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Hannah, de Sarah Tschopp

Publié le 11 mars 2017 par Francisrichard
Hannah, de Sarah Tschopp

Encore une discussion qui débouchera sur son enfance, forcément. On en arrive jamais à bout de cette histoire. Et blablabla, traumatismes et perte du sentiment de sécurité lors des premières années de vie, c'est bon, on a compris.

Hannah Weber se connaît bien elle-même. C'est elle qui se parle ainsi tandis qu'elle se dispute avec Paul dont elle craint l'abandon. Elle se souvient de la vie chaotique que ses deux parents lui ont fait mener quand elle était petite et qui l'a façonnée malgré qu'elle en ait.

Hannah ne se raconte pas enfant. Sous la plume de Sarah Tschopp, elle redevient réellement l'enfant qu'elle était, avec ses mots, ses pensées, ses émotions d'alors. Une petite fille qui souffre quand ses parents se disputent et qui se réjouit quand ils se manifestent encore leur amour:

Papa et Maman se sont séparés, ça veut dire qu'ils vont plus dormir ensemble, mais ils sont toujours mariés et ils sont toujours mes parents. Ils vont pas divorcer, parce que c'est pas nécessaire. Je sais pas pourquoi les autres gens divorcent, mais chez nous, non.

Hannah vit à moitié chez l'un, à moitié chez l'autre. Si Maman vit avec son amie Mia, qui n'aime pas du tout Papa mais qui aime Maman, Papa a Ingrid dans sa vie. Et Hannah est heureuse que ni l'un ni l'autre ne soit seul. Même si elle préfèrerait qu'ils soient de nouveau tous trois ensemble:

Papa est toujours gentil avec Maman maintenant, depuis qu'ils habitent plus ensemble ça va beaucoup mieux.

Maman est malade. Le crabe l'a atteinte. Cela ne l'empêche pas de s'occuper généreusement des autres et de prendre sa maladie avec humour: Maman rigole de choses même pas drôles. Une fois je lui ai demandé pourquoi et elle a dit que c'est ça l'humour juif, de rire quand c'est pas drôle:

Maman dit que l'humour c'est le meilleur médicament, et que ça coûte moins cher que ces pilules à la con.

Beaucoup de personnes s'occupent d'Hannah quand Maman est à l'hôpital: Papa, Mia, Ingrid, Mamie Jeanne, la maman de son amie Lena. Mais elle est triste parce que Maman n'est plus là: Elle est quelqu'un de mort. Et moi je suis quelqu'un qui a plus de maman. Et ce sentiment d'abandon devient un jour réalité...

Avec Papa, qui a trouvé un nouveau travail et qui est triste parce qu'Ingrid n'a pas voulu venir avec eux deux, Hannah quitte sa ville et son amie Lena. Elle revient voir Mia, régulièrement, pour ne pas la laisser seule. Elle, qui sait lire et écrire en allemand, doit maintenant faire de même en français...

Aujourd'hui Hannah se repasse ses souvenirs. Elle est à la fois devenue autre et restée elle-même. Elle a grandi certes - elle a par exemple découvert le goût de l'effort- mais elle a toujours grand coeur - elle ne veut faire de mal à personne - et est d'un naturel volontiers protecteur.

Mais ses amours ne sont-elles pas à l'image de celles de ses parents: Elle n'est pas bien fière d'avoir été un tel coeur d'artichaut et, soyons honnêtes, de l'être toujours au fond? Quant à sa famille, décomposée par les êtres et les circonstances, elle ne peut imaginer qu'elle puisse renaître un jour sous une forme rêvée...

Francis Richard

Hannah, Sarah Tschopp, 160 pages Éditions Encre Fraîche (à paraître)


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