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Tout ce qu'on ne s'est jamais dit de Céleste Ng

Par A Bride Abattue @abrideabattue
Tout ce qu'on ne s'est jamais dit de Céleste NgJe ne peux pas dire que Tout ce qu'on ne s'est jamais dit n'est pas une oeuvre intéressante mais je dois vous prévenir qu'il faut être particulièrement en forme pour plonger dans cette lecture et en ressortir indemne et sans se sentir déprimé.
L'action se passe aux USA, au cours des années soixante-dix, dans une petite ville étriquée où il est difficile de s'intégrer si on est un étranger, mais on pourrait en dire autant de beaucoup de cités françaises dominées par une certaine bourgeoisie qui impose ses codes (l'école qu'il faut suivre, le club de sport où l'on se montre, la boutique où l'on s'habille, le restaurant où l'on dine en famille ...).
Ce roman fait penser, en beaucoup plus sombre, à d'autres ouvrages comme Les armoires vides d'Annie Ernaux. Cette auteure pointe les sentiments contradictoires d'une femme en conflit de loyauté avec sa famille consécutivement à sa réussite. le propos de Celeste Ng est plus noir : elle démontre qu'on ne peut pas échapper à sa condition.
Un des aspects spécifiques de son propos est de souligner l'importance des diktats, comme celui de la "bonne ménagère" auquel Marylin voudrait échapper. Le rôle joué par Betty Crocker, un personnage imaginaire  inventé par la marque agroalimentaire américaine General Mills à partir des années 1920 est assez poignant. Les modèles français existent aussi en cuisine, mais ce sont des personnes qui ont réellement existé.
Lydia Lee, seize ans, est morte. Mais sa famille l’ignore encore…
Sa mère, Marylin, femme au foyer, rêve que sa fille fasse les études de médecine qu’elle n’a pas pu accomplir. elle-même. Son père, James, professeur d’université d’origine chinoise, a tant souffert de sa différence qu’il a hâte de la retrouver parfaitement intégrée sur le campus.
Le corps de Lydia gît au fond d’un lac. Accident, meurtre ou suicide ? Lorsque l’adolescente est retrouvée, la famille Lee, en apparence si soudée, va devoir affronter des secrets et des non-dits si longtemps enfouis qu’au fil du temps ils ont imperceptiblement éloigné ses membres, creusant des failles qui ne pourront sans doute jamais être comblées.
Celeste Ng aborde la violence de la dynamique familiale, les difficultés de communication et le malaise adolescent avec une intensité implacable.
Les critiques anglo-saxons ont salué la naissance d’un écrivain majeur et fait le succès de son premier roman, vendu à plus d’un million d’exemplaires depuis sa publication aux Etats-Unis en 2014. Sa présence dans la sélection du Prix des lecteurs d'Antony est justifiée par cette qualité. Je l'aurais néanmoins placé parmi les romans policiers même si les inspecteurs chargés de l'enquête ne se préoccupent guère de faire la lumière sur la mort de la jeune fille.
On présente le livre comme un page-turner, ce qui n'est pas très exact car on se doute qu'on ne saura jamais la vérité (pas davantage que dans un autre livre de la sélection, Au commencement du septième jour de Luc Lang) en ce sens que la responsabilité de la mort de Lydia ne peut pas être établie avec certitude.
En tant que mère, ce roman fait froid dans le dos. La violence familiale peut s'installer sans qu'aucun cri ne soit jamais prononcé. On peut faire le malheur de ses enfants en pensant en toute bonne foi les aider à bâtir un avenir heureux. Particulièrement lorsque les désirs de la mère ne sont pas compatibles avec ceux du père. L'enfant ne peut alors qu'être piégé dans une alternative truquée. Dans un tel contexte cet ouvrage pourrait être considéré comme un roman d'avertissement : Pour chaque action, il y a une réaction égale et contraire. (p. 212)
Tout ce qu'on ne s'est jamais dit de Celeste Ng, traduit de l'américain par Fabrice Pointeau, Sonatine, en librairie depuis le 3 mars 2016 en France

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