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[Critique série] THE HANDMAID’S TALE – Saison 1

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique série] THE HANDMAID’S TALE – Saison 1

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Titre original : The Handmaid’s Tale

Note:

★
★
★
★
½

Origine : États-Unis
Créateur : Bruce Miller
Réalisateurs : Reed Morano, Mike Barker, Floria Sigismondi, Kate Dennis, Kari Skogland.
Distribution : Elisabeth Moss, Joseph Fiennes, Yvonne Strahovski, Alexis Bledel, Madeline Brewer, Ann Dowd, Max Minghella…
Genre : Drame/Adaptation
Nombre d’épisodes : 10
Diffusion en France : OCS

Le Pitch :
Dans un futur proche, le taux de fécondité est quasiment tombé à zéro suite à divers désastres écologiques et à la propagation de maladies sexuellement transmissibles. Alors que le monde est en plein désarroi, les États-Unis subissent un coup d’état à l’ampleur inédite de la part d’un groupuscule extrêmement organisé de fanatiques religieux. Rebaptisé La République de Gilead, le pays est désormais régi par des lois très strictes. Alors que les hommes occupent toutes les positions du pouvoir, les femmes n’ont presque plus de droits. Interdites de travailler, d’être propriétaires ou même de lire et de s’instruire, elles sont réparties en plusieurs catégories suivant leur statut dans cette nouvelle société cloisonnée. Il y a les femmes des dirigeants, les gouvernantes, qui s’occupent des tâches ménagères, et les servantes. Ces dernières étant particulièrement importantes puisque ce sont les seules qui sont encore capables d’engendrer la vie. Des servantes placées sous l’autorité des tantes, de redoutables matrones violentes qui veillent au respect de la loi. June est l’une de ces servantes. Une jeune femme arrachée à sa petite fille et à son mari, qui autrefois menait une existence des plus normales et qui aujourd’hui, est obligée de subir les brutalités et les viols répétés inhérents au rôle qu’elle est censée jouer…

La Critique de la saison 1 de The Handmaid’s Tale :

Adaptation du roman éponyme de Margaret Atwood (La Servante écarlate en français), The Handmaid’s Tale a justement bénéficié de la supervision de l’écrivaine, qui a notamment travaillé sur les passages qui extrapolent un peu par rapport au livre ainsi que sur la modernisation du récit. Le gage d’une fidélité qui néanmoins, n’impose pas la série produite par le network Hulu comme une illustration trop littérale. Comme toute bonne adaptation qui se respecte, The Handmaid’s Tale sait aussi trouver sa propre voie et gagner ainsi à l’arrivée toute sa légitimité et sa pertinence….

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Les femmes en rouge

The Handmaid’s Tale instaure d’emblée une ambiance qui lui est propre et que l’on pourrait situer dans le sillage des Fils de L’Homme, le chef-d’œuvre d’Alfonso Cuaron. Dystopie assez terrifiante, la série imagine un futur où la plupart des hommes sont stériles et où les femmes fertiles sont rares. Celles qui sont en mesure de procréer étant les esclaves de couples fortunés situés au sommet du pouvoir. À la merci de leurs « propriétaires », elles doivent s’offrir au maître de maison dans l’espoir que celui-ci parviendra à les mettre enceintes, sous peine de rejoindre la Colonie, dont le nom seul évoque un cauchemar dont la série se garde bien de dévoiler la teneur véritable. Alors que dans Les Fils de l’Homme, l’humanité avait fait le deuil de sa fertilité, elle reste présente dans la société de The Handmaid’s Tale mais demeure suffisamment rare pour se retrouver au centre d’une dynamique très malsaine, plaçant ironiquement les femmes fertiles sur un piédestal alors qu’elles ne sont en réalité que des esclaves à peine considérées comme des êtres humains à part entière. On a rarement fait plus sombre et plus effrayant comme postulat. Et en effet, la série est effrayante. Elle prend à la gorge et décrit la souffrance continue de ces servantes torturées par une société qui n’obéit plus qu’à des principes archaïques brutalement remis au goût du jour pour répondre à des exigences et à des circonstances particulières.
Nous suivons ici June, une jeune femme incarnée par Elisabeth Moss. Une servante dont la vie d’avant, cette existence « normale », revient sans cesse par le biais d’habiles flash-backs servant non seulement à mettre en exergue la nature du cauchemar présent mais aussi à expliquer comment les choses ont pu déraper à ce point. Elisabeth Moss qui est d’ailleurs pour beaucoup dans la réussite de l’ensemble tant elle cristallise les peurs, la rage, la colère mais aussi l’espoir de la condition de son personnage et de toutes celles qui partagent sa caste nouvellement créée.
Une comédienne exceptionnelle dans un rôle qui l’est tout autant, dont le jeu évite habilement les excès et les écueils de ce genre de partition pour se focaliser, avec un sens de la mesure exemplaire, sur l’essentiel, bien aidé par une écriture et une réalisation au diapason dont les inclinaisons renforcent l’immersion et la pertinence.

Welcome to my nightmare

Tout dans The Handmaid’s Tale contribue donc à la construction d’une atmosphère très anxiogène. Il convient vraiment de souligner cet aspect-là : ici, il n’y a que très peu de « respirations ». Les 10 épisodes de la première saison ne laissent que peut de place aux concessions. Pas d’humour ou alors à doses homéopathiques, une photographie terne, qui met en valeur d’une façon somme toute redoutable le rouge et le blanc des tenues des servantes, une musique qui appuie là où c’est nécessaire et une réalisation au plus près des personnages qui prend la forme d’une main tendue au spectateur pour que ce dernier se sente vraiment concerné. Dans la forme irréprochable, la série l’est aussi au niveau du fond en cela qu’elle a su remettre au goût du jour les quelques éléments un peu désuets du roman (qui était déjà cruellement actuel) pour sonner avec une universalité qui répond à quelques problématiques de notre époque avec une clairvoyance qui fait mal. Vibrant plaidoyer pour la résistance sous toutes ses formes, féministe, mesurée mais percutante en permanence, cette œuvre est le travail de talents combinés qui ensemble, ont su donner vie à un univers qui appelle de multiples réflexions. Sur la maternité bien sûr, vu le sujet, mais pas seulement, car plusieurs de nos comportements sont passés à la moulinette, via l’environnement notamment où quand la série aborde le fanatisme religieux et ses retombées. En première ligne, alors même que tout ceci a été conçu et pensé quand Obama était encore à la Maison-Blanche, l »administration Trump et ses velléités trouvent bien sûr un écho dans The Handmaid’s Tale, dont les fondements se reposent sur les limites d’une idéologie qui a fait de l’autre un ennemi et de la femme un objet dont on se sert sans prendre en compte ses sentiments et ses désirs. Non franchement, c’est terrifiant de vérité…
Surtout compte tenu du fait, il faut vraiment insister là dessus, que l’excès n’est jamais de mise ici. Ce qui amplifie d’autant plus la portée du discours.

The-Handmaid's-Tale-Elizabeth-Moss

Civil War

Alors oui, on a fait plus joyeux que The Handmaid’s Tale qui peut se vanter de faire preuve d’une constance et d’une intégrité des plus précieuses. Souffrant peut-être d’un ou deux ventres mous, dus à une gestion un poil aléatoire de la rythmique, cette première saison réussit l’essentiel. Certains épisodes s’imposant tels des modèles du genre. Au casting, outre Elisabeth Moss, Joseph Fiennes campe un monstre d’ambiguïté, tandis que Max Minghella sème le trouble à sa façon. Tout comme la glaciale Yvonne Strahovski, à des lieux de son rôle dans Dexter. Ann Dowd, décidément hyper intense, trouve par contre un autre rôle dans la lignée de celui qu’elle tenait dans The Leftovers et fait à nouveau très fort. Un peu comme Alexis Bledel, la transfuge de Gilmore Girls, à peine reconnaissable, absolument déchirante en victime d’une société barbare cachée sous les apparats d’un altruisme tellement biaisé qu’il en devient terrifiant. Une distribution vraiment pertinente qui prête son talent à une histoire brillamment racontée, illustrée avec goût et mesure.
À noter que si la première saison suit de relativement près la trame du roman, le deuxième acte proposera quelque chose de totalement inédit… Pour The Handmaid’s Tale, ce sera un peu le baptême du feu, même si on ne se fait pas non plus trop de soucis quand à son devenir.

En Bref…
Série aussi effrayante que redoutable d’intelligence et de pertinence, The Handmaid’s Tale s’impose, en 10 épisodes, comme une œuvre incontournable et utile. Le miroir qu’elle nous tend n’était pas si déformant qu’on pourrait le croire. Une réussite percutante. Un modèle d’efficacité.

@ Gilles Rolland

The-Handmaid's-Tale-cast
 Crédits photos : Hulu


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