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Hérédité (2018), Ari Aster

Par Losttheater
Hérédité réalisé par Ari Aster

*Cloak*. Un bruit de langue qui claque, un battement de cœur à rebours, un bruit assourdissant. Hérédité fait partie de ces films qui font plus peur que la moyenne, à tel point que si vous en dîtes trop, personne ne vous croira. Ari Aster, dont c’est le premier long-métrage, a fait le pari de réaliser un film où la folie et la peur entreraient dans une symbiose encore jamais atteinte. Il l’entreprend et réussit son pari en poussant le malaise dans le fond des choses. Prenez garde, Hérédité n’a pas peur d’embarquer son spectateur avec lui dans les limbes.

Contenir un niveau d’effroi sur une durée de plus de deux heures relève du génie. Ari Aster n’a pas froid aux yeux et tel un conte familial il structure son récit de manière à ce que l’on soit perdu face à ce qui se déroule sous nos yeux. Ces événements étranges seraient-ils le fruit de l’imagination d’une famille en perte ou sont-ils bel et bien réels ? Les apparences sont trompeuses. Ari Aster n’a pas envie de nous prendre par la main, il exploite l’horreur à contre-courant de ce qui fait actuellement dans le cinéma mainstream. L’intranquillité serait même le mot d’ordre d’Hérédité. Il faut dire que chez les Graham, il y a peu de moments sereins. Sujette à la dépression mentale, on nous présente la famille alors que la grand-mère vient de décéder. Sa fille, Annie (démentielle et hallucinante Toni Collette) essaie de maintenir un équilibre familial entre un fils dépendant au cannabis, une fille déficiente mentale et un mari qui tente coûte que coûte de garder la tête hors de l’eau. Alors qu’Annie tente de terminer son travail de modèles réduits de la maison familiale, des événements tragiques commencent à se manifester. On en dira pas plus sur le contenu des événements parsemés dans Hérédité. On notera d’ailleurs l’intelligence de la promotion du film de n’avoir rien dévoilé, quitte à nous envoyer sur de fausses pistes. Que l’on s’entende bien, Hérédité n’a rien du film d’horreur usant de jump scares pour vous faire sursauter toutes les cinq minutes sur votre siège. Non, le film va bien plus loin que ça. Ari Aster quadrille son plan pour dissimuler la peur et la fièvre qu’elle engendre dans les moindres recoins de l’écran.  Jouant avec les noirs et les teintes de couleurs, ainsi qu’avec les plans très larges et l’absence de musique pour mieux discerner les sons ambiants, le film propose une expérience audio et visuelle dans sa forme la plus pure.

Evoquant tout autant la frénésie ténébreuse d’un William Friedkin que la dépression ambiante d’un Mike Leigh, le réalisateur arrive à surprendre à chaque nouvel acte. Témoin d’une horreur encore plus sombre que la précédente, le spectateur reste enfoncer dans son siège, les mains crispées sur les accoudoirs. Les surprises ne manquent pas et l’on se retrouve piégés, comme les personnages, telles des marionnettes qui renvoient aux objets inanimés qu’Annie traite avec méticulosité dans ses modèles réduits.  Dès lors, on ne ressortira plus de l’emprise que le film provoque sur nous. La tristesse ultime qui émane de l’histoire nous reste coller à la peau provoquant le malaise. Tel un artiste démiurge, Ari Aster ne nous laissera aucun moment de répit avec sa vision des choses. Son univers si singulier s’intensifie grâce à une précision diabolique dans l’écriture de son film. La fatalité aura rarement été traitée de manière si radicale dans le cinéma d’horreur. Elle pose sa main sur une famille pour ne jamais la lâcher. On ira même jusqu’à parler de déconstruction, voire de destruction, dépeçant petit à petit la façade de la cellule familiale. Le film ne cherche jamais à plaire, la subversivité est de mise pour mieux nous faire réfléchir. Film moderne et résolument inédit, Hérédité propose une horreur qui nous plonge dans l’analyse profonde du trauma humain. A vrai dire, Ari Aster porte attention à tous ces petits détails qui peuvent transformer un moment tragique en un moment d’horreur viscérale.

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