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Vaiana, retour aux fondamentaux Disney

Par Balndorn
Vaiana, retour aux fondamentaux Disney

Souvenons-nous du concert de louanges féministes qui avait accueilli Vaiana, la légende du bout du monde à sa sortie. La critique de Madmoizelle ne tarit pas d’éloges envers « un nouveau Disney qui confirme la volonté du studio de mettre en scène des héroïnes fortes et débrouillardes ! ».  
Certes, Vaiana poursuit intelligemment le processus de déconstruction de la princesse Disney entamé depuis Raiponce (Byron Howard et Nathan Greno, 2010) ; mais ce mouvement de déconstruction signifie d’abord un retour aux fondamentaux du conte disneyen.
La princesse et l’aventure

Il faut effectivement noter des progrès remarquables dans le traitement de la princesse Moana. Elle est légèrement ronde, mais nettement moins que les musclées Polynésiennes ; elle a le teint hâlé, quoiqu’encore bien clair ; et surtout, contrairement à toutes les autres princesses Disney, elle ne tombe pas amoureux d’un homme. L’indépendance d’une jeune femme décidée à s’affirmer en tant qu’individu, sans passer par l’homme salvateur, est la seule chose vraiment singulière de Vaiana.  
Car sous ce discret changement de vernis, que le service marketing de l’entreprise a su vendre comme une révolution féministe, rien ne change dans l’ossature de la fable disneyenne. La princesse reste une aristocrate – elle est la fille du chef local et la descendante d’une longue lignée de rois –, vit de sentiments nobles et est animée par la soif de l’aventure : reprendre la mer alors que son peuple s’enterre sur une île où la nourriture se fait de plus en plus rare.  
Tous les fondamentaux du conte d’initiation restent donc soigneusement en place, aucunement troublés par les quelques remous vaguement féministes à la surface. Disney conserve le même discours que dans l’infâme Roi Lion (Roger Allers et Rob Minkoff, 1994) : l’apprentissage politique et moral d’un jeune chef en vue de guider un peuple incapable d’agir de lui-même, à l’instar de ces Polynésiens qui ne bougent que lorsque leur chef les y autorise.
Une animation Disney épurée

Au lieu d’une « révolution féministe », il vaudrait mieux parler d’« épure » dans les productions animées actuelles de Disney. Les créations des dernières années tendent à revenir à la charpente même du récit d’aventures, qui devient la matrice même du film ; ce qui est superflu, en particulier les gloubi-boulgas des princesses qui sont comme le talon d’Achille de Disney, part à la trappe. Le caractère « féministe » des nouvelles princesses vient probablement de cet intérêt des personnages pour l’aventure en tant que telle.
Ceci est très net chez Vaiana, le processus de déconstruction des princesses devenant matière à blagues. « Tu es jeune, fille d’un chef et tu as un animal de compagnie, tu es forcément une princesse », se moque Maui, le demi-dieu que Moana doit ramener au centre de l’océan. Film méta sur l’univers Disney, Vaianafait de l’aventure en mer l’emblème d’une firme renouvelée.  
Mais en restant rattachée à une mythologie filmique où tout a la couleur de la naïveté, Vaiana ne va pas aussi loin que le précédent Disney, Zootopie. Sans princesse, sans animaux de compagnie, et avec une bonne dose de noirceur et de cynisme quant à la soif de pouvoir politique, Zootopie représente un OVNI dans l’univers Disney, dans la mesure où il se suffit à lui-même. Là où Vaiana propose, à l’image de son héroïne, de reprendre la route vers de nouveaux territoires, sans rien changer au navire de l’entreprise.

Vaiana, retour aux fondamentaux Disney

Vaiana, la légende du bout du monde, de Jon Musker et Ron Clements, 2016  

Maxime  



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