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Detroiters/Crashing (2017) : des paumés sans le sou

Publié le 11 mars 2017 par Jfcd @enseriestv

Detroiters est une nouvelle série diffusée depuis le début février sur les ondes de Comedy Central aux États-Unis et Comedy Network au Canada. Se déroulant bien entendu dans la ville de Détroit, on y suit les péripéties de Sam Duvet (Sam Richardson) et de Tim Cramblin (Tim Robinson), deux jeunes trentenaires qui avec des moyens plus que limités tentent de diriger une boite de publicité qui a depuis longtemps perdu de son lustre. De son côté, Crashing est diffusée depuis la mi-février sur les ondes d’HBO aux États-Unis et au Canada. Son personnage principal, Pete (Pete Holmes) rêve de devenir humoriste professionnel, mais il semble qu’il ait négligé sa petite amie Jess (Lauren Lapkus) qui après avoir l’avoir trompé décide finalement de divorcer. Sans toit, Pete vagabonde sur les routes en compagnie de nouveaux copains du milieu qui ne peuvent s’empêcher de le prendre en pitié. Ces deux comédies composées de huit épisodes semblent avoir raté le train tellement elles nous paraissent d’un autre âge. Avec ces loosers qui multiplient les gaffes et dont les femmes nous sont dépeintes comme bonnes seulement à assouvir leurs désirs sexuels, il ne nous reste plus grand-chose pour nous fidéliser à l’écran.

Detroiters : Reflet d’un déclin

C’est le père de Tim qui autrefois était à la tête de la Cramblin Advertising et qui a dû faire des affaires d’or lorsqu’on regarde la taille de l’immeuble où il travaille, lequel est désormais presque vide. C’est avec son beau-frère Sam que Tim accepte presque tous les contrats qui lui tombent sous la main ; la plupart pour des petites entreprises locales comme un concessionnaire ou encore un détaillant de jacuzzis. La chance semble tourner lorsqu’ils font la connaissance par hasard de Carter Grant (Jason Sudeikis), le vice-président du marketing de Chrysler qu’ils cherchent à impressionner, mais leur rencontre pour obtenir un contrat tombe à l’eau. En fait, les deux jeunes hommes ont la fâcheuse habitude de faire passer leur plaisir avant le travail. Par exemple, au second épisode, ils plaquent tout pour un tour de moto pendant qu’ils confient l’un de leurs clients au garde de sécurité qui a plein d’idées de publicités.

Detroiters/Crashing (2017) : des paumés sans le sou

Dans un premier temps, on se rend compte que le titre de la série n’est pas anodin avec son contenu, loin de là. En effet, la ville qui autrefois était l’une des plus prospères des États-Unis ne fait que dépérir depuis son passage au 21e siècle, entre autres, en raison du déclin de l’industrie de l’automobile. Cela nous amène dans un premier temps à nous questionner sur l’omniprésence des motorisés durant les trois premiers épisodes. En effet, on apprend à la fin du pilote que jamais Grant de Chrysler n’envisageait de leur donner un contrat concernant la compagnie qu’il représente, comme quoi la ville et ses représentants ne sont plus dans le coup. Même chose la semaine suivante. Tim et Sam devraient pour l’efficacité de leur firme s’acheter une camionnette pour transporter le matériel de tournage, mais ils choisissent en fin de compte une motocyclette Ducati qui leur procurent moult émotions fortes, mais éphémères. Résultat : ils s’en débarrassent peu après. Dans la réalité, c’est la ville même qui voit sa population diminuer d’année en année (dans les années 50, elle comptait près de 1,8 million d’âmes tandis qu’après 2010, on n’en recensait qu’un peu plus de 700 000). Justement, dans l’épisode #3, c’est la politique qui est mise à mal alors que la conseillère Rachel Gwinnett est engluée dans les scandales de la mairie, en plus de payer Sam pour du sexe.

Malheureusement, cette prise de position se retrouve trop à l’arrière-plan avec les espiègleries du duo qui prennent tout le dessus. On étire inutilement les gags comme lorsqu’au premier épisode, on a droit à un bon 5 minutes où l’on voit Tim et Sam essayer de briser une vitre incassable de leur bureau ou dans le second alors qu’ils testent la solidité d’une voiture qu’ils comptent acheter. La stupidité l’emporte donc sur la critique sociale, ce qui est un peu trop courant à la télévision américaine…

Crashing : on ne sait quand ça atterrira

Quand on a un rêve, il faut s’y accrocher semble-t-il, puisqu’après plusieurs années de mariage, il n’y a que Jess qui paie les comptes. Pendant ce temps, Pete continue à se produire sans salaire dans des bars miteux en espérant être un jour reconnu. Mais voilà qu’un jour il la surprend au lit avec son amant Lief (George Basil), lequel éventuellement deviendra son ami, mais pour le moment, Pete n’a pour option que de fuir. Dans le premier épisode, il couche sur le divan d’Artie Lange, un humoriste et dans le second, il se lie d’amitié avec un autre : T.J. Miller. Celui-ci lui propose de le raccompagner chez lui la semaine suivante alors que Jess qui désire partir s’établir à Tampa Bay effectue une vente de garage de tout leur mobilier commun.

Crashing, cela fait référence bien entendu à quelqu’un qui voit sa vie réduite en lambeaux, mais la série en général manque de liant dans sa trame principale. C’est qu’en changeant d’humoriste et de lieux aux deux premiers épisodes, on s’attend à une sorte de road trip de Pete et d’une observation du milieu de l’humour de stand-up, mais l’épisode #3 nous renvoie à une forme plus traditionnelle de fiction alors qu’on s’épanche davantage sur ses problèmes de couple.

Detroiters/Crashing (2017) : des paumés sans le sou

En fait, on a droit à une « comédie de la morosité » dans la lignée des Better Things, Baskets et Sex&Drugs&Rock&Roll, toutes de FX qui sont déjà passées par-là et qui s’assument davantage que Crashing. Ici, on ne tire pas assez avantage de la prémisse qui aurait pu par exemple s’affairer à un peu mieux nous dépeindre le processus de création des humoristes, d’autant plus qu’ils se jouent eux-mêmes version caricaturale. Pas assez d’autodérision, on se contente de nous les montrer sur scène à livrer leurs monologues devant un auditoire plié en quatre tandis que c’est à peine si le téléspectateur trouve de quoi rigoler.

Enfin, reste le personnage principal dont les motivations demeurent toujours obscures après trois épisodes. Il rêve de devenir comédien, mais ne parvient jamais à dérider son public, et ce, bien qu’il se fasse offrir plusieurs opportunités de dernière minute. On peine à comprendre qu’il tienne à ce point à faire carrière dans l’humour alors qu’il n’a clairement pas le feu sacré. Peut-être que les fans de Pete Holmes (un véritable humoriste) y verront un superbe numéro d’autodérision, mais pour un public étranger, le courant ne passe pas.

N’ayant pas les mêmes attentes au niveau de la qualité et de l’audience, difficile de statuer sur l’avenir de ces deux nouveautés. Detroiters a rassemblé 447 000 téléspectateurs avec un taux de 0,23 chez les 18-49 ans et à la mi-saison, ces chiffres n’avaient pas trop bougé avec une moyenne de 371 000 (taux de 0,20). Du côté de Crashing, sa première a rassemblé 540 000 téléspectateurs (taux de 0,17) avec une moyenne de 385 000 (0,14) deux semaines plus tard. C’est un peu moins que Divorce et Insecure, deux comédies de la même chaîne qui ont été renouvelées à la fin de l’automne.

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