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Joseph Brodsky – L’amour est bien plus fort que la séparation…

Par Stéphane Chabrières @schabrieres

Joseph Brodsky – L’amour est bien plus fort que la séparation…L’amour est bien plus fort que la séparation,
mais la séparation plus que l’amour durable.
Plus la pierre sculptée offre de séduction,
plus l’absence de chair sous nos doigts est palpable.

Lever les pieds au ciel, tu n’en es pas capable,
car tu es de granit, tourment sans rémission.
Malgré six bras, comme Shiva, nulle passion
ne peut lever ta jupe, et c’est bien regrettable !

Tant d’eau a pu couler ainsi que tant de sang
(si c’était du sang bleu !), qu’importe en ce moment :
l’angoisse encor m’étreint de ce qui nous éloigne

et je t’aurais sculptée en verre transparent
plutôt qu’en ce granit afin que tu témoignes
d’un regard qui te perce en adieu déchirant.

*

Любовь сильней разлуки, но разлука
длинней любви. Чем статнее гранит,
тем явственней отсутствие ланит
и прочего. Плюс запаха и звука.
Пусть ног тебе не вскидывать в зенит:
на то и камень (это ли не мука?),
но то, что страсть, как Шива шестирука,
бессильна, — юбку он не извинит.

Не от того, что столько утекло
воды и крови (если б голубая!),
но от тоски расстегиваться врозь
воздвиг бы я не камень, но стекло,
Мари, как воплощение гудбая
и взгляда, проникающего сквозь.

*

Love is more powerful than separation, but
the latter is more lasting. Plus, the greater
the statue, the more palpably it ain’t her.
Her voice, her wits, smell, finally, are cut
off. While one blames it on the granite that
you won’t kick up your legs to starry heights, for
so many fingers’ failure to decipher
your petticoats, one has to punish but

one’s awkward self. It’s not ’cause so much blood
and so much water —equally blue—
have flowed under the bridge, but since the brass
bed screams at night under a lonely lad,
I’d have erected, too, a stone for you,
but I would cut it in transparent glass.

***

Joseph Brodsky (24 mai 1940, Léningrad, Russie – 28 janvier 1996, New York)Vingt sonnets à Marie Stuart (Éditions Les Doigts Dans La Prose, 2014) – Traduit du russe par Claude Ernoult – Traduction anglaise de Peter France revue par l’auteur



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