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Genius (2017) : une belle découverte

Publié le 11 mai 2017 par Jfcd @enseriestv

Genius est une nouvelle série de dix épisodes diffusée depuis la fin avril sur les ondes de National Geographic aux États-Unis et au Canada… entre autres. On relate ici la vie de l’éminent scientifique Albert Einstein (interprété à différentes tranches d’âges par Geoffrey Rush et Johnny Flynn) en deux étapes : alors qu’il ne cesse de tenir tête à ses professeurs d’université à la fin du XIXe siècle et dans les années 30 quand son pays commence à se radicaliser. Mais peu importe l’espace-temps où il se trouve, l’homme reste incompris de la plupart de ses pairs et son heure de gloire (qu’il ne recherche pas nécessairement) n’est pas encore venue. Première série scriptée de National Geographic, il ne faut que quelques minutes à Genius pour nous séduire, ne serait-ce qu’en raison de l’excellente performance des deux acteurs incarnant le génie justement. Et au-delà du jargon scientifique qui échappera à plusieurs, c’est d’abord et avant tout au personnage que l’on s’attache, sans compter tout le contexte historique qui est à même de piquer la curiosité d’un auditoire international.

Genius (2017) : une belle découverte

Le gentil rebelle

En 1894, n’entre pas à l’université qui veut et dans le cas du jeune Albert, c’est plutôt son expulsion de l’établissement qu’il doit craindre. C’est qu’il n’a que faire des connaissances générales que l’on y professe : seuls les cours de science l’intéressent. Reste que pour être pris au sérieux à l’avenir, il lui faut absolument obtenir un diplôme. Pour ce faire, il part en Suisse dans la famille de sa mère un été afin de parfaire son éducation et flirter au passage avec sa cousine Marie (Shannon Tarbet). À son retour dans la métropole, il s’est un tout petit peu assagi et sa rencontre avec Mileva Maric (Samantha Colley) change son existence. D’origine serbe et seule femme à étudier dans le même programme que lui, leurs esprits et leurs corps se rapprochent, mais tout se complique quand cette dernière tombe enceinte. Au troisième épisode, elle retourne sans lui dans son pays de naissance alors qu’Einstein peine à se trouver un travail décent. Dans le second espace-temps, on voit qu’en 1922 l’homme a acquis une certaine réputation et occupe un emploi qu’il convoitait dans une université, en plus d’être apprécié de ses étudiants. L’ombre au tableau, et elle est de taille, est la montée du nazisme et d’Hitler dans une Allemagne avide de revanche. Le scientifique de plus en plus en danger en raison de ses origines juives décide finalement d’émigrer aux États-Unis avec sa femme Elsa (Emily Watson), mais la frontière pourrait être plus difficile à franchir que prévu.

Avec une première scène dans les années 20 où l’on a droit à une sanglante fusillade et une seconde avec Einstein en train de faire l’amour à sa maîtresse : l’on pouvait craindre le pire pour la pertinence de Genius sur l’un des scientifiques les plus connus du monde. Et pourtant, autant dépeint avec humanité dans la deuxième partie de sa vie qu’ingénu dans sa prime jeunesse, on s’attache rapidement au personnage. En effet, quoi de plus fédérateur pour un auditoire international que de voir quelqu’un se poser des questions comme : « What is time? » « What is space? » en plus de se qualifier d’areligieux et d’apolitique?  Celui qui dans la vingtaine renonce à sa citoyenneté allemande ne vit tout simplement pas sur la même planète que ses pairs. C’est qu’il est tout sauf un pragmatique, au grand dam de son entourage. Avec ses connaissances, il pourrait facilement se trouver un emploi en ingénierie par exemple, mais son désir le plus profond est d’enseigner et par la bande de continuer ses recherches. Pour cela, il faudrait qu’il commence à entrer dans le rang, faire des courbettes à ses professeurs et suivre le long chemin dicté par la société, mais il en est tout simplement incapable. Non qu’il soit arrogant; un peu comme Mozart au moins un siècle plus tôt, il cherche à cultiver son propre potentiel, quitte à se mettre à dos tout son entourage. Pourtant, le jeune Albert est tellement sympathique qu’on a tendance à passer l’éponge quand il brise le cœur de Marie et pire encore lorsqu’il abandonne temporairement Mileva suivant la naissance, puis la mort de leur bébé. Dans la même veine, le personnage est si bien défini qu’on partage sa tristesse et sa frustration quand à la fin du troisième épisode le seul emploi qu’il se trouve est fonctionnaire dans l’autorisation des brevets.

Genius (2017) : une belle découverte

Mais il faut évidemment mentionner l’excellente prestation des acteurs qui l’interprètent. D’un, la ressemblance entre Geoffrey Rush et le scientifique est tout simplement ahurissante. De deux, on peine à croire à la métamorphose de Johnny Flynn, le Dylan de Scrotal Recall. De blond aux yeux bleus à frisé au regard marron, c’est aussi son accent anglais avec une tonalité allemande qui confirme la versatilité de l’acteur sud-africain et de surcroît chanteur de formation.

Des lumières aux ténèbres

En plus d’un personnage attachant, c’est aussi ce portrait en deux temps d’une Allemagne et par extension de l’Europe qui transforme Genius en un rendez-vous télévisuel incontournable. En effet, la Belle Époque, outre la paix, une économie florissante et un esthétisme irréprochable, c’est aussi une grande période pour les avancées scientifiques. On le voit ici avec l’invention de la machine à rayons X qui révolutionnera la médecine, mais c’est également l’instauration des prix Nobel récompensant les contributions majeures pour l’humanité. En ce sens, le contraste est total trente ans plus tard, notamment en Allemagne avec une économie gangrenée par la crise et un racisme institutionnalisé qui s’apprête à commettre les pires horreurs de l’histoire. Outre ce pays, c’est aussi la Suisse pour le moins libérale et les différents paysages de la Serbie et d’Italie qui nous font voyager… et rêver. En même temps, chaque période incluant la nôtre à ses contraintes. À une époque c’est la rigidité des institutions et le rôle immuable des hommes et des femmes dans la société et quelques décennies plus tard, c’est l’intolérance religieuse.

Genius (2017) : une belle découverte

Le premier épisode de Genius a attiré 1,38 million de téléspectateurs avec un taux de 0,23 chez les 18-49 ans, ce qui n’est vraiment pas si mal pour une première fiction. En deuxième semaine, ils étaient toujours 1,05 répondant à l’appel avec un taux de 0,16. Mais dans ce cas-ci, les cotes d’écoute sont pour le moins secondaires ne serait-ce que pour l’impressionnant nombre de ventes de la série à l’étranger. En effet, 171 pays ont diffusé la première à plus ou moins la même date dépendamment du décalage horaire. Et comme il s’agit d’une anthologie, une seconde saison est déjà prévue, mais son sujet ne sera dévoilé qu’à la fin du dernier épisode de la nouveauté de National Geographic.

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