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Pas d'éclairs sans tonnerre, de Jérémie Gindre

Publié le 01 avril 2017 par Francisrichard
Pas d'éclairs sans tonnerre, de Jérémie Gindre

La vallée était un mémorial, une machine à remonter dans le temps. En érodant une par une les strates du sol, la rivière avait creusé une énorme fouille archéologique.

La vallée, dont parle Jérémie Gindre, est celle de la Frenchman, sur les rives de laquelle, pendant des siècles, des êtres vivants ont laissé des traces. Là habite Donald, un garçon qui n'est pas comme les autres et se révèle curieux de comprendre d'où provient le pays qui l'entoure à partir de ces traces.

Les parents de Donald sont des agriculteurs de la Saskatchewan, cette province de l'ouest canadien, où coule doucement cette rivière, au milieu de la Prairie. Ils se disputent souvent, sa mère voulant changer de vie, ce que son père refuse obstinément. Pour Donald la vie à la ferme est merdique.

Les grands-parents de Donald habitent la ville du coin, Eastend. Souvent Donald y trouve refuge et y dort. Avec d'autres habitants de la ville, ces derniers ont fondé une société historique et mis en place un musée, ce qui a sans doute contribué à susciter en lui son appétit raisonné des origines. 

Un jour son père lui apporte à la maison une pointe de flèche indienne. A l'instar de son grand-papa, il commence à en faire collection, non pas, comme d'autres le feraient, pour leur valeur mais pour leur technique. A partir d'elles, il fabrique des flèches et, pour les ranger, un carquois...

Les premières traces que Donald rencontrent sont donc celles de ce qu'il est convenu désormais d'appeler les premières nations. Le cinéma de l'époque, la lecture des bulletins du Bureau américain d'ethnologie lui apportent des éléments sur elles, qu'il engrange avec discernement.

Sur la rive de la Frenchman, Donald découvre les restes d'un squelette. Il s'avère qu'il s'agit d'os de brontothérium (une bête pataude, tout à fait semblable au rhinocéros mais affublée de cette double corne arrondie), comme la Société Historique en a déjà de nombreux exemplaires à l'étude... 

Quelques années plus tard, après avoir lu une brochure à la bibliothèque, il ira, avec son cousin de Calgary, Andrew, à l'insu de leurs parents, visiter le site préhistorique de Writing-on-Stone, au bord de la rivière Mix. Là il rencontrera ses premiers pétroglyphes, des figures simples, de la taille de la main.

Toutes ces traces sont les prémices d'une vocation pour l'archéologie qu'il étudiera à l'université de Lethbridge, tout au sud de l'Alberta, dernière agglomération de la Prairie avant les Montagnes rocheuses. A l'issue de la première année, il passera l'été sur le chantier de Head-Smashed-In.

Avant que les Indiens ne les chassent avec des arcs et des flèches, à pied puis à cheval, ils précipitaient les bisons par la ruse, du haut d'une falaise, à ladite Tête fracassée, où ont été retrouvés les restes de dizaines de milliers d'entre eux, dont Donald ne verra un individu vivant que l'année suivante:

Son poitrail paraissait complètement disproportionné, rattaché par erreur à cet arrière-train tout svelte. Une épaisse fourrure couvrait la partie antérieure de son corps et s'arrêtait net sur les côtes comme si le bison portait un pull trop court.

Pour comprendre les premières nations, Donald s'investira personnellement toujours davantage. Et se rendra finalement compte qu'il n'y a Pas d'éclairs sans tonnerre, version locale de pas de fumée sans feu, même s'il y a, dans toute existence, une part d'imprévisible, qu'il est bien difficile d'interpréter.

Francis Richard

Pas d'éclairs sans tonnerre, Jérémie Gindre, 240 pages Zoé (en librairie le 6 avril 2017)


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