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505ème semaine politique: à quoi sert la primaire socialiste ?

Publié le 07 janvier 2017 par Juan

  505ème semaine politique: à quoi sert la primaire socialiste ?

Il ne reste que deux semaines de campagne pour une primaire socialiste qui peine à intéresser. Hors du cadre, Macron grapille Fillon sur sa gauche et Mélenchon laboure la gauche. Finalement, le doute s'installe. A quoi bon une primaire socialiste dans tout ça ? 

La primaire symbolique
"La paire du vide", ainsi le quotidien numérique Les Jours qualifie-t-il le duo Valls et Peillon. Les deux tardifs de la primaire socialiste mobilisent pourtant l'attention médiatique malgré des programmes flous, des formules vaporeuses ("Placer l'emploi et le travail au coeur de l'économie", version Peillon), des postures hors-sol. "Les deux candidats légitimistes de la primaire occupent l’espace pour ne rien dire" écrit à juste titre un autre duo, mais talentueux,
Valls et Peillon avaient choisi le même jour pour exposer leurs ambitions, mardi 3 janvier. Bonne année !
Valls change déjà son slogan ("Une République Forte, une France Juste"), Peillon peaufine encore le sien. Valls a confié la "rupture de confiance durable" avec Hollande, Peillon qu'il n'avait pas dormi pendant 3 jours après le renoncement de Hollande (super!).
Valls se réclame de Clémenceau, Peillon s'abrite derrière une référence au programme du Conseil national de la Résistance du 15 mars 1944 sur la page d'accueil de son site de campagne. Valls a peu de promesses, sa candidature est creuse tant il gomme sa propre identité politique ("il a peur d'un réflexe anti-Valls" résume un de ses proches). Peillon fait au contraire quelques tentatives programmatiques, mais on retient ce bad-buzz stupide d'un candidat Rantanplan sur un parallèle absurde entre la situation des juifs sous Vichy et celle des Français musulmans aujourd’hui.
Le Parti socialiste a bien le droit d'organiser sa primaire, même en catastrophe. Les écolos s'acharnent bien depuis quelques décennies à faire de même, pour recueillir avec une régularité inquiétante pour leurs finances une poignée de pourcentages au premier tour de chaque scrutin présidentiel. Mais les écolos ont une cause à défendre qui dépasse l'élection d'un seul de leurs représentants. Après tout, il y a encore quelques crétins pour croire que le réchauffement climatique a marqué une pause depuis bientôt 20 ans...
Une élection présidentielle permet de donner un peu de voix à quelques sujets qui, même en 2017, peinent encore à intéresser la gente des médias dominants.
Mais à part au PS, qui s'intéresse à cette primaire socialiste ?
Cette primaire socialiste parait hors-sol. A quoi sert-elle ? On ne sait plus vraiment. Si Hollande s'était représenté, il y aurait un bilan à défendre, une majorité à renouveler. Il n'en est rien. Pire, la primaire socialiste affiche, dans le plus grand bazar,toutes sortes d'anciens ministres, parfois avec quelques idées (heureusement), mais aucun projet global, aucun consensus si ce n'est la préservation d'un système vidé de l'intérieur par l'échec incarné par la qualification prévisible du Front national-socialiste dès le premier tour présidentiel.
Le PS ne défend plus de projet de société autre que la conquête du pouvoir. Il n'est plus le mieux placé pour l'emporter ni demain, ni après.
Le vide ou le bazar
A quoi sert cette primaire socialiste puisqu'elle ne désignera pas le vainqueur du prochain scrutin ? C'est la question centrale, celle que l'on ne pose pas rue de Solférino pas plus qu'au QG pharaonique de François Fillon (Qui a lu les délicieuses révélations du Canard Enchaîné sur le chateau du nouveau candidat de la vraie France ?)
C'est un vote inutile, flagrant. Avant de savoir qui fera la surprise au soir du premier tour de cette primaire socialiste, il faudrait s'interroger sur un autre risque, une faible mobilisation, voire le bide absolu. Lequel des candidats s'est préparé à cette éventualité ? Pour l'instant les sondages dévoilent qu'environ 7 à 8% des sondés seraient partants pour voter. Ce serait déjà énorme, mais bien plus faible que la primaire de droite en novembre dernier.
Valls serait en tête des sondages de cette primaire socialiste. Hamon connaitrait un frémissement. Peillon est loin. Les autres n'existent pas. On connait les précautions qu'il faut prendre quand on parle d'enquêtes sur un corps électoral incertain
Mais qui assume le quinquennat de Hollande ?
Visiblement personne.
Côté primaire socialiste, on trouve d'abord les opposants, ceux "qui ont tué le père" (Les Jours), Montebourg et Hamon pour ne pas les nommer. Les deux Dupont et Dupont de l'aile gauche du PS (sic!) tentent de jouer une surprise à la Fillon. Hamon a même quelques sondages frémissants. Les deux ont surtout affiner leurs différences. Montebourg loue "la société du travail", son passage à la direction d'un fabricant de meubles en serait-elle pour quelque chose ? Hamon prédit la "raréfaction du travail" dans un avenir proche.
On se réjouit.
Mais on connait les limites de leurs démarches: lequel oserait se rallier à une véritable rupture ? Aucun. On attend toujours qu'ils tuent enfin le père, le vrai. Non pas Hollande, mais une dérive social-libérale, un compromis social-démocrate qui a échoué devant l'extrême droite et la crise. Les deux savent être brillants pédagogues, mais leur pédagogie s'éclatent sur les faits: leur passé/passif de frondeurs n'ayant jamais assumé de travailler à la seule réalité qui vaille, la construction d'une alternative politique.
Le péché originel des frondeurs est là: une fronde qui ne débouche sur aucune alternative politique n'est qu'un caprice.
Macron, seul en piste
Cette primaire socialiste présente ensuite une flopée de bipolaires, celle et ceux qui tentent de nous convaincre qu'ils sont neufs, vierges, nouveaux et surtout sans rapport avec le quinquennat précédent. Ils n'osent renier le bilan du patron, et pourtant il faut bien l'assumer. On a donc cet ancien premier ministre (Valls), mais aussi deux anciens ministres (Peillon, Pinel), et deux anciens soutiens inconnus (Benhamias, de Rugy) qui seront vite oubliés.
Jeudi, Valls est sur France 2. "Bien sûr que j'ai changé. J'ai grandi, j'ai muri". Il a tellement muri qu'il veut supprimer cet article 49-3 de la Constitution (une promesse qui n'engage à rien puisqu'elle ne repose pas sur le président de la République mais sur le Parlement). Valls fut l'un des rares premiers ministres à utiliser le 49-3 ... contre son camp, notamment pour la loi Travail. Mais Valls, sur France 2, a une explication, ce n'était pas de sa faute. Le 49-3 pour faire voter la loi El-Khomri lui a été imposé par ... les "frondeurs". La vie est belle. Le garçon prétend à la présidence suprême de la république mais avoue céder à un reniement personnel (puisqu'il déteste le 49-3).
L'Emission Politique réalise l'un de ses pires scores. Le double de téléspectateurs lui préfèrent la première édition française du Saturday Night Live avec gad Elamleh sur M6. Manuel Valls apparaît cerné.
A quoi donc sert la primaire socialiste ? A désigner un futur vainqueur ? Non. Aucun sondage ne le prédit. Pour un parti dopé aux sondages, la nouvelle est un choc. Et une révélation. La primaire servirait à défendre un bilan ? Non plus. Puisque Manuel Valls s'est refusé à endosser les habits du quinquennat sortant, il n'y a donc que Macron. Macron est la meilleure incarnation, la prolongation évidente du quinquennat Hollande.
Le vote inutile
Bien sûr, le jeune ex-secrétaire général adjoint de l'Elysée, ex-ministre de l'Economie, a des lacunes. Il déroule un programme plus bipolaire encore encore celui de Valls: opposant hier, le voici aujourd'hui farouchement défenseur des 35 heures, ou des remboursements intégraux de la Sécu. Macron est l'incarnation réussie d'un système, un ex-banquier devenu conseiller du Prince puis ministre qui désormais déroule sa campagne avec succès et le soutien de quelques barons du PS et du patronat. On applaudit au coup d'Etat médiatique qui, il y a peu, nous semblait ridicule ou risible.
Macron inquiète, et c'est tant mieux.
Le président sortant, socialiste, a renoncé à se présenter. Pourquoi s'acharner ? Jean-Luc Mélenchon l'explique dans une tribune du Monde, jeudi:
"A quoi bon un candidat du Parti socialiste ? (...) Jusqu'à présent, l'ultime justification du candidat socialiste, c'était d'être en tête dans les sondages. Il se présentait alors comme le vote utile. (...) Actuellement, le PS est en troisième position derrière Emmanuel Macron et moi-même. Dans ces conditions, sans projet et sans avantage électoral, à quoi bon un candidat du PS ? En réalité, le vrai choix des électeurs du PS, c'est de trancher entre l'orientation gouvernementale amplifiée, telle que la porte Emmanuel Macron, et la tradition de l'humanisme émancipateur de la famille culturelle que j'incarne."

Ami socialiste, vote Macron ou Mélenchon.


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