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The Lost City Of Z de James Gray

Par Losttheater

Pour son sixième long-métrage, le réalisateur et scénariste James Gray revient avec un film d’aventures. Un genre un peu tombé dans l’oubli à Hollywood malgré des références fortes comme la saga Indiana Jones. The Lost City Of Z est à la fois grand et intime, notamment grâce à une large palette de personnages très riches. Ce nouveau film est un voyage existentiel au cœur du désir, du danger et de la découverte.

Charlie Hunnam (qui livre ici sa meilleure performance à ce jour) joue le Colonel Percival « Percy » Fawcett, l’explorateur anglais qui a dédié sa vie à découvrir les secrets d’une ancienne civilisation, enterrée dans les terrains inexplorés de l’Amazonie. Le désir premier de quitter le refuge familial se trouve dans l’objectif de réclamer l’honneur qu’il mérite : la rédemption de son nom de famille. Toutefois, suivant la quête initiale, Fawcett décide que dessiner la carte des terres autochtones n’est plus la priorité mais plutôt de retrouver la longtemps recherchée cité de Z comme il l’appelle. Tentant de localiser et confirmer l’existence de cette mystérieuse cité datant sûrement d’avant Jésus Christ, Fawcett va aider à rendre les tribus beaucoup moins sauvages aux yeux des britanniques.

The Lost City Of Z (2017), James Gray

Adaptée d’une non-fiction de David Grann du même nom, James Gray traduit les pages en une odyssée cinématographique ravissante. En 140 minutes, The Lost City Of Z maintient un rythme intentionnel et patient du drame – parfois un petit peu trop – mais il est difficile d’imaginer une version coupée de certains plans. Tout en maintenant l’attention sur son sujet, il contrôle sa mise en scène avec fluidité et crée de très belles séquences. Les longs plans et les angles très larges soulignent toutes les possibilités de la mission de Fawcett, alors que les gros plans très serrés démontrent les vulnérabilités d’une telle quête. La caméra de James Gray alliée à la jolie photographie de Darius Khondji transportent le spectateur dans ce Nouveau Monde.

Bien que The Lost City Of Z soit une aventure très calme, le tempo est accéléré par une poignée de scènes frénétiques, construites avec beaucoup de tension et d’anxiété. Une attaque sur la rivière, dans laquelle une tribu défend son territoire à coups de fléchettes mène à une immersion fatidique dans une eau infestée de piranhas. Ailleurs, Fawcett et son équipe se retrouve face à une tribu de cannibales. Le paysage semble peut-être bien beau par moments, mais le danger est bien présent à chaque tournant : que ce soit les attaques des indigènes ou les nombreuses créatures se cachant dans les feuillages, les maladies contractées ou la sordide condition humaine qui doit se battre contre la faim, la déshydratation ou encore la faiblesse psychologique. Se déroulant au début de la mondialisation, The Lost City Of Z confronte la terreur d’un monde qui reste mystérieux même si toutes les cartes géographiques sont déjà dessinées et que chaque parcelle de terre est déjà piétinée. Fawcett et son équipe luttent pour maintenir leur humanité intacte face à une jungle impitoyable, et cela en fait le centre émotionnel du film. James Gray ne perd d’ailleurs jamais espoir en ses personnages, même si le chemin parcouru pour atteindre leur but peut les changer.

Le personnage de Fawcett est un homme rempli d’émotions et de complexité. Il rêve de Z – de découvrir le territoire, de connaître son histoire – et il est prêt à tout sacrifier pour l’atteindre. Les restrictions apportées à sa famille par un tel but créent de nombreuses turbulences, et l’écriture experte de James Gray va en profondeur dans ces problèmes. On perçoit Fawcett comme un révolutionnaire et un égocentrique. Il est loyal au peuple amazonien et à son équipe mais il est égoïste face à sa femme et à sa famille s’agrandissant à chaque voyage. Au plus il part, au plus il fragmente ses relations avec les siens. Et cela augmente la dualité qui habite son personnage, qui en sait de moins en moins sur le monde dans lequel il a toujours vécu alors qu’il est de plus en plus immergé dans un autre. James Gray a souvent démontré un intérêt à renverser le mode de fonctionnement des familles, et The Lost City of Z contient un de ses travaux les plus audacieux sur le sujet.

The Lost City Of Z (2017), James Gray

Tout aussi impressionnant que la qualité de l’interprétation, il faut souligner le remarquable travail réalisé sur les costumes et les décors. Les deux semblent extrêmement bien accordés à l’époque des années 10 dans laquelle l’histoire nous plonge. Une séquence clé – dans laquelle Fawcett explique à des opposants qu’il y a beaucoup plus dans l’Amazonie qu’une simple jungle – se déroule dans un réalisme bluffant. Aussi excellents soient les dialogues et la tension dans cette scène, l’attention portée à la construction du décor en est la véritable star. L’immobilité de la caméra de James Gray permet à la scène de se dérouler naturellement, et par conséquent en tant que spectateur nous nous sentons comme une partie intégrante du débat qui se déroule sous nos yeux.

The Lost City Of Z est un travail brillant, réalisé avec une patte d’auteur. Ce portrait thématiquement tactile de la soif inextinguible d’un homme est autant palpitant que sérieux – faisant écho et parfois dépassant les films précédents de son réalisateur.

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