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[Redite] Quand un piposophe analyse le Front National

Publié le 02 avril 2017 par H16

Article paru initialement le 28 mars 2013

La campagne bat son plein, ou plutôt, avec Macron, elle bat son creux et avec ce dernier, elle nous donne même l’occasion de revenir sur les « propositions » du Front National. Contrepoints, à ce sujet, revient régulièrement sur les idées plus ou moins consternantes de Marine Le Pen, la candidate du Front. Le quotidien libéral n’est pas le seul puisqu’au milieu des troupes bigarrées des gauches diverses et alternatives, des brassées de philosophes inspirés se sont lancés dans l’analyse du phénomène frontiste. En 2013, c’était Stiegler qui se lançant dans l’aventure…

Si vous lisez des choses intéressantes et sensées, vous ne connaissez probablement pas Bernard Stiegler. Parfois, une petite pause-rigolade est nécessaire pour se décontracter de toutes ces choses intéressantes et sensées qu’on lit avec application. Et c’est là que Bernie la Philo entre en jeu. Ce qui tombe bien, c’est qu’il a récemment pondu un recueil de ses meilleures blagounettes sur le Front National au titre violemment évocateur de « Pharmacologie du Front national » et qu’il en parle abondamment dans un article sur Atlantico. Poilade.

Avant d’essayer de décrypter les pitreries de Bernie, il faut se rappeler qu’il n’en est pas à son premier essai. C’est à la fois un habitué de la production piposophique industrielle et un familier de ces colonnes puisqu’on se souvient de son acoquinement avec Philippe Mérieu qui lui avait permis d’exsuder un pesant ouvrage sur l’éducation, « L’école, le numérique et la société qui vient ». (Oui, Notez que c’est bien le titre, qu’il n’y a eu aucune retouche photo, c’est du brut de décoffrage, c’est comme ça, paf, direct, dès la couverture on assomme l’unique lecteur du livre). Il manque un peu de pandas et des chats mignons, mais on a déjà un beau pot-pourri de ce qu’on peut faire en matière de gloubisophie de combat.

bernie la philoCette fois-ci, Bernie a donc choisi de nous entretenir du Front National et il a décidé de sortir un livre pour lutter. C’est un livre de combat. Tout comme les grenades existent en plusieurs modèles (défensives, offensives et à plâtre), Bernie nous fait un livre modèle de combat, version offensive (et à plâtre aussi) : le poids et la taille de l’ouvrage permettent de le lancer vivement en direction d’un groupe de frontistes, par exemple. Et sinon, on peut aussi le lire, à l’occasion.

Et là, stupéfaction : on découvre qu’on nous a menti. Dans les années 80, le Front National ne s’est pas développé grâce à Mitterrand et au Parti Socialiste qui auront agité, à qui mieux-mieux, l’épouvantail du racisme par le truchement de SOS Racisme. Non ! Rien à voir. Bernard, il a tout compris : si le FN s’est à ce point développé, c’est parce que Jean-Marie se faisait passer pour Ronald. Oui, le père Le Pen voulait selon notre piposophe se faire passer pour le Reagan français.

Fichtre.

Et cela continue avec Marine : la fille a masqué le discours ultra-libéral fondamental du FN. Eh oui. Ce fameux discours ultra-libéral à base d’intervention étatique à tous les étages. Ce discours ultra-libéral de fermeture des frontières que notre vaillant piposophe, armé de ses dix doigts, aura découvert après une longue fouille sous l’épais nationalisme étatique buissonnant qu’il admet lui même trouver aussi dans le parti d’extrême-droite, dans un touchant aveu de confusion mentale difficile à décrypter dans sa tornade de termes compliqués.

Fichtre².

Et comment le FN arrive-t-il à camoufler son ultra-libéralisme galopant derrière tout ces gros nuages de fumée étatiste ? Eh bien il lui suffit d’instiller, je cite, « la perte du sentiment d’exister ». Ici, Bernard est un peu confus (trois fois rien, mais tout de même). Il fait quelques gestes vagues de ses mains pendant que ses yeux fixent le plafond. Il ne faut pas se perdre dans un détail, au risque, justement, de perdre ce sentiment d’exister.

(À tout hasard, j’encouragerai cependant Bernard à propulser l’une de ses tempes sur un coin de table : le sentiment d’exister, même très très perdu, reviendra alors très très vite.)

Mhoui vous la voyez la bonne grosse louchée de n’importe quoi ? Non ?

Je vous réexplique, c’est très simple : selon Bernard Stiegler, ce phare de la pensée moderne passé en mode stroboscopique (attention : l’utilisation prolongée peut provoquer migraines & hallucinations), le Front National est comme ces spécialités laitières industrielles un peu louches dans lesquelles on trouve une couche de yaourt insipide qui camoufle un coulis translucide de fruits indéterminés : sous une (abondante) couche d’étatisme et de nationalisme se cacherait un (délicieux ?) coulis d’ultra-libéralisme au contenu garanti en bifidus. Bifidus d’ailleurs si actif qu’il a manifestement beaucoup trop facilité le transit intestinal de Bernard qui en a mis partout dans son livre.

On comprend que pour avoir découvert ce fameux coulis, le Bernard a du s’avaler des litrons de yaourt fadasse, ce qui n’est pas sans conséquence sur sa propre production intellectuelle. Ce fut un sacerdoce, mais, au bout d’une telle épreuve, le Professeur Stiegler a trouvé (en plus du coulis d’ultra-libéralisme avec de vrais morceaux de capitalisme illimité dedans) un moyen pour combattre le FN ! En somme, Stiegler a trouvé une solution (pas aqueuse, manifestement) pour dissoudre le FN dans son analyse. C’est très fort. Et sa « solution » est simple : il faut élaborer une alternative au parti d’extrême-droite.

Eh oui : finalement, les idées les plus connes simples sont les plus bankables efficaces pour notre piposophe gobeur de yaourts à coulis. Et d’après lui, elles marcheront d’autant mieux que les électeurs du FN sont des abrutis. Oh. Pardon. Non. Ce n’est pas ce qu’il laisse comprendre puisqu’il nous dit en réalité que ces électeurs « souffrent plus que les autres d’une bêtise qui nous affecte tous » (autrement dit : « on est tous également bête, mais ça se voit plus chez eux que chez moi » – Confidence pour confidence, mon brave Bernard, c’est raté.)

On peut cependant se demander pourquoi aucune alternative ne semble émerger au point qu’il faille faire appel à Bernie la Philo. Pourquoi ni le Parti Socialeux (rires sur la droite), ni l’Union pour un Mouvement Perpétuel (rires sur la gauche) ne peuvent se poser en alternatives crédibles à l’abhôminable Front National ? Selon Stiegler, c’est très simple : c’est parce que tout le monde a arrêté de penser :

« Cela fait 30 ans que le monde intellectuel a cessé de penser et de critiquer tout cela. Une sorte de complicité moite et parfois même poisseuse s’est installée. »

Pourquoi s’est-il arrêté ?, peut-on immédiatement poser comme question à notre piposophe. Question à laquelle il répond par un Niagara de références et de name-dropping qui, même poussé dans le décodothron donne ce qui suit et qui n’est pas encore bien clair :

« Parce que. Parce que bon. Parce que en fait tu vois Adorno, Horkheimer, Foucault et Deleuze et je relance d’un Dérida et youplaboum je t’embrouille et je conclus par Milton Friedman et kamoulox. Comment je t’ai emballé le truc. Ahem. Oui enfin disons que si plus personne ne pense, plus aucun philosophe de gauche (sauf moi, bien sûr) n’essaye de comprendre pourquoi le FN s’est à ce point développé, c’est à cause, bien sûr, de l’ultralibéralisme et du méchant consumétisme débridé et tout le tralala. »

Un goldorak au développement synaptogénétique remarquable !

Oui, sa petite fixette sur l’ultralibéralisme et le nuage de mots rigolos qu’il a confectionné en s’enfilant son yaourt ressemble de plus en plus à un trouble obsessionnel compulsif, mais voilà : ça marche suffisamment pour lui valoir une place au chaud dans l’un ou l’autre organisme étatique (que l’ultralibéralisme / le consumétisme / le capitalisme n’a pas réussi à démanteler, apparemment)…

Je résume : sous une énorme couche d’étatisme, de nationalisme et de socialisme, le Front National est ultra-libéral. Il n’y a pas d’alternative crédible actuellement. Il faut lutter, par exemple en écrivant un livre. Et si rien n’est fait, eh bien le FN sera au pouvoir en 2017. Enfin, « sera », il y a encore quelques incertitudes :

Le facteur d’improbabilité des issues est alors extrêmement grand, ce qui fait que tout est possible à travers le jeu de grandes tendances.

Eh oui, c’est comme le loto, m’ame Ginette, à mi-chemin entre le ptêt-bien que oui et le ptêt-bien que non, c’est là que s’ébat joyeusement le piposophe politique dont plus rien ne rattache la pensée avec une quelconque réalité de terrain. Ce qu’il confirme d’ailleurs avec cette tirade, d’un optimisme béat assez affolant :

Je pense que le président de la République et le premier ministre sont capables de tirer les leçons de trente ans d’errance

Ou pas. Il faut bien comprendre que tous ces « facteur d’improbabilité des issues » qui se mêlent dans une grande partouze cosmique de variable multivaluées, ça rend tout bizarre et il devient très difficile de prédire quelque chose, surtout l’avenir. Le plus drôle est qu’alors même que Stiegler étale son inculture crasse du libéralisme et sa compréhension franchement différente de la politique française, un autre article, sur le même site nous apprend que les Chinois ont eux ouvertement choisi plus de libéralisme pour sortir leur nation de la pauvreté.

Comme tant d’autres en France, Stiegler démontre qu’il n’est pas du tout outillé pour comprendre la montée du FN. Il ne voit pas que ce parti est devenu l’exutoire, le défouloir de tant de Français lassés de l’autisme permanent et entretenu par toute une classe politique au sujet de leurs problèmes. Il ne voit pas non plus que ce parti n’a jamais eu de colonne vertébrale idéologique solide : tant le père que la fille le conduisent comme on conduit un esquif dans la tempête politicienne française. On ne peut pas retirer aux barreurs une certaine dextérité, mais le cap a toujours été secondaire puisqu’il s’est toujours agi d’être dans le sillage des grands partis pour récupérer leurs naufragés, déçus et cocus des promesses toutes aussi débiles les unes que les autres qu’ils n’ont pas arrêté de faire pour se maintenir au pouvoir.

Et tout l’avantage du FN réside justement dans le fait qu’il n’a jamais été au pouvoir : il est dès lors bien plus facile de vendre du rêve, de la non-compromission, des idées dites neuves puisque de toute façon, on ne les entend pas dans les autres partis. Ce que Stiegler refuse de voir, incapable d’envisager le monde autrement que noyé dans le libéralisme, c’est que le FN est un parti qui, s’il avait très vaguement des velléités libérales dans les années 70, les a progressivement toutes abandonnées pour ne plus être qu’un parti nationaliste et parfaitement socialiste, en témoigne le nombre de sympathisants et encartés PC et PS ouvertement passés dans les rangs FN.

Et c’est précisément parce que c’est un parti socialiste comme tous les autres, parce que Stiegler réclame encore plus de socialisme, et parce que lui comme les médias fustigent le libéralisme qu’on ne trouve aucune alternative audible.

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