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Erri de Luca et la montagne

Publié le 08 mars 2017 par Onarretetout

Puisqu’il était souvent question de montagne dans l’entretien avec Erri de Luca, je me suis décidé à lire Le poids du papillon puis Sur la trace de Nives (plus directement lié au spectacle du Pôle de danse verticale dont j’ai vu quelques extraits en cours de création). 

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Dans le premier de ces livres, l’auteur raconte la fin d’une confrontation entre un chasseur et un chamois. Pour les gens de la vallée, c’est l’homme qui est le roi des chamois tellement il en a déjà tué. Mais pour lui c’est l’animal qui le nargue depuis si longtemps au point que leurs destins sont liés. Lui, c’est un homme sans femme quand le chamois domine le troupeau de ses femelles. Son admiration pour ce grand mâle tient aussi à la capacité de ce dernier à le voir venir, à prendre le risque de sauter dans le vide, à faire ce qu’avant lui d’autres chamois n’ont jamais fait. Et ils vivent tous les deux dans une sorte de solitude majestueuse. 

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Dans le second livre, Erri de Luca fait une escalade avec Nives, une alpiniste chevronnée, avec laquelle se noue un dialogue d’une grande richesse. Elle parlant de la montagne, du froid, du vent, du sommet qu’on n’atteint que pour en redescendre, de la solidarité et de la confiance. Lui parlant, dans ses réponses, du ciel qu’on ne touche pas, de l’écriture, de bombardements à Belgrade, du corps que notre siècle, bien qu’accumulant le progrès, ne soulage pas. « La neige, dit-elle, c’est de l’eau blanche, comme le papier… ». Et il répond : « J’entends des écrivains manifester un début de vide devant la feuille blanche. Comment la voulaient-ils, déjà écrite ? ». Il fait aussi une lecture de la Bible « alpiniste » : le mont Ararat, le Sinaï, l’échelle de Jacob, le discours dit « des béatitudes » sur une montagne… Elle, parle de « l’amour de gestes partagés, de mots rares ». Plus loin, ils parleront de l’abîme et elle dira : « Si je dois parler de l’abîme, il est au-dessus de moi et non autour. De toute façon il n’est pas vide, il est habité par le vent, ou plutôt le viento. J’aime le i espagnol. Il apporte un peu de Sud sur la paroi nord ».


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