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Aller simple, poèmes d'Erri de Luca

Publié le 10 mars 2017 par Onarretetout

Pour conclure cette semaine en compagnie d’Erri de Luca, voici deux poèmes extraits du recueil Aller simple, dans lequel il écrit que ce sont « des lignes qui vont trop souvent à la ligne ». La traduction est de Danièle Valin.

Coro

Da qualunque distanza arriveremo, a milioni di passi
quelli che vanno a piedi non possono essere fermati.

Da nostri fianchi nasce il vostro nuovo mondo,
è nostra la rottura delle acque, la montata del latte.

Voi siete il collo del pianeta, la testa pettinata,
il naso delicato, siete cima di sabbia dell’umanità.

Noi siamo i piedi in marcia per raggiungervi,
vi reggeremo il corpo, fresco di forze nostre.

Spaleremo la neve, allieteremo i prati, batteremo i tappeti
noi siamo i piedi e conosciamo il suolo passo a passo.

Uno di noi a nome di tutti ha detto :
« Va bene, muoio, ma in tre giorni resuscito e ritorno ».

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Choeur

De toute distance nous arriverons, à millions de pas
ceux qui vont à pied ne peuvent être arrêtés.

De nos flancs naît votre nouveau monde,
elle est nôtre la rupture des eaux, la montée du lait.

Vous êtes le cou de la planète, la tête coiffée,
le nez délicat, sommet de sable de l’humanité.

Nous sommes les pieds en marche pour vous rejoindre,
nous soutiendrons votre corps, tout frais de nos forces.

Nous déblaierons la neige, nous lisserons les prés, nous battrons les tapis
nous sommes les pieds et nous connaissons le sol pas à pas.

L’un de nous a dit au nom de tous :
« D’accord, je meurs, mais dans trois jours je ressuscite et je reviens ».

Classifica del fuoco

Per primi partirono i filosofi, Marx, Hobbes, Cartesio, Schopenhauer,
infine anche Montaigne; autunno/inverno uno, Sarajevo.
Poi toccò ai romanzieri, Dumas, Dickens, Gogol’,
infine fu Shalamov a disfarsi nella stufa
coi suoi racconti della Kolimà, autunno/inverno due.
Quell’anno fino a maggio le parole patirono l’inferno per dare calorie.
Nel terzo dell’assedio bruciò lo scaffale del teatro,
prima Brecht, poi alla rinfusa Strindberg, Shakespeare, Racine,
infine con le lacrime anche Čechov.
Il quarto anno toccava alle poesie,
ma la guerra finì e le risparmiò.
Classifica del fuoco: ultima destinata la poesia,
in guerra la più urgente.

Classement du feu

Les philosophes partirent les premiers, Marx, Hobbes, Descartes, Schopenhauer,
et puis Montaigne aussi : automne/hiver un, Sarajevo.
Puis, ce fut le tour des romanciers, Dumas, Dickens, Gogol,
et Chalamov fut le dernier à se décomposer dans le poêle
avec ses récits de la Kolyma, automne/hiver deux.
Cette année-là jusqu’en mai les mots souffrirent l’enfer pour donner des calories.
La troisième année du siège brûla l’étagère du théâtre,
d’abord Brecht, puis pêle-mêle Strindberg, Shakespeare, Racine
enfin avec les larmes Tchekhov aussi.
La quatrième année c’était le tour des poèmes,
mais la guerre prit fin et les épargna.
Classement du feu : dernière à y être destinée la poésie,
en guerre la plus urgente.


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