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L’immobilisme est mortifère - Assises de la Métropole, suite

Publié le 27 juin 2008 par Jean-Paul Chapon

assises-delanoe-huchon-baro.1214589733.jpgMercredi 25 juin aux Assises de la Métropole, on n’a pas parlé que gouvernance et institutions. On a aussi beaucoup parlé solidarité, péréquation, mutualisation. Ce n’était pas exactement les bisounours, mais beaucoup d’indignation et la volonté apparente de rechercher a solution, à travers un consensus, plus ou moins mou. Beaucoup de professions de foi, comme Bertrand Delanoë, le maire de Paris déclarant qu’il n’y aurait pas de dynamisme de certains territoires, si d’autres ne l’était pas, soulignant l’interdépendance de toutes les composantes de l’agglomération. Jean-Paul Planchou, président du groupe PS au conseil régional pointe l’insuffisance du FSRIF, le fond de solidarité de la région Ile-de-France, que l’on a proposé de faire passer de 180 à 500 millions d’euros, pour que garantir à toutes les communes 75% de la ressource moyenne régionale, et Bertrand Delanoë répond « on serait plus nombreux à faire plus, ce serait mieux, et Paris est prêt à faire plus », demandant que l’on soit ambitieux et imaginatifs en terme de solidarité.

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A se demander comment avec autant d’envie de solidarité on aboutit de tels déséquilibres, comme celui pointé par le maire de Vanves, Bernard Gauducheau, rappelant que 6% des communes regroupent 50% du logement social, quand 50% des communes n’ont pas de logement social. Claude Bartolone, président du Conseil général de Seine-Saint-Denis glisse alors à propos de ces professions de foi de solidarité « qu’au-delà des réflexions sur l’amour, il y a aussi des preuves d’amour », et qu’il ne fallait pas en rester aux constats alarmants mais “redonner une chance au logement social“. Sur ce dernier, Patrick Devedjian en profite pour faire remarquer qu’il y a tout de même 25,7% de logement social dans les Hauts-de-Seine, nuancé d’un « inégalement réparti » (rires dans la salle) , mais complété par « à Paris aussi c’est inégalement réparti ! vous faites un effort, moi aussi je fais un effort ». La joute politique n’est jamais loin…

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Mais certains sortent de cette ambiance bisounours, du consensuel et soudain font entrer dans la salle de conférence une réalité dure et insistante, une autre vision de l’agglomération, comme le revers de la médaille, le pendant de sa compétitivité et sa réussite indéniable qui fait que la métropole parisienne est un des deux seules « Villes Mondes » d’Europe avec Londres. L’image de la ségrégation et du risque de la ghettoïsation entre dans le débat. Daniel Breuiller, le maire d’Arcueil rappelle que la solidarité est un élément indispensable pour atteindre l’excellence : « nous allons reproduire tous les deux ans les émeutes de 2005, si nous ne mettons pas un frein aux inégalités sociales… il faut réinventer l’immeuble Haussmannien dans toute la zone dense de la métropole », même point de vue pour Philippe Dallier, sénateur du 93 qui rappelle que « la mixité sociale doit se traiter à la cage d’escalier, dans la commune et dans la métropole ».

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Stéphane Gatignon, le maire de Sevran, dénonce une situation d’urgence, l’échec de la politique de transports, l’inégalité de territoires de plus en plus forte, faisant de la France « la championne d’Europe des inégalités de territoires » en particulier dans la zone dense de l’agglomération parisienne. Il parle de relégation des habitants, isolés par des transports défaillants comme le RER B, de la ségrégation spatiale ouvrant la voie à la ghettoïsation. Et finalement, c’est François Pupponi, le maire de Sarcelles, également vice-président de l’association Ville&Banlieue qui assène le coup de grâce à ce doux consensus. Il s’avoue “très heureux” de la création du Syndicat Mixte Ouvert qu’il considère comme une “bonne formule“, mais s’inquiète, de « l’hypocrisie » ou de la « schizophrénie » de certaines prises de paroles, car dit-il « tout le monde est d’accord pour dire OK à la péréquation, mais en même temps, ils ne veulent pas d’intercommunalité pour des raisons électorales » dénonçant les problèmes « d’égoïsmes locaux ». Puis en appelant à l’Etat, pour souligner que la réforme de la DSU (dotation de solidarité urbaine) avait été demandée par le Président de la République le 8 février dernier lors de la présentation du plan banlieue,
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mais que la seule mesure qui n’a pas été proposée dans le Conseil Interministériel des Villes de Fadela Amara, c’est justement la réforme de la DSU. Il conclut sur « les incidents de Villiers-le-Bel, événement plus grave que les émeutes de 2005 », après la mort des deux jeunes, il y avait 180 policiers dans la ville, 58 ont été admis au centre hospitalier, « voilà la situation dramatique d’un quartier à 12 minutes du centre de Paris ».

Solidarité dites-vous ? Rappelons ce peu glorieux communiqué de presse de la Ville de Paris en novembre 2005, expliquant que les violences, c’était en banlieue, pas à Paris. Touristes venez tranquilles, Noël approche, et vous investisseurs, n’ayez pas peur, Paris est tranquille, la banlieue c’est ailleurs (voir une précédente note). Il est d’ailleurs intéressant à ce propos de noter la couverture mmédiatique de l’incendie du centre de rétention dit de Vincennes, car en fait ce centre est à Paris, dans le 12ème arrondissement puisque situé dans le bois de Vincennes, comme seul le Parisien l’a écrit.. Mais avouez que cela serait mauvais pour l’image de la capitale et surtout de la France si l’on parlait de l’incendie du plus grand centre de rétention de Paris, en raison d’émeutes ayant suivi la mort d’un « retenu » tunisien…

Alors au-delà de la question des institutions, de la question de la gouvernance, c’est une réflexion sur la Ville qu’il faut mener, sur la société et sur la solidarité, et se demander aussi pourquoi cette solidarité est nécessaire. Bertrand Delanoë a raison de dire qu’il n’y aura pas de dynamisme de certains territoires seuls, s’il n’y en a pas de dynamisme partout. Mais pour cela aujourd’hui, il faut bouger, aller vite, ne pas avoir peur de bouger. Et méditer les paroles de Stéphane Gatignon, « l’immobilisme est mortifère ».

Jean-Paul Chapon


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