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Intermezzo sicilien, mon billet dans le magazine 95° - Printemps 2017

Par Reginezambaldi

Intermezzo sicilien, mon billet dans le magazine 95° - Printemps 2017

En quittant l’aéroport de Palerme, on longe encore la mer,et puis la route s’enfonce un peu plus dans les terres ; le paysage devient très aride, presque désertique par endroits ; quelques touffes d’herbes sèches, grillées de soleil, tentent de s’imposer au milieu des cailloux.De temps en temps, le regard accroche une maison sans toit, aux fenêtres béantes. Il fait chaud comme en septembre, c’est à dire, sans la torpeur du plein été.
Même si Agrigente et la splendeur de ses temples ne sont pas très loin, cette partie de la province du même nom reste quelque peu préservée du tourisme, et je m’en réjouis. La voiture file vers le Verdura Resort, enclave côtière, près de la petite ville de Sciaccia, ancienne station balnéaire découverte par les Grecs. Dans la cour de son Hôtel de Ville, qui fut autrefois un couvent, devant les colonnes sombres, un peu austères et les murs aux stucs rongés par les ans, comment ne pas penser à Giuseppe Tomasi, prince di Lampedusa, qui avait une maison dans la région : je me prends à rêver aux charmes aristocratiques surannés de son Guépard et la poésie des noms de lieux fait le reste… Donnafugataindique un panneau – une femme amoureuse qui aurait fugué…
Le Verdura Resort est une oasis aux couleurs mauresques le long d’une plage tourmentée par des vagues vert jade, des palmiers qui se cabrent contre le ventet des champs d’oliviers à perte de vue. Son luxe est celui de l’authenticité : celle des matières naturelles, bois, lin, céramiques, et surtout des produits de sa cuisine, magnifiés entre autres, par le chef sicilien, de renommée internationale, Gianluca Interrante.
Il aime parler de sa terre, tout en préparant devant des invités conquis d’avance, des busiate à la Norma : Gianluca explique que c’est le dramaturge du début du XXème siècle, Nino Martoglio qui aurait comparé ce plat à la perfection de l’opéra éponyme de Bellini, en s’écriant : è la Norma ! Les aubergines, le légume sicilien par excellence, dodues, brillantes, dorent dans la poêle avec les tomates, gorgées de soleil, – émiettées à la main pour en préserver le goût - le basilic, l’ail. Il mélange ensuite le tout aux busiate, ces petits cylindres de blé dur tressés, originaires de Trapani, qui existaient déjà au XVème siècle. Au moment de servir bien chaud, surtout ne pas oublier la ricotta !
C’est encore la ricotta qui jouerales premiers rôles au dessert,dans la cassate, parée de fruits confits et de pâte d’amandes verte - mais avant de nous laisser devant ce bijou sucré, Gianluca nous livre, au passage, un secret aussi simple que succulent : il fait chauffer jus d’orange et huile d’olive, deux produits locaux sublimés, en remuant doucement : leur réduction émulsionnée donne un sirop doré, inattendu et délicieux sur quelques haricots verts tièdes (cuits à la vapeur ?) du potager de l’hôtel.

Et la caponata, cette préparation à base de câpres ? Chaque famille s’enorgueillit d’avoir la nonna qui en détient la meilleure recette, comme chez nous, la ratatouille. Une de mes préférées est celle du restaurant familial Mates, niché dans le dédale des ruelles du petit village haut-perché de Caltabellotta. Mais ceci est une autre histoire…

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95° - Printemps 2017


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