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Joyce Carol Oates : Valet de pique

Par Stephanie Tranchant @plaisir_de_lire

Valet de pique de Joyce Carol Oates   3,5/5 (13-04-2017)

Valet de pique (224 pages) est paru le 2 mars 2017 aux Editions Philippe Rey (traduction : Claude Seban).

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L’histoire (éditeur) :

Quel auteur n’envierait le sort d’Andrew J. Rush ? Écrivain à succès de romans policiers vendus à plusieurs millions d’exemplaires dans le monde, père de famille heureux, Andrew vit dans une petite ville du New Jersey où il trouve le calme nécessaire pour édifier son œuvre.

Mais Andrew a un secret que même ses plus proches ignorent : sous le pseudonyme de Valet de pique, il écrit des romans noirs, violents, pervers, romans qui scandalisent autant qu’ils intriguent le monde littéraire.

Cet équilibre tout en dissimulation qu’Andrew a patiemment élaboré va être menacé.

Un thriller magistral de Joyce Carol Oates, efficace, inquiétant, drôle aussi, un roman qui éclaire les forces noires manipulant la conscience d’un auteur à succès, et entraîne son lecteur hypnotisé sur la mince ligne de crête séparant génie et folie.

Mon avis :

« Ici dans ce village mi- banlieusard, mi- rural du New jersey, où je suis né il cinquante-trois ans, et où je vis avec ma chère femme Irina depuis 17 ans, je suis « Andrew J. Rush » - sans doute l’habitant le plus célèbre de la région, auteur de romans à énigmes et à suspens, pimentés d’une touche de macabre, qui se vendent bien. (Rien d’excessif, de franchement désagréable ou de dérangeant. Jamais d’obscénité ni même de sexisme. Les femmes sont traitées avec courtoisie dans mes romans, les quelques passages obligés du genre noir mis à part. Les cadavres sont généralement ceux d’hommes blancs adultes.) A la sortie de mon troisième best-seller, dans les années 1990, les médias commencèrent à me qualifier de Stephen King du gentleman. » page 13

« Il y a une autre similarité curieuse entre Stephen King et moi : de même qu’il a eu recours il y a quelques années à un alter ego fictif, à savoir Richard Bachman, de même j’au commencer à recourir à un alter ego fictif à la fin des années 1990, quand la carrière d’Andrew J. Rush parut se stabiliser et ne me demanda plus tout à fait la même d’dépense d’énergie anxieuse qu’au début. Ainsi, le Valet de pique naquit-il du trop-plein d’énergie que me laissait le succès d’Andrew J. Rush. » page 16

Andrew J. Rush est un auteur à succès « officiel » (déjà 28 best-seller à son actif) qui a choisi d’écrire également sous un pseudo, lui permettant d’exprimer sa part plus sombre, violente, trash, perverse, sans filtre. Un pseudo qu’il a soigneusement caché à tous, y compris sa femme, son agent et son éditeur. Il mène presque ainsi une double vie, la seconde qu’il tient à tout prix à garder secrète, ne souhaitant pas être associer à ces (ses) 5 publications douteuses.

Mais le secret est sur le point d’éclater lorsqu’il laisse trainer sur son bureau un exemplaire de Valet de pique sur lequel tombe se fille Julia qui, malgré les réticences de son père, le lit et tombe sur certains éléments importants de son enfance remaniés de façon plus macabre, jetant le trouble et l’inquiétude sur la jeune femme.

A cela s’ajoute la surprenante plainte d’une certaine C.W Haider, une inconnue (habitante de Harbourton issue d’une famille importante de la ville) qui l’accuse de l’avoir plagié en volant ses journaux intimes, ses souvenirs et ses manuscrits… Bien que l’affaire soit très facilement déboutée, elle réveille chez Andrew un pan de sa personnalité qu’il avait réussi à contenir dans l’écriture sous le pseudo de Valet de pique, un alter ego qui arrive peu à peu à prendre le dessus….

« Alors que chacune des phrases d’Andrew J. Rush me coûtait un effort, me donnant parfois l’impression d’aller extraire veines et artères mutilées de mon corps pour imprimer sur la page blanche, des passages, des pages entières et même des chapitres de Valet de pique jaillissaient dans un brouillard forcené, me laissant épuise, mais satisfait. » Page 139

Habituée aux romans de Joyce Carol Oates, j’ai trouvé ce dernier très différents de ses précédentes publications. Même si c’est une habituée des romans sombres, celui-ci possede deux particularités : un aspect fantastique que je n’avais jamais encore rencontré et une fluidité dans la construction et dans la narration qui tranche avec bon nombre de certains de ces titres.

En effet, Valet de pique est beaucoup moins dense que d’autres, plus direct (sans pour autant manquer de cette force subjective qu’on connait de son écriture). Il mise beaucoup sur l’atmosphère inquiétante et les nombreuses références renforcent l’idée de glissement de la personnalité du protagoniste vers un côté obscur très troublant.

Tel un hommage aux grands maîtres du genre (tels que Poe ou Stephen King), Valet de pique est un thriller captivant. Il mélange classique/contemporain (avec l’utilisation d’éléments que l’on retrouve habituellement dans cette littérature tel que le fameux chat noir, et un contexte actuel qui laisse facilement le lecteur imaginer une certaine part de réalité) et fait (en peu de pages) basculer le lecteur et Andrew vers les ténèbres.

Addictif et fascinant, ce roman donne, toutefois, plus l’impression de lire une nouvelle. J’ai pris un grand plaisir à lire ce texte, mais la talentueuse Joyce Carol Oates m’aurait régalée d’un bon grand roman comme elle en a l’habitude, un roman exploitant toutes les facettes pour en faire thriller psychologique (parsemé d’une touche fantastique) remarquable.


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