ça le syndrome du visage étranger. Dû à mon absence pendant la période de mise en route de la reconnaissance des visages. Il y a d'autres explications possibles. Une antipathie idiopathique de ma fille pour un certain type de visage - mais l'explication est un peu tordue. Des erreurs relationnelles que j'aurais faites à mon retour… mais lesquelles ? Le fait que nos langues occidentales résonnent étrangement dans ses oreilles accoutumées au thaï et qu'elle en ait pris conscience ? Que nous la regardions sous un angle différent, car nous sommes plus grand, et que cet angle nous rende effrayants ? Peut-être aussi que mon observation est mauvaise, je ne peux l'exclure.
J'aurai peut-être un jour une réponse à ces questions. D'ailleurs, tu as peut-être des choses à dire sur le sujet ?

Ne laisse pas ton bébé tout seul quand il a neuf mois !

Moi j'ai une idée ! C'est facile ! Je pense tout simplement que mon père est un vieux c...! D'ailleurs il a avoué (ici, sur son autre blog)



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