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James Renner : Version officielle

Par Stephanie Tranchant @plaisir_de_lire

Version officielle  de James Renner   3.75/5 (27-03-2017)

Version officielle   (460 pages) est paru le 9 février 2017 aux Editions Super 8 (traduction : Caroline Nicolas).

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L’histoire (éditeur) :

Professeur d’histoire, Jack Felter revient à Franklin Mills, sa petite ville natale de l’Ohio, où son père, pilote à la retraite atteint de démence, est en train de perdre la mémoire. Ce retour forcé ravive de douloureux souvenirs : celui de Samantha, la fille dont il tomba amoureux, aujourd’hui mariée à Tony Sanders, ex meilleur ami devenu psychiatre. Sauf que Tony a disparu depuis maintenant 3 ans, et est présumé mort.
Jack décide de se lancer à sa recherche, mais le seul qui semble capable de lui apprendre quelque chose est Cole Monroe, le dernier patient de Tony – un garçon de 16 ans soigné pour paranoïa. Jack est contraint de faire cause commune avec lui pour suivre la trace de son ami. Leur quête – sidérante – va les mener de Manhattan à des structures secrètes enfouies sous les Catskills, pour s’achever sur une île secrète du Pacifique.
L’enjeu ? Aux frontières de la folie et du temps, percer le mystère du Grand Oubli, cette gigantesque conspiration chargée de dissimuler certains évènements de notre Histoire.

Mon avis :

C’est par la découverte, autour du mémorial dédié aux victimes du 11 septembre (vol 93) en Pennsylvanie, d’une montre portant l’inscription « Tony Sanders 1978-2012 RIP » tenue fermement par ce qui semble être une main de singe tatouée d’une croix gammée que s’ouvre le roman…

Et ce qui aurait même dû s’intituler « prologue » portant la mention « épilogue »…

Déroutant et très énigmatique !

Et c’est véritablement les deux adjectifs qui restent collés à l’esprit durant toute la lecture, pace que James Renner nous entraîne dans un très étrange roman. Un roman farfelu et très imaginatif  (entre science-fiction, enquête policière …) et  qui étonnement se révèlent d’une grande crédibilité (comme derrière tout ça se cachait une sorte de récit journalistique). En effet, l’auteur réussit avec naturel à inscrire les informations et les développer  dans notre réalité, à leur trouver une véracité en s’appuyant sur des faits précis et véridiques.

Lorsque le professeur d’histoire trentenaire Jack Felter retrouve la maison familiale  de Franklin Mills, afin d’épauler sa sœur (maman célibataire de 31 ans) à gérer  leur père atteint d’une forme de sénilité, il ne s’attend absolument pas à se retrouver embarqué dans l’aventure qui va suivre.

Sam, son ancienne amie, lui demande de l’aide pour retrouver le corps de Tony son époux (et ancien meilleur ami de Jack) afin que celui-ci, disparu depuis 3 ans, soit enfin déclaré mort et qu’elle puisse toucher l’assurance vie. Mais le seul cadavre qu’il remonte à la surface est celui du frère de Sam, un homme violent et malsain qui semble-il a été assassiné. Par qui ? Pourquoi ? Et qu’est devenu Tony ?

C’est en menant l’enquête et en essayant de remonter sur ses traces, notamment à l’hôpital où il travaillait sur le cas de Cole, un nouveau patient âgé de 13 ans, atteint de schizophrénie paranoïde, que Jack va se retrouver dans un histoire plus folle que folle !

«  Le Capitaine pensait avoir le temps de dire à Jack pourquoi ce n’était pas une bonne idée d’aller fouiller le fond du lac Claytor. Il pensait qu’ils auraient un moment en tête à tête une fois que les autres seraient couchés. Assez de temps pour expliquer tout ce qui avait besoin  d’être expliqué avant que son fils les foute tous dans la merde la plus totale. Mais dès que Jack  mit le pied dehors, le Capitaine sentit sa lucidité s’obscurcir, comme su ion avait placé un voile de mousseline par-dessus une lampe. » Page 71

« « Vous avez déjà entendu parler de l’allégorie de la caverne, de Platon ? »

Jack sentit un frisson le parcourir.

« Oui, répondit-il. Tony me l’a expliquée.

-C’est un peu pareil. Vous êtes dans la caverne et de dois vous en faire sortir avant que vous puissiez retrouver votre ami. Je crois que c’est pour ça qu’il est parti sans moi.

-Pourquoi est-ce que tu ne me dis pas tout de suite où il est, et on verra comment ça se passe ? »

Cole éclata de rire.

« Ça ne va vraiment pas être facile. » Page 108

Ah si ce début de roman vous faisait penser à un gentil roman policier dans une petite ville où tout le monde se connaît, où un méchant est assassiné et où les histoires de cœur vieilles de 10ans refont surface, vous vous tromper lourdement ! Attention, embarquement immédiat pour un roman surprenant qui vous fera douter de tout, qui vous plongera dans les méandres de la paranoïa, qui vous entrainera dans un LONG périple pour la vérité aux côtés de personnages soignés et auxquels ont rapidement attaché.

Si Version Officielle se révèle aussi haletant que prenant, c’est aussi une intrigue riche et dense qui devient à mesure que l’on s’y enfonce de plus en plus déroutante, riche en théories conspirationnistes les plus délirantes les unes que les autres.  Tout ceci parait bien difficile à accepter mais James Renner  s’en sort super bien et c’est finalement tellement gros qu’on avale l’ensemble sans trop froncer les sourcils et même plutôt inquiet en se disant : « et si c’était vrai…. »

En quelques mots : prenez la Quatrième dimension, X Files, Complot, Ennemi d’état, Lost. Mixer le tout, server ça avec une écriture fluide et prenante, agrémenter ça d’une enquête policière, d’une réflexion pertinente sur la mémoire et vous obtenez Version Officielle. Un roman impressionnant, pas toujours facile à lire mais sans temps morts et vraiment captivant !

« Le Capitaine n’avait jamais accepté son choix de profession (« Les écoles publiques, c’est comme ça que les socialistes endoctrinent les masses. »), mais il avait oublié que son fils était enseignant dès que la démence s’était installée. Jack se demandait s’il n’y avait pas une part de subconscient de son père qui présidait à la destruction de ses souvenirs, un algorithme qui orchestrait ses pertes de mémoire. Un joyeux contremaître de l’esprit. Non syndiqué, bien sûr. »  Page 40

L’intrigue et l’imagination fertile (si tout ceci en est issu…) de l’auteur se développent harmonieusement et les coups de théâtre viennent diaboliquement pimenter tout ça qui, bien que parfois très poussé n’en demeure pas moins croustillant.

En bref : Version Officielle va remettre beaucoup de choses en question (attaques du 11 septembre, la disparition du vol 370 de Malaysia Airlines, le dénouement de la seconde guerre mondiale, la fluoration de l’eau potable…) et en mettre beaucoup d’autres en avant (Continent perdu de Mu).


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