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Bitcoin : chance ou bulle spéculative ?

Publié le 11 décembre 2017 par Questions Capitales

Il semble ne pas y avoir de limite pour les bitcoins, dont la valeur a augmenté d’environ 1500 % depuis le début de cette année.

Les avis sont toutefois partagés quant à la nouvelle hype au firmament financier : certains considèrent les bitcoins comme la monnaie de l’avenir et une occasion en or, d’autres y voient une bulle à chausse-trappes multiples … 

Qu’est-ce que le bitcoin ?

Le bitcoin est une monnaie virtuelle, c’est-à-dire sans pièces de monnaie ni billets. Les bitcoins ont été lancés en 2009 par Satoshi Nakamoto, un pseudonyme. Il s’agit d’une sorte de code de règles sur un ordinateur. Les bitcoins sont échangeables via Internet entre divers propriétaires. Ils relèvent de la technologie de chaînes de blocs. Chaque transaction est conservée dans une chaîne de blocs. Celle-ci contient toutes les informations y afférentes : l’identité du vendeur, de l’acheteur et le montant de l’achat et de la vente. Le bitcoin n’est donc pas une monnaie anonyme, car chaque propriétaire a un numéro de compte. Il suffit de connaître le nom de ce propriétaire pour accéder à toutes ses transactions. Une chose est sûre : les bitcoins seront produits à 21 millions d’exemplaires au maximum. Cette restriction planifiée n’a fait qu’alimenter le battage médiatique.

Le revers de la médaille, c’est qu’à l’heure actuelle maints propriétaires gardent leurs bitcoins et ne les vendent que dans l’espoir de voir leur cours continuer à grimper. Les transactions se font donc plus rares … et de nouvelles tendances voient le jour. Les premiers produits dérivés des bitcoins ont été lancés entre-temps. Ils ne sont pas autorisés en Belgique. Le succès du bitcoin a fait naître de nouvelles crypto-monnaies en masse.

Chance ou bulle spéculative ?

Il est évident que le bitcoin est une hype. Mais la vraie question est de savoir si la monnaie virtuelle est bien une opportunité d’investissement ou une bulle spéculative. Evert Van Meeuwen, Investment Officer chez NN Belgium (antérieurement Delta Lloyd Life) se prononce : “C’est le grand sujet de discussion à l’heure actuelle. Nous savons entre-temps que la chaîne de blocs est une technologie puissante, mais je me montrerais très prudent en tant qu’investisseur. Quand vous investissez dans des bitcoins, vous achetez en fait une série de chiffres qui n’a de la valeur que si quelqu’un d’autre est persuadé qu’elle en a. La valeur est en fait ce qu’autrui veut bien donner en échange. C’est sans commune mesure avec les actions et obligations. Ces dernières ont encore une valeur intrinsèque, contrairement aux monnaies virtuelles ou cryptographiques. Le caractère non-officiel du bitcoin pose un autre problème. Il n’est de surcroît soumis à aucune règle de surveillance. D’où le risque de voir certains pays décider de ne plus autoriser son utilisation. La FSMA a récemment mis en garde contre les placements dans des bitcoins.

Bitcoin : chance ou bulle spéculative ?

Selon Evert Van Meeuwen, il est très difficile de définir une juste valeur pour le bitcoin. “Un bitcoin vaut ce que quelqu’un d’autre veut bien donner en échange, comme ce fut le cas des tulipes aux Pays-Bas au XVIIe siècle. Personne ne peut dire si la lubie des tulipes est finie ou si les prix vont continuer à grimper. Mais que préférez-vous si vous ne pouvez pas vendre : 4 bitcoins ou une belle voiture ? Le nombre de transactions effectuées par bitcoin est un solide critère d’évaluation. Le dollar passe aussi pour la plus importante monnaie au monde. Il n’empêche qu’un dollar vaut moins qu’un euro. Le nombre restreint de bitcoins qui seront minés ne veut donc rien dire : d’autres crypto-monnaies peuvent pulluler à l’infini. Je me demande aussi comment les banques centrales s’en sortiront avec les bitcoins. Elles peuvent en effet influencer l’économie et les marchés financiers avec leur politique, mais elles ne jouent pas le même rôle capital avec les bitcoins. Je suis convaincu qu’il faudra mettre en place un cadre réglementaire. Les banques centrales front certainement du forcing pour qu’une telle initiative soit prise. Le fait est que le cadre de surveillance en matière d’aspects technologiques des marchés financiers n’est pas encore à un stade de développement très poussé. Il y a donc encore beaucoup de pain sur la planche.

Vorace en énergie

Il a été récemment révélé que les transactions de bitcoins coûtent cher en énergie. L’Indice de consommation d’énergie Bitcoin signale une consommation de 240 kilowattheures par transaction. Cela équivaut aux besoins d’une famille belge moyenne en 3,5 semaines, écrivait De Tijd. La consommation mondiale d’énergie dans le cadre des bitcoins serait d’environ 25,5 térawatts heure, soit un tiers de la consommation d’énergie en Belgique pendant un an.

Le moyen de paiement de l’avenir ?

Les bitcoins deviendront-ils le moyen de paiement de l’avenir ? Certains y croient dur comme fer, tandis que d’autres se montrent général sceptiques. “Cela ne se produira que si les banques centrales y mettent du leur“, déclare Evert Van Meeuwen. “N’oubliez pas non plus qu’une monnaie virtuelle comme le bitcoin est très volatile. Et le prix élevé de l’électricité est aussi un contre-argument de poids.

Comparable à l’or ?

Certains investisseurs bitcoin considèrent la crypto-monnaie comme la variante contemporaine de l’or dans le domaine des placements, mais Evert Van Meeuwen n’est pas tout à fait d’accord. “Il existe une différence majeure. Si vous ne vendez pas d’or sur le marché, vous possédez toujours de l’or. Et cet or a une valeur d’usage. Certains trouvent ça génial et sont prêts à payer. Les bitcoins n’ont pas de valeur d’usage. Si vous ne vendez pas vos bitcoins parce qu’il n’y a pas d’acheteurs, vous aurez littéralement les mains vides.


evertvanmeeuwen
Evert Van Meeuwen est Senior Investment Officer, responsable de l’Asset Management au sein de NN (Delta Lloyd Life). Il travaille depuis 2006 comme analyste en investissement et financier, notamment dans l’Investment Banking chez BNP Paribas, en M&A auprès de la Commission européenne, et comme gestionnaire de portefeuille obligataire en assurances.


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