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Lee Martin : Cet été-là

Par Stephanie Tranchant @plaisir_de_lire

Cet été-là de Lee Martin 5/5 (15-02-2017)

Cet été-là (320 pages) est paru le 9 février aux Editions Sonatine (traduction : Fabrice Pointeau)

 

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 L’histoire (éditeur) :

Tout ce qu'on a su de cette soirée-là, c'est que Katie Mackey, 9 ans, était partie à la bibliothèque pour rendre des livres et qu'elle n'était pas rentrée chez elle. Puis peu à peu cette disparition a bouleversé la vie bien tranquille de cette petite ville de l'Indiana, elle a fait la une des journaux nationaux, la police a mené l'enquête, recueilli des dizaines de témoignages, mais personne n'a jamais su ce qui était arrivé à Kathy. Que s'est-il réellement passé cet été là ? Trente ans après, quelques-uns des protagonistes se souviennent. Le frère de Katie, son professeur, la veuve d'un homme soupçonné du kidnapping, quelques voisins, tous prennent la parole, évoquent leurs souvenirs. Des secrets émergent, les langues se délient. Qui a dit la vérité, qui a menti, et aujourd'hui encore, qui manipule qui ? Avec ce magnifique roman polyphonique, littéralement habité par le désir et la perte, Lee Martin nous entraîne dans la résolution d'un crime à travers une exploration profonde et déchirante de la nature humaine.


Mon avis :

 « Si vous voulez écouter, vous allez devoir me faire confiance. Sinon, refermez ce livre et retournez à votre vie. Je vous préviens : cette histoire et aussi dure à entendre qu’elle l’est pour moi à raconter. » Page 15

Cet été-là, mercredi 5 juillet 1972, Katie Mackey, jeune fille de 9 ans issue d’une famille influente et riche d’une petite ville de l’Indiana, enfourche son vélo pour rapporter en vitesse les livres empruntés à la bibliothèque avant qu’elle ne ferme.  Katie ne reviendra jamais… sa bicyclette est retrouvée sur le trottoir non loin de l’établissement mais Katie est introuvable.

30 ans après, la parole est donnée aux divers protagonistes qui ont côtoyé l’affaire de près ou de loin, la famille, les personnes inculpées, les proches…chacun y va de son témoignage et très vite une forme de tension s’installe dans le récit, créant un malaise croissant à mesure que les chapitres passent, que les voix s’enchaînent et que les phrases sont lâchées.

« Ils disent que j’ai kidnappé une fillette en plein jour à un coin de rue dans Tower Hill. » Page 35

« J’observais –j’observais constamment-, et vous, vous autres qui ne vous ne vous souvenez même plus de mon nom, vous pensiez savoir exactement qui j’étais. » Page 37

« Il y avait toutes sortes de vies secrètes dans notre ville, et elles ressortaient tôt ou tard sur des lits de mort, dans des lettres, des rapports de police, des confessions murmurées. Pensez-y, c’était la vérité : inceste, drogue, suicide, adultère, incendies volontaires, vol, meurtre. Les déments et les éclopés. Tant d’âmes faibles. » Page 79

La force de ce livre tient dans le fait qu’il ne s’agit pas du tout d’une enquête criminelle (bien qu’on tente d’élucider la disparition de la fillette) mais seulement de témoignages directes au lecteur, sorte de confessions qui 30 ans plus tard raisonnent avec une force et une authenticité déconcertantes.

Lee Martin nous plonge dans les souvenirs des habitant de cette petite ville sans histoire, au cœur de cet été-là et avec beaucoup de puissance arrive à nous faire entendre la musique de l’époque, nous faire ressentir la simplicité de la vie, la chaleur étouffante de cet été, les disparités sociales, l’isolement des uns et plus que tout, les failles de certains protagonistes.

On ne s’attache ici à personne (excepté Katie, la grande absente, et peut être aussi son grand frère qui trainera toute sa vie la culpabilité d’une phrase…) mais ce n’est pas ce qui prime et ça n’a d’ailleurs aucun impact sur le plaisir de lecture ni sur l’attachement à l’intrigue.

Cet été-là est un roman vraiment fascinant. L’auteur nous offre une Katie tellement vivante en début d’ouvrage que le besoin de savoir ce que sa disparition cache, (autant que ces multiples voix), ne cesse de croître. Un souvenir, une phrase, un détail dans la mise en place des événement (que chaque parole permet de reconstituer) et dans l’enchaînement des faits ont quelque chose d’annonciateur.

Le drame est à portée de main évidement mais il faut petit à petit y arriver et au fur et à mesure que certains secrets sont dévoilés et que ces personnages s’affranchissent de leurs défauts, de leurs troubles, de leurs lubies et de leur fautes la tension grandit.

On s’imagine, on échafaude mais, même s’il y a une grande cohérence, impossible de réellement savoir. On reste dans le flou et c’est très perturbant… Qui sont réellement ces voix, quel lien ont-t-elles avec Katie ? Le pire est à venir et, sans coup de théâtre ni rebondissements spectaculaires, l’auteur nous offre un roman terrible, malsain qui gagne en intensité grâce à cette atmosphère si particulière qui oscille entre lumière et ombre, et des personnages très dérangeants.

« Le vrai caractère d’un homme se mesure à ce qu’il ferait s’il était sûr de ne jamais être découvert. » Page 87 


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